APRÈS LA FÊTE, LE TEMPS DES TEMPÊTES
Par Ella PERRARD
C’est le mois d’aout. Nous sommes en pleine saison cyclonique. Les
perturbations se font et se défont en cette période de l’année dans la
mer atlantique. Il y en a deux au moment où nous
écrivons cet article. Le jeudi 2 août, la première perturbation,
associée à une de zone de basse pression a donné naissance, à la tempête
tropicale Ernesto, la cinquième depuis le début de la saison. Les
différents modèles de trajectoires font passer cette perturbation sur
les Petites Antilles au cours de ce week-end. Si elle se développe, elle
pourra devenir un ouragan de catégorie 1 lors de son passage au niveau
du sud d’Haïti.
La seconde perturbation, située à 1200 km au sud des îles du
Cap-Vert, commence à montrer des signes d’organisation. Elle est très
dynamique et les derniers modèles GFS prévoient que cette perturbation
devra évoluer d’ici le début ou le milieu de la semaine prochaine, car
les conditions environnementales sont favorables à son développement.
Elle pourra se transformer en « major hurricane », c’est-à-dire un
important ouragan de catégorie 3 tout au moins. Et là encore Haïti sera
très probablement sur sa trajectoire. Notons que la plupart des ouragans
parmi les plus dangereux ont souvent pris naissance dans cette région.
Gouverner c’est prévoir
Point besoin de cyclone, de dépression ou d’onde tropicale : une
simple averse suffit pour mettre Port-au-Prince, la capitale et d’autres
villes du pays sens dessus dessous. N’importe quel enfant au niveau de
fin d’études primaires vous le dira : la saison cyclonique correspond
toujours à la période estivale. Inutile donc pour les gouvernants de
prétendre ignorer un tel fait si un ouragan devait frapper le pays cette
année.
Vue aérienne de Gonaïves avant et après le passage du cyclone Jeane
Aussi, bien que la MINUSTAH et les différentes organisations de
l’ONU, la DPC (Direction de la protection civile) et le ministère de
l’Intérieur aient déclaré qu’ils étaient prêts à faire face aux aléas de
la période cyclonique, nous savons que le bilan sera quand même très
lourd. Comme en pareille circonstance, la liste des épreuves sera
longue. Les dommages matériels, les pertes en vies humaines et dans le
secteur agricole seront très importants dans plusieurs régions du pays.
C’est une certitude. D’ailleurs pour la majorité de la population.
Toutefois les dégâts auraient pu certainement être limités, surtout en
ce qui a trait à la protection des vies humaines, si le gouvernement
s’en était donné les moyens. Les fonds sont là. Des fonds aujourd’hui
disponibles. Plus de 900 millions de dollars, sous forme d’aide et de
prêts, dorment dans les caisses de l’État attendant d’être affectés à
des projets. Ce ne sont pas les besoins qui manquent.
Mapou, Fonds Verrettes, Gonaïves, on s’en souvient…
En 2004 l’ouragan Jeanne avait causé de graves inondations et des
glissements de terrain qui avaient occasionné la mort de plus de 3000
personnes aux Gonaïves, faisant presque autant de disparus dans les
régions avoisinantes.
Mapou, bourgade située au milieu d’une vallée avait complètement
sombré sous les eaux. Le bilan s’établissait à plus de 2000 morts. On
dénombrait, là encore, presque autant de disparus.
La
même année, Fonds Verettes a été dévasté par des inondations. Suite à
des pluies diluviennes (pas un cyclone, pas même une tempête) qui ont
tout emporté (maisons, écoles, église), la ville a été recouverte de
boue et de pierre.
En 2008, la saison cyclonique fut singulièrement active. Haïti fut
notamment touchée par la tempête tropicale Fay, les cyclones Gustave,
Hanna et Ike – qui ont fait sortir lesrivières de leurs lits et
provoqué des coulées de boue sur la population en laissant derrière eux
des dégâts considérables. Les années suivant la catastrophe du
tremblement de terre, les cyclones Thomas en 2010 et Irène en 2011 nous
ont, toutes proportions gardées, relativement épargnés. Certes, il y eut
des dégâts et des pertes en vies humaines. Surtout en province. Et dans
les zones agricoles. Mais pas autant auquel pouvait- on s’y attendre
si Port-au-Prince était sur sa trajectoire. N’oubliez pas que la
majorité de la population vivait dans la rue, dans des camps, sous des
tentes qui ne résistent même pas la pluie. Mais qui peut prédire ce que
nous réservent pour cette année les Ernesto, Florence, Gordon, ou autre
Hélène ? Haïti et la République dominicaine partagent la même île.
Pourtant les mêmes cyclones, quand ils passent sur l’île, ne laissent
pas autant de dégâts matériels, ni autant de pertes en vies humaines en
république voisine qu’ils provoquent en Haïti. Encore moins à Cuba. Ne
s’est-on jamais demandé pourquoi ? La réponse se situe au niveau de
l’idée que se font les responsables au sommet de l’État de la valeur de
la vie humaine dans ces pays. À Cuba par exemple, il y a une logistique
permettant d’accueillir dans des abris sûrs jusqu’à un million et demi
de personnes lors du passage d’un cyclone sur l’île. En matière de
protection civile, cela devrait plus tôt servir d’exemple à plus d’un.
«Nap travay »Lire la suite ou cliquez sur le titre
Ella PERRARD
3 septembre 2012
|
|