Les entreprises mécènes recentrent leur action

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Nov 28, 2008, 9:28:30 AM11/28/08
to infos : administration, production et politique culturelle
La crise oblige les entreprises à rationaliser leur politique d'aide
aux expositions, aux spectacles et à la sauvegarde du patrimoine.

« La crise complique nos équations financières. » Qu'en termes choisis
ces choses-là sont dites ! Elles résument, dans l'anonymat, l'état
d'esprit actuel des institutions culturelles. Depuis la tourmente
américaine, qui s'est répandue dans le monde entier, les mécènes se
font un peu tirer l'oreille pour s'engager fermement à financer tout
ou partie d'une exposition, d'un spectacle ou d'une restauration.

Quand aux soirées dites « privatisées » - une entreprise loue pour ses
clients ou ses salariés un théâtre ou un musée -, elles sont annulées
en cascade, créant des manques à gagner un peu partout. « Les budgets
publics baissent et certaines entreprises mécènes ont le pied sur le
frein. Pourtant, il y a de plus en plus de projets culturels »,
constate Philippe Fouchard, responsable d'Agenda, une agence de
communication culturelle.

« Avoir des critères de choix »

Au mieux, c'est l'attentisme qui prévaut. Au pire, les entreprises
opèrent des coupes claires. Mécène très en vue dans plusieurs musées,
LVMH concède qu'il ne faut « plus s'éparpiller ». L'entreprise qui a
notamment rendu possible l'exposition « Picasso et les maîtres » au
Grand Palais (le grand succès de cette fin d'année) ne compte pas se
retirer de la culture, une des passions de Bernard Arnault. « Il ne
faut pas baisser les bras mais faire en sorte que chaque euro investi
ait du sens », explique Jean-Paul Claverie, responsable du mécénat
chez LVMH.

Actuellement engagée dans plusieurs actions de mécénat culturel, la
fondation Total parle aussi de « réorganisation » et de « quête de
sens ». « Le dirigeant qui rencontre un artiste lors d'un dîner en
ville puis nous transmet son vœu de le voir financer par notre
fondation, c'est du passé. Il faut être rigoureux, avoir des critères
de choix et d'évaluation de nos actions », explique Catherine ­
Ferrant, directrice du mécénat. Chez Bouygues Télécoms, la même
démarche de rationalisation a lieu : fini, les coups de cœur des
salariés sans but aucun. Des axes sont désormais prioritaires. Et,
côté culture, l'entreprise va favoriser la promotion de la langue
française, avec le soutien à un prix littéraire.

Tandis que les entreprises mettent un peu d'ordre dans leurs affaires
et attendent des jours meilleurs, les patrons d'institutions
culturelles sont obligés, eux, de se transformer en véritable VRP pour
trouver des sous.

« Nous sommes inquiets », explique François de Mazières, qui dirige la
Cité du patrimoine et de l'architecture. « Nous avons des partenaires
réguliers dans les secteurs de l'immobilier et de l'architecture,
autant de domaines d'activité qui sont fragilisés. » La Cité, pour qui
le mécénat et la location de salle représentent près de 20 % de son
budget, a dû faire face à l'annulation de plusieurs soirées privées. «
Nous avons la chance d'avoir une programmation forte en 2009, avec une
exposition sur le Grand Paris et une sur l'habitation écologique. Ces
deux thèmes ont trait à l'actualité et sont susceptibles d'intéresser
des entreprises. » Mais, ajoute-t-il, « je dois désormais me glisser
dans la peau d'un commercial ».

Une concurrence sévère

L'Opéra de Paris, adresse prestigieuse pour un mécène, se fait la même
réflexion. Confronté à une « frilosité » des entreprises, ainsi qu'à
l'annulation de quatre des dix soirées de gala initialement prévues,
l'Opéra admet qu'il « va ­falloir faire des efforts » pour trouver de
l'argent. « Nous avons un cercle d'entreprises très fidèles mais la
concurrence est sévère », explique-t-on à l'Opéra. « En dix ans, mon
métier a changé », abonde de son côté Henri Loyrette, président du
Louvre, dont la moitié du budget est composé de fonds privés.

Parce que les institutions ont de plus en plus besoin de fonds, que
les entreprises y trouvent leur compte - en interne et en externe -,
le mécénat a tout de même de beaux jours devant lui. La loi de 2003 a
par ailleurs instauré des incitations fiscales pour les mécènes, en
soutien de cette politique. « La crise n'aura qu'un temps, affirme
Robert Fohr, responsable du mécénat au ministère de la Culture. En
revanche, le mécénat est entré dans les mœurs. » Mais l'ère de
l'argent facile, de la danseuse du patron et de la subvention trop
généreuse semble terminée.

Claire Bommelaer
LE FIGARO
28 11 2008
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