Cette Haïti qui nous habite…
Pendant 72 heures, je crois avoir rédigé plus d
’une douzaine d’emails pour faire sortir mon point de vue sur le PSSN. D’ailleurs c’est du PR gratuit pour eux.Parmi les réactions des uns et des autres, le seul courriel que j
’ai choisi de ne pas répondre fut à mon entendement la scène biblique du roi Hérode, Jean-Baptiste et Hérodias. Celle-ci voulut que le roi guillotinât le prophète sur un plateau d’argent. Cet email est arrivé comme un réquisitoire bien monté pour ma condamnation auprès d’Hérode. Ce fut un micmac, un fourre-tout qui amalgame CCI et DSNCRP… Son auteure, après de longues heures de lecture du PSSN, y raconte du n’importe quoi, des choses que je n’ai jamais dites. Qu’on soit ange ou le contraire, il faut toujours des hommes ou des femmes qui restent fermes sur ses convictions toutefois qu’elles demeurent rationnelles ou scientifiques.Qu
’il soit clair pour tout un chacun mes réactions sur le PSSN n’a rien à voir avec GUICHARD qui pour moi est un jeune travailleur intellectuel, qui a du mérite et de l’audace pour oser proposer dans un contexte aussi fragile de notre histoire de peuple. Ses impulsions voltaïques ne m’ont pas touché. Tèt frèt nèt. Peut-être a-t-il été mal orienté… ce me semble?Je dois admettre aussi qu
’au début, la résonnance de mon verbe n’était pas non plus clémente, sans être pourtant méchant. C’était surtout pour réveiller (a wake-up call) par une provocation sincère.Au fur et à mesure que mes interventions et celles des autres évoluent, je me suis senti renforcé au sein des débats car les postulats liés à la SIENCE du DEVELOPPEMENT demeurent têtus. Merci à Harry JEAN-PHILLIPE!
Certains ont avancé que mes interventions étaient politisées. Que savent-ils? Chez nous, en Haïti, ce label
–politiser le débat- sous-entend « jeter un regard intéressé pour bloquer » alors que j’étais et je demeure pour la rectitude intellectuelle et ne pas les laisser s’immerger dans l’erreur. Errare humanum es! D’ailleurs, qui des 11 REDACTEURS que je ne connais pas personnellement? Peut-être trois?Parmi les rédacteurs, je salue particulièrement Dr. Jessie CAMEAU COICOU qui reste une femme courageuse, brave, professionnelle et qui a lutté comme le no. 2 de la PNH (2004-2006) de par ses positions et sa formation de la Science Policière. La PAIX apparente dont certains jouissent aujourd
’hui à PauP, elle a semé sa graine quelque part.De 2004 à 2008, j
’ai eu l’honneur de servir mon pays dans les conditions les plus difficiles, j’ai rencontré beaucoup de cadres de haut niveau de l’ETAT HAITIEN qui, humblement, n’a rien à prouver aux super-diplômés de la DIASPORA. C’est cette expérience, tant à la Primature et au MCFDF, qui m’a permis de comprendre ce que le vieux Prof. du « Soyons sérieux ! » dit toujours qu’ « Haïti est un véritable Laboratoire Sociopolitique ». Tout PLAN, qu’il s’agisse du PSSN, du PlAN Marshall X, Y, Z, PLAN Alpha, Beta, Gama, Lambda, Omega doit être pondu au sein du Laboratoire-Haïti.C
’est cette riche expérience de 2004 à 2008, dans les conditions sécuritaires les plus humiliantes qui m’a permis de rencontrer des EXPERTS de Haut Calibre au sein de l’Etat.Ma première lecture diagonale m
’a vite révélé quelques croquis dans le PSSN sur la question de la Modernisation/Réforme Législative déjà entreprise par le Gouvernement de Transition qui demeure en vigueur malgré les déclarations inopportunes de Jacques-Edouard Alexis. Heureusement, j’ai été en contact permanent avec Me. Enex JEAN-CHARLES, la MEMOIRE VIVANTE de la Présidence d’Haïti qui m’a gentiment communiqué les fichiers numériques des DECRETS promulgués dans le Moniteur entre 2004 et 2006. En consultant ces décrets sur Internet (http://www.gerardlatortue.org/decrets.htm), on constatera que le PSSN contient des propositions redondantes.Honnêtement, si j
’ai laissé passer sans mot dire, je serais malhonnête.En lisant le PSSN de bout en bout, comment ne pas me rappeler de mon ami Yves Robert JEAN (Bob), Directeur Général du Ministère du PLAN, jeune cadre qui lui aussi est la MEMOIRE VIVANTE dudit MINISTERE. De l
’Aménagement du Territoire de l’ère Baby Boc, au Livre Blanc de JBA etc. au CCI, passant par le DSNCRP ci-devant DSRP… BOB en lisant le PSSN aura les mêmes réactions que moi en tant qu’EXPERT disant « quelle a été l’enquête appréciative? Où est passée l’analyse situationnelle ?»De la Reforme Judiciaire
, quid des efforts du Prof. Micha GAILLARD, de regretté mémoire, du Secrétariat de la Réforme Judiciaire, Me. Daniel JEAN? Toutes ces questions n’ont pour unique but d’enrichir le document. Quant à la décentralisation, les travaux d’André Lafontant JOSEPH qui, s’il lit le PSSN sera scandalisé pour voir qu’on repropose ce qui est déjà la.En lisant le PSSN aux pages (xi, xii, 1-12) ma déduction personnelle c
’est que les consultants du CEFIE-CONSEIL ont collecté leurs données à partir des résolutions de Sto. Domingo et quelques maigres consultations auprès de certains EXPERTS à PauP. Ce qui me laisse encore sur ma soif au regard du schéma suivant : Experts-à Interface en Haiti ou points focaux à Consultations dans différents secteurs--à Collection de Données (avant et après 12 janvier2010) ----à Analyses situationnelles -à Cadre Conceptuel-à Plan-Stratégique. J'ai encore soif.On peut faire du bruit comme l
’on veut sur le PSSN, ma conviction est arrêtée. Elle s’inscrit dans la rigueur. Un homme sans conviction est comme un soldat qui va en guerre pour se ranger au camp de l’ennemi au premier coup de fusil. Je dis et je maintiens! Certains peuvent même tenter de me fermer la gueule en glissant le nom de Gérard LATORTUE qui m’a uniquement introduit dans son Cabinet sur la base de mes compétences et de ma pénible folie d’aimer cette Haïti qui m’habite. Il leur prendra des années-lumière à me stopper « politicaillerie chère à notre culture » mais étant donné qu’ils ont peur de débat, ils finiront par rester encloitrés dans leurs opinions fagotées de toutes pièces.En guise de suggestion, si l
’on veut écouter…GUICHARD du CEFIE-CONSEIL et son équipe prennent l
’avion pour une période de temps X, restent à PauP, multiplient les consultations, construisent leur modélisation, se donnent un cadrage portant vers des schémas conducteurs. Ce même GUICHARD et son équipe reprennent l’avion, retournent à Paris, tiennent compte des données et de leur mission, je peux garantir qu’on aura un Excellent Travail, certainement mieux que celui d’aujourd’hui. C’est une suggestion.Mon ultime recommandation sur le PSSN
Le cadre conceptuel doit être mieux travaillé. Pour la mise en œuvre du PSSN, il faudra y inclure une Coordination Macro capable de faire rouler le moteur car on ne peut pas lâcher un tel PLAN dans la main des gens qui ne comprennent pas l
’abc de l’EXECUTION.L
’ultima verba ! Je tiens à remercier sincèrement S. LUCAS (pa pè chay), PFA « en grand genre », JP. OSSE qui s’est excusé au nom de GUICHARD, Max JEANTY, JP MANGONES, Guy JOACHIM, Me. André PETIT-HOMME, Renald LUBERICE, JR Jean-Noël – mon grand frère qui sait comment le vieux Gérard a été rigoureux envers nous à la Primature, VAVA le musicien « à chacun son domaine/expertise », mon ami Ray KILLICK dans interventions de principe et qui malheureusement a tenté de ressusciter un mort 86sard... Lazare n’est revenu qu’une seule fois…Enfin, Willy POMPILUS qui en observant les débats a relevé mon intégrité, mon honnêteté et ma rectitude
… Il m’a prouvé encore une fois comme il l’a si bien dit : « Le moment est pour les Haïtiens de pouvoir se communiquer sans google et sans intermédiaire »Cette Haïti qui nous habite (hommage posthume à Georges Anglade) est le Dénominateur Commun de tout DEBAT après le 12 janvier 2010. Personne n
’a la formule magique. Cependant dans une solidarité sincère, l’AUTRE HAITI reste et demeure POSSIBLE.Cordialement,
JJ JOSEPH
Le 17 février 2010
Jean-Junior,
J'ecris pour saluer le scientifique en toi qui a su rendre hommage aux pionniers de l'approche strategique au developpement economique en Haiti.
Je respecte leurs travaux, que je n'oublie jamais de souligner, et admire leur devotion a leur patrie pour avoir consenti a oeuvrer dans les conditions particulierement difficiles que nous connaissons tous. J'ai beaucoup appris d'eux, et de toi aussi.
Cordialement,
Parnell Duverger
P.S. Tu es libre de partager cette petite note.
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Bonsoir mon ami Jean-Junior,
Apres une longue journee de travail, je viens de lire ton message. Tu ecris ceci : " De 2004 à 2008, j’ai eu l’honneur de servir mon pays dans les conditions les plus difficiles. J’ai rencontré beaucoup de cadres de haut niveau de l’ETAT HAITIEN qui, humblement, n’a rien à prouver aux super-diplômés de la DIASPORA. J'ai beaucoup de respect pour les professionnels Haitiens. Que tu sois serieux, sage et humble !
Mon ami Jean-Junior, ce passage m'interesse beaucoup : " J’ai rencontré beaucoup de cadres de haut niveau de l’ETAT HAITIEN qui, humblement, n’a rien à prouver aux super-diplômés de la DIASPORA". Que tu me permettes de te poser ces 6 questions :
1) Veux tu demander aux ministres de l'Economie et des Finances de 1803 - 2010 pourquoi Haiti n'a jamais eu un MODELE ECONOMIQUE?
2) Veux-tu demander aux ministres de l'Economie et des Finances de 1803 - 2010 pourquoi Haiti n'a jamais eu un MARCHE FINANCIER ?
3) Veux-tu demander aux ministres de l'Economie et des Finances de 1803 - 2010 pourquoi Haiti n'a jamais eu un MODELE FINANCIER ?
4) Veux-tu demander aux ministres de l'Economie et des Finances de 1803 - 2010 de definir la Politique Economique d'Haiti et la Politique Monetaire d'Haiti ?
5) Veux-tu demander aux ministres de l'Economie et des Finances de 1803 - 2010 de definir le Systeme Financier Haitien et, aussi, les Plans Strategiques du Developpement Economique de la Nation Haitienne de 1803 - 2010 ?
6) Est-ce que tu peux me citer le nom d'un ministre de l'Economie et des Finances qui a donne une Conference a la Banque Mondiale au cours des Assemblees annuelles en face des Experts financiers. Pour tes informations, l'humble VAVA y participe activement chaque annee.
Mon cher ami Jean-Junior,
Tu ne connais pas les jeunes Experts et Specialistes financiers Haitiens sur le podium mondial. Tu ne connais pas les jeunes specialistes financiers haitiens qui sont en train de briller comme le soleil du midi sur le podium mondial. Est-ce que tu peux envoyer ces 6 questions a tes amis pour un DEBAT SCIENTIFIQUE sur la Science des Finances et sur l'intelligence economique sur ce podium virtuel.
Jean-Junior ecrit ceci : " J’ai rencontré beaucoup de cadres de haut niveau de l’ETAT HAITIEN qui, humblement, n’a rien à prouver aux super-diplômés de la DIASPORA". Cette phrase n'est pas correcte. Je serai heureux de lire la reponse des ministres de l'Economie et des Finances a ces 5 questions extremement faciles.
C'est mieux de t'informer sur les jeunes et brillants Experts, Specialistes et Analystes financiers Haitiens dans le monde d'aujourd'hui.
a) Pour avoir voyage dans presque tous les pays du monde - Pour avoir participe dans des millions de conferences, reunions et assemblees avec des TOP economistes, experts financiers et puissants leaders mondiaux, permets-moi de te dire que tu ne connais pas la super-creme de la creme des professionnels haitiens dans la Diaspora. Franchement, tu ne les connais pas....
Bonne nuit....
Vanel (VAVA)
* 35 ans d'EXPERTISE et de SUCCES au niveau mondial
Pourtant, il est sage et humble
*** XXX ***
kenbe fem!
Pfa
Pour un peuple qui agonise entre deux univers parallèles, le monde des vivants et celui des morts, le Mercredi des Cendres n’est point nécessaire. En effet, depuis ce mardi 12 janvier 2010 où Haïti a basculé dans l’épouvante, chaque jour qui s’amène rappelle aux haïtiens leur condition de mortel, chaque minute qui se vit à deux pas des limbes en décomposition sous les décombres se vit intensément, chaque aube accouche des rêves éphémères qui meurent évidemment à la tombée du jour—des rêves qui gravitent follement autour du manger, du boire et de la survie. Car survivre est devenu un objectif en soi.
Car s’il y a une certitude qui s’est imposée avec l’horreur, c’est que nous sommes poussière. Toutes nos grandeurs, toutes nos grandiloquences, toutes nos suffisances, tout cela passera.
La seule différence cette année, c’est que ce Mercredi des Cendres a réellement un gout de cendre. Généralement le carême se dessine sur les vestiges fiévreux des jours gras. Les hanches encore peuplées de gaieté folle, les têtes encore assiégées de rêves absurdes, les paupières alourdies de sommeil en fuite, la brièveté de l’existence n’effraie point, même les pénitences ont un coté taquin. Mais cette année, le pays sans chapeau n’est plus une distante éventualité. C’est une réalité que l’on respire à chaque seconde. Et ce Mercredi des Cendres n’a vraiment pas sa place.
Pfa
Pfa,
Quelle inspiration! Beau et profond texte, en verite, que j'ai beaucoup aime.
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Jn Anil Louis-Juste
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Mardi 12 janvier 2010. Aux environs de 17 heures. Un tremblement de terre annoncé, depuis des années, jusque dans sa magnitude (7,2), balaie les régions ouest et sud-est de Haïti. Le bilan officiel évoque près de 113 mille vies humaines éteintes.
Deux heures plus tôt, un autre tremblement de terre politique secoue la gauche haïtienne. Et l’université spécialement. Jn Anil Louis-Juste, professeur connu pour son engagement aux côtés des luttes populaires, vient d’être crapuleusement assassiné. De la même manière que des scientifiques, en particulier des géologues, avaient identifié des signaux d’un imminent tremblement de terre sur Port-au-Prince, de nombreux signaux du tremblement de terre qui emporte la vie du camarade Janil avaient été émis depuis des mois.
Tout le monde conserve en mémoire les luttes de juin à août 2009 autour du réajustement du salaire minimum en Haïti. Et se rappelle certainement comment Janil a été accusé d’avoir été le «diable» qui s’est approprié de l’esprit des étudiants, les ayant conduit à comprendre que le salaire d’un ouvrier ne doit pas être de 125 gourdes (à peine 2 euros). On l’accusait de tellement de faits qu’on n’avait pas hésité à le criminaliser en cherchant à le rendre responsable d’une vitre soigneusement brisée par un sage architecte è l’édifice de la Fokal, la plus grande ONG de l’Internationale Communautaire et de la solidarité de spectacle en Haïti.
On garde encore en mémoire non seulement les efforts du gouvernement de Préval visant à le rendre coupable des revendications de réajustement du salaire ouvrier, mais surtout la hardiesse de madame la Première Ministre [Michèle Pierre-Louis, jusqu’en novembre 2009] qui était allée jusqu’à faire pression sur le rectorat de l’Université pour révoquer le professeur Jn Anil Louis-Juste.
C’est que Janil a toujours été cette voix emblématique des luttes pour l’humanisation de la vie en Haïti. Et on savait que notre bourgeoisie grandonarchique n’avait jamais réussi à dormir tranquille du vivant de Janil. Elle n’a jamais apprécié sa capacité incisive et novatrice, quand il a découvert le concept de «grandons-bourgeois» pour expliquer la spécificité de cette bourgeoisie-latifundiste.
Haïti a découvert Janil pour la première fois quand, étudiant à la Faculté d’Agronomie et de médecine vétérinaire (FAMV) de l’Université d’état d’Haïti, il avait coordonné une grève contre Baby Doc [Jean-Claude Duvalier, fils de François Duvalier, dit Papa Doc, fut dictateur de 1971 et 1980] qui s’apprêtait à exiler des journalistes – à l’époque progressistes – et des militants de droits humains, en novembre 1980. Depuis lors, Janil n’a jamais cédé un pouce de son engagement pour les classes populaires.
Des soldats de la force d’occupation (Minustah - Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti) circulaient dans les rues avec son nom entre juin et septembre 2009. Ceux-ci, à plusieurs reprises, avaient tenté d’envahir la Faculté des sciences humaines (Fasch) et la Faculté d’Ethnologie dans l’espoir de l’enlever. C’est très mal connaître Janil que croire que de telles intimidations pouvaient le réduire au silence.
Dans sa courte carrière d’agronome, Janil a pu travailler aux cotés des paysans de Papaye, dans le Plateau Central, où il s’était fait remarquer par sa position radicale contre l’utilisation du «développement communautaire» en tant que «logo-technique» en vue de dépolitiser les paysans et désorienter leurs énergies, dans une direction contraire à leurs revendications historiques. Cette radicalité a failli lui coûter la vie lors du coup d’état de 1991. Il a échappé de peu aux sbires putchistes qui avaient été le chercher la nuit même du 30 septembre 1991. Mais il était en vacances à la capitale
De son expérience à Papaye, Janil a, entre autres, publié le livre Sociologie de l’animation de Papaye, initialement produit en vue de l’obtention de la licence en Travail social à la Fasch où il a dédié toute sa vie de militant sans pour autant cesser de marcher à côté des paysans et des travailleurs en général.
L’un des plus grands défis que l’on pourrait se lancer est celui d’identifier au cours des 52 ans de Janil un seul moment au cours duquel il n’aurait pas été en train de lutter contre l’industrie de la déshumanisation appelée à tort humanitaire. Des nombreux trésors qu’il nous lègue, nous recensons sa thèse de doctorat en Travail social intitulée «A Internacional Comunitária: ONGs chamadas alternativas e Projeto de livre individualidade. Crítica à parceria enquanto forma de solidariedade de espetáculo no Desenvolvimento de comunidade no Haiti» [L’Internationale Communautaire: ONGs dites alternatives et Projet de libre individualité. Critique du partenariat en tant que forme de solidarité de spectacle dans le Développement de la communauté en Haïti]. Il nous incombe de traduire cet ouvrage, pour publication, à titre posthume.
Il a créé le concept d’«Internationale Communautaire» justement pour désigner ces institutions internationales et leur complexe ideológico-politique mal nommé «Communauté internationale» dont le rôle véritable est de dérouter toute lute qui cherche à s’enraciner dans une Internationale Communiste.
Pour qui connaît la réalité haïtienne, il ne devrait pas être difficile de saisir la profondeur de cette thèse.
Il suffit de savoir que le nouveau nom de Haïti – et qu’il est de bon ton, actuellement, de mettre en valeur – est «Paradis des ONGs», cela permet de mesurer le ton osé de ladite thèse et combien importants sont les intérêts qu’elle indexe et indique. Les ONGs sont tellement puissantes en Haïti que même la gauche s’est aussi «onguisée», se prétextant être des ONGs alternatives.
De retour en Haïti en 2007, Janil s’est consacré à la construction de l’Asosyasyon Inivèsitè ak Inivèsitèz Desalinyèn (ASID, en langue haïtienne). Il a ainsi fini par convaincre le dernier sceptique de son intention de dédier sa vie entière à la lutte pour la vie en Haïti. La participation de l’ASID au premier front de toutes les luttes sociales populaires en Haïti durant cette courte période ne saurait laisser indifférents les «grandons-bourgeois».
L’assassinat du camarade Janil a été planifié avec beaucoup d’intelligence (s’il convient d’appeler intelligence un acte aussi crapuleux). Deux tueurs à gage ont été contractés pour perpétrer le crime et lui donner des apparences de banditisme de rue. Aussitôt le crime commis, des médias qui ont eu le temps de le divulguer avant le tremblement de terre n’avaient pas hésité à parler de deux voleurs en action, en dépit du fait que ces mêmes médias aient reconnu en Janil le symbole de la contestation de l’ordre dominant en Haïti.
Jamais nous ne gaspillerons notre temps à demander que la justice «grandon-bourgeoise» soit mise en branle pour Janil. Nous savons parfaitement que la seule justice que nous pouvons espérer est la nôtre. Celle qui vaincra l’ordre socio-métabolique du capital, émancipant les vies humaines des chaînes qui rendent leur croissance impossible.
La vie du camarade Janil était dédiée à combattre la dégradation de la vie humaine provoquée par l’ordre du Capital. Même sa mort aura aidé à sauver des vies. Beaucoup d’étudiants de la Faculté des sciences humaines qui étaient dans la rue en train de protester contre l’assassinat ont été sauvés du tremblement de terre justement pour avoir été en pleine rue à ce moment précis. De ce fait, l’expectative des «grandons-bourgeois» qu’ils pouvaient éteindre la vie de Janil est une erreur monumentale: sa vie et son œuvre continueront à illuminer nos sentiers tout le temps nécessaire pour lutter contre la déshumanisation de la vie en Haïti. Camarade Janil ! - Présent !
* Frank Seguy a écrit de nombreux artciles sur la situation en Haïti. Une partie se trouve sur notre site.
(25 janvier 2010)
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Plan Stratégique pour le Sauvetage National: notes de lecture d’un simple citoyen
En cette période de temps difficiles ou le chaos règne en Haiti le mot d’ordre est: RECONSTRUIRE. En effet, tout est à reconstruire dans ce pays. Et chaque haitien doit péremptoirement apporter sa pierre dans la reconstruction de son alma mater. Aujourd’hui plus que jamais, Haiti a besoin de tous ses fils. Je dois donc, tout d’abord, féliciter et encourager tous ceux qui ont participé à la rédaction de ce document. Je dis bravo à vous tous pour cette noble initiative et j’encourage d’autres groupes d’haitiens à oeuvrer dans le même sens.
D’un autre côté, je me fais aussi le devoir de dire attention avec un grand A aux rédacteurs de ce document. Nous sommes dans une période de reconstruction nationale. Et dans un tel contexte nous devons en profiter pour promouvoir le changement en tout. Nous devons faire la promotion du changement même dans les plus petites choses. Dans cette optique, cette première partie de mon analyse (du PSSN) se portera sur quelques détails que certains pourraient possiblement qualifier d’insignifiants ou de petits riens. Pour le moment, je vais m’arrêter dans les toutes premières pages de ce PSSN. Plus précisément, j’aurai à réfléchir sur des éléments qui se trouvent dans les pages de remerciements et de l’introduction.
Chers compatriotes haitiens, C’est avec des yeux de tristesse que j’ai lu les premières pages du PSSN. Dès les premières lignes de ce document, j’ai noté un ton non rassembleur. Chez nous, ne dit-on pas que c’est le ton qui fait la chanson? Dans un tel document, le ton ou le vocabulaire pourrait être prophétique. Le vocabulaire pourrait déjà annoncer de grand changement. Le ton de ce document devrait dégager un tout nouvel esprit, signe avant coureur d’un nouveau souffle. Il devrait annoncer un nouvel élan, une nouvelle ère pour Haiti, bref un air de grand changement dans notre esprit. Dès les toutes premières lignes, le lecteur devrait être mis au contact d’une toute nouvelle approche. Une belle occasion vous était offerte de développer dès les premières pages de votre document une pédagogie basée sur l’échange et le dialogue. Hélas, telle n’a pas été ma toute première impression. Au contraire, j’ai été frappé par l’auto-suffisance et l’orgueil intellectuel démésuré qui se dégagent dès les premières lignes de ce document. D’abord, dans la première page du document, mon attention a été attire par l’expression suivante: “un nombre important des meilleurs cerveaux et compétences du pays” (p.1). Dans le contexte haitien, ces dix mots dissimulent le pouvoir d’expertise et de la science infuse ainsi que l’absolutisme. Ils cachent l’idée d’une relation verticale faite de monologue et du sens unique qui a si bien caractérisée le style de leadership de nos élites pendant nos 206 années d’échec. L’intention des redacteurs est assez claire et precise. Et, les quelques extraits qui suivent n’ont fait que renforcer mon impression. En effet, il est écrit dans le PSSN:
“Avec ce Plan Stratégique de Sauvetage National, le pays est enfin doté de l’instrument nécessaire à la réorientation globale de sa politique de coopération” (p.7). (Vous n’avez pas dit «doté » d’un instrument, mais plutôt «doté de l’instrument»; c’est à dire le seul, l’unique instrument, c’est déjà l’idée de l’absolu)
De plus, vous avez écrit que “Le présent document stratégique par son ampleur, sa consistance et ses innovations, prescrit un nouveau management public afin de divorcer d’avec l’immediateté et propose des solutions susceptible (sic) mettre la société sur les voies du progress démocratiques ...” pp. 7-8
J’ai aussi relevé cette courte phrase, mais ô combine piquante: “Il s’agit d’une construction intellectuelle réaliste de l’avenir d’Haiti”. (p.8)
Wow! On dirait les commentaires du Times Magazine sur un film holywoodien. Et, sur quoi se base-t-on pour émettre de tels jugements? En passant, les rédacteurs seraient-ils les mieux placés pour avancer de telles assertions? On pourrait penser entendre l’opinion d’un évaluateur externe de ce PSSN.
Mes chers compatriotes, dans un plan de reconstruction où il sera clairement noté “la faillite du pays dans ses diverses composantes...” (p.2), on ne devait pas avoir autant de largesses pour utiliser de pareils vocables et idées. Face à ce constat d’échec aussi cuisant, qui peut se considérer comme meilleur? Meilleurs en quoi? Meilleurs par rapport à qui? Nous avons tous failli à notre devoir. Il n’y a ni rang, ni grade au niveau de l’échec. Je comprends bien que dans un système éducatif où la note passage est 50 sur 100, l’élève qui obtient 49 a souvent tendance à se considèrer meilleur que celui qui a obtenu 40. Mais en réalité, ils ont tous deux échoués. Dans le système américain, par exemple, ils ont tous deux la même note qui est “F”.
Dans un tel document qui vise le changement d’Haiti, il ne devrait pas y avoir de la place pour de telle prétention. Je pense qu’il nous faut commencer par redéfinir le concept “meilleur”. Dans la nouvelle Haiti, le meilleur ne devrait plus être celui ou celle qui est passé maître dans l’art de bien manier les chiffres et les mots, (c-à-d mathématiques et français, d’ailleurs la théorie des intelligences multiples d’Howard Gadner a changé bien des choses); le meilleur ne devrait plus être celui ou celle qui réussit sa vie dans son petit coin avec sa petite famille. Dans une nouvelle Haiti, le meilleur devrait être plutôt celui ou celle qui peut créer, imaginer, ou innover pour transformer, celui ou celle qui associe sa réussite à celle de sa communauté. Dans la nouvelle Haiti, nous dirons tous avec Einstein: “l’imagination vaut mieux que la connaissance” et le meilleur sera dans son environnement immediat un leader transformationnel et un leader serviteur.
J’ai bien apprécié le fait qu’il y a eu au mois d’août en République Dominicaine une prise de conscience “de la faillite du pays dans ses diverses composantes...” Mais nous devons être assez honnêtes pour reconnaître que de “ses diverses composantes”, les élites dont vous êtes les représentants ont la plus grande part de responsabilité, voire toute la responsabilité. J’ai lu quelque part que “la classe moyenne est l’ami de la démocratie”. En Haiti, il nous est toujours revenu l’honneur et le privilège de construire cette démocratie. En d’autres termes, nous avons la pleine responsabilité dans cette situation chaotique qui prévaut en 2010 chez nous.
Ainsi, en lisant dans ce document que vous êtes également conscients “...de l’ultime impératif incombant aux élites à s’engager dans la voie irréversible de ce renouveau incontournable” (P.2), je me suis demandé s’il est sage que ces élites aillent s’engager sans une prise de conscience de leur responsabilité particulière dans l’échec d’Haiti? À quoi servirait cet engagement si vous n’arriviez pas à identifier d’abord les principales causes de votre échec?
Je pense que ç’aurait été mille fois mieux que ce “nombre important des meilleurs cerveaux et compétences du pays”, en particulier les rédacteurs de ce plan eussent pris conscience, puis noter en italiques les causes de leur échec dans la construction de cet état démocratique. Par exemple, dans une section du plan réservée au diagnostic ou à l’analyse du mal d’haiti, il serait mieux de pointer du doigt les causes de l’échec flagrant de nos egos à oeuvrer pour le bien-être du collectif (le nous) haitien.
En assumant le leadership de ce mouvement, vous vous êtes attribués le rôle de représentants des élites. Vous représentez ces intellectuels, penseurs, chercheurs, universitaires, professionnels, politiciens et autres qui ont eu pendant ces 206 longues années la destinée du pays dans leurs mains. Ç’aurait été un meilleur départ, si au nom de ces élites vous aviez eu le courage d’assumer et d’écrire en grandes lettres votre grande part de responsabilité dans cette faillite collective. Ainsi, nous aurions pu dégager clairement dès les premières lignes de ce PSSN cette prise de conscience accompagnée de cette volonté de ne plus reproduire cette même tranche histoire. Je ne sais pas si ce travail a été fait dans le “diagnostic du “Mal du Bicentenaire Haitien” à Saint-Domingue. Mais, je vous le dis en vérité, sans cette prise de conscience, nous ne serons pas en condition de déceler les causes de notre échec, or si nous ne connaissons pas ces causes nous ne serons pas capables d’adopter les mésures appropriées qui nous empêcheront de reproduire les mêmes erreurs du passé.
Cette prise de conscience nous aurait offert dans les premières pages du document un autre esprit: un esprit d’humilité. (L’humilité est la clé qui ouvre la porte du dialogue et de la reconstruction). Cette prise de conscience vous aurait permis de questionner votre mentalité construite à partir de l’éducation recue. Elle vous aurait permis de découvrir la necéssité “d’éduquer continuellement cette éducation” pour la survie de votre initiative. Car, sans cette prise de conscience et cette constante ré-éducation, nous sommes condamnés à échouer perpétuellement. Notre système d’éducation de base nous a préparés et équipés pour être “meilleurs” dans la défense de nos intêrets personnels et de groupe. Si vous étiez conscients de votre échec vous n’auriez pas pu vous placer au-dessus des autres. Quand nous sommes conscients de nos échecs nous devenons humbles et nous sommes disposés à écouter ce que l’autre a à nous dire.
Mes amis, l’heure nationale n’est plus à l’impressionniste, ni à l”orgueil intellectuel, mais plutôt à l’humilité et à l’apprentissage. Haiti, la toute première nation noire du monde, considérée jadis comme la perle des Antilles se trouve aujourd’hui dans un état chaotique qui attire la pitié de tous. Après près de 206 années d’indépendance nationale, nous, les élites intellectuelles, n’avons rien construit de bon dans notre pays. Nous n’avons pas réussi à construire cet état de droit tant souhaité. En conséquence, notre pays est souvent pointé du doigt comme étant l’une des nations aux traditions dictatoriales. Aujourd’hui, la présence de la MINUSTAH dans nos rues pour une durée inconnue justifie cet état de choses. Qu’est ce qui explique l’échec de nos élites au timon des affaires publiques et privées en Haiti? Nous n’avons pas jusqu’ici d’explications scientifiques à cela. Mais si nous considérons l’idée selon laquelle “formal education is almost without exception the strongest factor explaining what citizens do in politics and how they think about politics…” (Nie, Junn, & Stehlik-Barry, 1996), (l’éducation formelle est presque sans exception le plus important facteur qui explique ce que les citoyens d’un pays font en politique, et aussi comment ils conçoivent la politique), nous pouvons dire qu’il y a lieu de questionner l’éducation des élites haitiennes. Nous sommes tous conscients que notre mal est d’abord mental, nous le disons chaque jour: notre mentalité est à refaire.
Un pédagogue colombien a écrit ce qui suit: “Colombia se contruye cada dia en la aula”, (ce qui veut dire littéralement: La Colombie se construit chaque jour dans la salle de classe). En appliquant l’idée de cet auteur dans le cas d’Haiti, je dirais ce qu’Haiti est aujourd’hui a été construit dans la salle de classe. Une salle de classe peut-être considerée comme une société en miniature. Ces dernières années, j’ai passé mon temps à évaluer mon comportement et celui de mes compatriotes en fonction des expériences vécues dans les classes des niveaux primaire et secondaire en Haiti, et j’ai bien vite compris que presque toutes nos actions sont le fruit d’une certaine façon dont nous avons appris (1) à connaître, (2) à faire, (3) à être, et (4) à vivre ensemble (les quatre pilliers de l’éducation, selon le rapport à l’UNESCO de la commission internationale sur l’éducation pour le XXI e siècle).
La pensée véhiculée à travers les premières lignes du plan traduit le caractère supérieur et hautain, l’esprit de l’auto suffisance et l’orgueil intellectuel de cette minorité d’haitiens (ou élites intellectuelles) qui se croient être le détenteur de la science. Vous et moi avions été à la même vieille école. Nous avions été instruits et éduqués au moyen de cette pédagogie traditionnelle. Dans nos salles de classe le maître a été toujours celui qui détenait le monopole du savoir et de la vérité absolue. Dans notre système scolaire, le maître est considéré comme l’actif et l’élève le passif. Et, c’est un tel esprit qui est reproduit dans les toutes premières pages du document. Je le répète une fois de plus. Cet esprit n’est pas le fruit d’un hasard. C’est la reproduction du comportement du maître qui ne laisse pas de place à l’élève pour le dialogue. Le magister dixit est enraciné profondément dans notre savoir, savoir-faire, et savoir-être. Nous offrons au monde ce que notre système scolaire nous a donné. C’est normal. L’élève tend souvent à reproduire l’enseignement et les systèmes de valeurs de l’école qu’il a fréquentée. Dans nos salles de classe, il n’y a jamais eu cet esprit d’humilité chez le maître, il n’a jamais été question que le maître apprenne de l’élève. Il n’y a jamais eu de dialogue entre le maître et l’élève. Il ne peut pas donc avoir d’échanges entre le maître et l”élève puisqu’il est celui qui sait tout. Aujourd’hui, nous avons la possibilité de changer ce système de valeurs. Il nous faut d’abord cette PRISE DE CONSCIENCE. Je n’ai pas l’intention de faire la leçon à personne. Considérez ma réaction comme le cri du coeur d’un simple citoyen. Un citoyen qui a pris conscience de son état d’aliéné. Un citoyen qui résume ainsi l’une de ses principales activités quotidiennes: «Chaque jour, devant mon miroir je fais mon introspection, je m'adresse à mon ego. Conscient que je suis culturellement aliéné, j'essaie de me libérer des chaînes de l'aliénation culturelle. Bref, pour répeter Lionel Trouillot, « je cherche en moi un je qui n'est pas contre nous ». Je vous invite donc à faire cet exercice. Sinon, ce sera un nouveau bicentenaire de malheur pour notre beau pays. Je ne veux pas être un prophète de malheur, mais dans notre histoire, nous avons connu beaucoup de ces réunions, ententes, ou alliances ponctuelles, conjoncturelles, et circonstantielles qui ont engendré de projets semblables au vôtre. Je me souviens bien du groupe des 184 avec son fameux credo de nouveau contract social? Ou est-il passé? L’histoire se répète toujours pour ces genres d’initiatives. À bon entendeur salut!
Note : Le générique masculin a été employé dans le but d'alléger le texte.
Roselor Francois
Kenbe fem!
Pfa
Plan Stratégique pour le Sauvetage National: notes de lecture d’un simple citoyen
En cette période de temps difficiles ou le chaos règne en Haiti le mot d’ordre est: RECONSTRUIRE. En effet, tout est à reconstruire dans ce pays. Et chaque haitien doit péremptoirement apporter sa pierre dans la reconstruction de son alma mater. Aujourd’hui plus que jamais, Haiti a besoin de tous ses fils. Je dois donc, tout d’abord, féliciter et encourager tous ceux qui ont participé à la rédaction de ce document. Je dis bravo à vous tous pour cette noble initiative et j’encourage d’autres groupes d’haitiens à oeuvrer dans le même sens.
D’un autre côté, je me fais aussi le devoir de dire attention avec un grand A aux rédacteurs de ce document. Nous sommes dans une période de reconstruction nationale. Et dans un tel contexte nous devons en profiter pour promouvoir le changement en tout. Nous devons faire la promotion du changement même dans les plus petites choses. Dans cette optique, cette première partie de mon analyse (du PSSN) se portera sur quelques détails que certains pourraient possiblement qualifier d’insignifiants ou de petits riens. Pour le moment, je vais m’arrêter dans les toutes premières pages de ce PSSN. Plus précisément, j’aurai à réfléchir sur des éléments qui se trouvent dans les pages de remerciements et de l’introduction.
Chers compatriotes haitiens, C’est avec des yeux de tristesse que j’ai lu les premières pages du PSSN. Dès les premières lignes de ce document, j’ai noté un ton non rassembleur. Chez nous, ne dit-on pas que c’est le ton qui fait la chanson? Dans un tel document, le ton ou le vocabulaire pourrait être prophétique. Le vocabulaire pourrait déjà annoncer de grand changement. Le ton de ce document devrait dégager un tout nouvel esprit, signe avant coureur d’un nouveau souffle. Il devrait annoncer un nouvel élan, une nouvelle ère pour Haiti, bref un air de grand changement dans notre esprit. Dès les toutes premières lignes, le lecteur devrait être mis au contact d’une toute nouvelle approche. Une belle occasion vous était offerte de développer dès les premières pages de votre document une pédagogie basée sur l’échange et le dialogue. Hélas, telle n’a pas été ma toute première impression. Au contraire, j’ai été frappé par l’auto-suffisance et l’orgueil intellectuel démésuré qui se dégagent dès les premières lignes de ce document. D’abord, dans la première page du document, mon attention a été attire par l’expression suivante: “un nombre important des meilleurs cerveaux et compétences du pays” (p.1). Dans le contexte haitien, ces dix mots dissimulent le pouvoir d’expertise et de la science infuse ainsi que l’absolutisme. Ils cachent l’idée d’une relation verticale faite de monologue et du sens unique qui a si bien caractérisée le style de leadership de nos élites pendant nos 206 années d’échec. L’intention des redacteurs est assez claire et precise. Et, les quelques extraits qui suivent n’ont fait que renforcer mon impression. En effet, il est écrit dans le PSSN:
“Avec ce Plan Stratégique de Sauvetage National, le pays est enfin doté de l’instrument nécessaire à la réorientation globale de sa politique de coopération” (p.7). (Vous n’avez pas dit «doté » d’un instrument, mais plutôt «doté de l’instrument»; c’est à dire le seul, l’unique instrument, c’est déjà l’idée de l’absolu)
De plus, vous avez écrit que “Le présent document stratégique par son ampleur, sa consistance et ses innovations, prescrit un nouveau management public afin de divorcer d’avec l’immediateté et propose des solutions susceptible (sic) mettre la société sur les voies du progress démocratiques ...” pp. 7-8
J’ai aussi relevé cette courte phrase, mais ô combine piquante: “Il s’agit d’une construction intellectuelle réaliste de l’avenir d’Haiti”. (p.8)
Wow! On dirait les commentaires du Times Magazine sur un film holywoodien. Et, sur quoi se base-t-on pour émettre de tels jugements? En passant, les rédacteurs seraient-ils les mieux placés pour avancer de telles assertions? On pourrait penser entendre l’opinion d’un évaluateur externe de ce PSSN.
Mes chers compatriotes, dans un plan de reconstruction où il sera clairement noté “la faillite du pays dans ses diverses composantes. ..” (p.2), on ne devait pas avoir autant de largesses pour utiliser de pareils vocables et idées. Face à ce constat d’échec aussi cuisant, qui peut se considérer comme meilleur? Meilleurs en quoi? Meilleurs par rapport à qui? Nous avons tous failli à notre devoir. Il n’y a ni rang, ni grade au niveau de l’échec. Je comprends bien que dans un système éducatif où la note passage est 50 sur 100, l’élève qui obtient 49 a souvent tendance à se considèrer meilleur que celui qui a obtenu 40. Mais en réalité, ils ont tous deux échoués. Dans le système américain, par exemple, ils ont tous deux la même note qui est “F”.
Dans un tel document qui vise le changement d’Haiti, il ne devrait pas y avoir de la place pour de telle prétention. Je pense qu’il nous faut commencer par redéfinir le concept “meilleur”. Dans la nouvelle Haiti, le meilleur ne devrait plus être celui ou celle qui est passé maître dans l’art de bien manier les chiffres et les mots, (c-à-d mathématiques et français, d’ailleurs la théorie des intelligences multiples d’Howard Gadner a changé bien des choses); le meilleur ne devrait plus être celui ou celle qui réussit sa vie dans son petit coin avec sa petite famille. Dans une nouvelle Haiti, le meilleur devrait être plutôt celui ou celle qui peut créer, imaginer, ou innover pour transformer, celui ou celle qui associe sa réussite à celle de sa communauté. Dans la nouvelle Haiti, nous dirons tous avec Einstein: “l’imagination vaut mieux que la connaissance” et le meilleur sera dans son environnement immediat un leader transformationnel et un leader serviteur.
J’ai bien apprécié le fait qu’il y a eu au mois d’août en République Dominicaine une prise de conscience “de la faillite du pays dans ses diverses composantes. ..” Mais nous devons être assez honnêtes pour reconnaître que de “ses diverses composantes”, les élites dont vous êtes les représentants ont la plus grande part de responsabilité , voire toute la responsabilité . J’ai lu quelque part que “la classe moyenne est l’ami de la démocratie”. En Haiti, il nous est toujours revenu l’honneur et le privilège de construire cette démocratie. En d’autres termes, nous avons la pleine responsabilité dans cette situation chaotique qui prévaut en 2010 chez nous.
Ainsi, en lisant dans ce document que vous êtes également conscients “...de l’ultime impératif incombant aux élites à s’engager dans la voie irréversible de ce renouveau incontournable” (P.2), je me suis demandé s’il est sage que ces élites aillent s’engager sans une prise de conscience de leur responsabilité particulière dans l’échec d’Haiti? À quoi servirait cet engagement si vous n’arriviez pas à identifier d’abord les principales causes de votre échec?
Je pense que ç’aurait été mille fois mieux que ce “nombre important des meilleurs cerveaux et compétences du pays”, en particulier les rédacteurs de ce plan eussent pris conscience, puis noter en italiques les causes de leur échec dans la construction de cet état démocratique. Par exemple, dans une section du plan réservée au diagnostic ou à l’analyse du mal d’haiti, il serait mieux de pointer du doigt les causes de l’échec flagrant de nos egos à oeuvrer pour le bien-être du collectif (le nous) haitien.
En assumant le leadership de ce mouvement, vous vous êtes attribués le rôle de représentants des élites. Vous représentez ces intellectuels, penseurs, chercheurs, universitaires, professionnels, politiciens et autres qui ont eu pendant ces 206 longues années la destinée du pays dans leurs mains. Ç’aurait été un meilleur départ, si au nom de ces élites vous aviez eu le courage d’assumer et d’écrire en grandes lettres votre grande part de responsabilité dans cette faillite collective. Ainsi, nous aurions pu dégager clairement dès les premières lignes de ce PSSN cette prise de conscience accompagnée de cette volonté de ne plus reproduire cette même tranche histoire. Je ne sais pas si ce travail a été fait dans le “diagnostic du “Mal du Bicentenaire Haitien” à Saint-Domingue. Mais, je vous le dis en vérité, sans cette prise de conscience, nous ne serons pas en condition de déceler les causes de notre échec, or si nous ne connaissons pas ces causes nous ne serons pas capables d’adopter les mésures appropriées qui nous empêcheront de reproduire les mêmes erreurs du passé.
Cette prise de conscience nous aurait offert dans les premières pages du document un autre esprit: un esprit d’humilité. (L’humilité est la clé qui ouvre la porte du dialogue et de la reconstruction) . Cette prise de conscience vous aurait permis de questionner votre mentalité construite à partir de l’éducation recue. Elle vous aurait permis de découvrir la necéssité “d’éduquer continuellement cette éducation” pour la survie de votre initiative. Car, sans cette prise de conscience et cette constante ré-éducation, nous sommes condamnés à échouer perpétuellement. Notre système d’éducation de base nous a préparés et équipés pour être “meilleurs” dans la défense de nos intêrets personnels et de groupe. Si vous étiez conscients de votre échec vous n’auriez pas pu vous placer au-dessus des autres. Quand nous sommes conscients de nos échecs nous devenons humbles et nous sommes disposés à écouter ce que l’autre a à nous dire.
Mes amis, l’heure nationale n’est plus à l’impressionniste, ni à l”orgueil intellectuel, mais plutôt à l’humilité et à l’apprentissage. Haiti, la toute première nation noire du monde, considérée jadis comme la perle des Antilles se trouve aujourd’hui dans un état chaotique qui attire la pitié de tous. Après près de 206 années d’indépendance nationale, nous, les élites intellectuelles, n’avons rien construit de bon dans notre pays. Nous n’avons pas réussi à construire cet état de droit tant souhaité. En conséquence, notre pays est souvent pointé du doigt comme étant l’une des nations aux traditions dictatoriales. Aujourd’hui, la présence de la MINUSTAH dans nos rues pour une durée inconnue justifie cet état de choses. Qu’est ce qui explique l’échec de nos élites au timon des affaires publiques et privées en Haiti? Nous n’avons pas jusqu’ici d’explications scientifiques à cela. Mais si nous considérons l’idée selon laquelle “formal education is almost without exception the strongest factor explaining what citizens do in politics and how they think about politics…” (Nie, Junn, & Stehlik-Barry, 1996), (l’éducation formelle est presque sans exception le plus important facteur qui explique ce que les citoyens d’un pays font en politique, et aussi comment ils conçoivent la politique), nous pouvons dire qu’il y a lieu de questionner l’éducation des élites haitiennes. Nous sommes tous conscients que notre mal est d’abord mental, nous le disons chaque jour: notre mentalité est à refaire.
Un pédagogue colombien a écrit ce qui suit: “Colombia se contruye cada dia en la aula”, (ce qui veut dire littéralement: La Colombie se construit chaque jour dans la salle de classe). En appliquant l’idée de cet auteur dans le cas d’Haiti, je dirais ce qu’Haiti est aujourd’hui a été construit dans la salle de classe. Une salle de classe peut-être considerée comme une société en miniature. Ces dernières années, j’ai passé mon temps à évaluer mon comportement et celui de mes compatriotes en fonction des expériences vécues dans les classes des niveaux primaire et secondaire en Haiti, et j’ai bien vite compris que presque toutes nos actions sont le fruit d’une certaine façon dont nous avons appris (1) à connaître, (2) à faire, (3) à être, et (4) à vivre ensemble (les quatre pilliers de l’éducation, selon le rapport à l’UNESCO de la commission internationale sur l’éducation pour le XXI e siècle).
La pensée véhiculée à travers les premières lignes du plan traduit le caractère supérieur et hautain, l’esprit de l’auto suffisance et l’orgueil intellectuel de cette minorité d’haitiens (ou élites intellectuelles) qui se croient être le détenteur de la science. Vous et moi avions été à la même vieille école. Nous avions été instruits et éduqués au moyen de cette pédagogie traditionnelle. Dans nos salles de classe le maître a été toujours celui qui détenait le monopole du savoir et de la vérité absolue. Dans notre système scolaire, le maître est considéré comme l’actif et l’élève le passif. Et, c’est un tel esprit qui est reproduit dans les toutes premières pages du document. Je le répète une fois de plus. Cet esprit n’est pas le fruit d’un hasard. C’est la reproduction du comportement du maître qui ne laisse pas de place à l’élève pour le dialogue. Le magister dixit est enraciné profondément dans notre savoir, savoir-faire, et savoir-être. Nous offrons au monde ce que notre système scolaire nous a donné. C’est normal. L’élève tend souvent à reproduire l’enseignement et les systèmes de valeurs de l’école qu’il a fréquentée. Dans nos salles de classe, il n’y a jamais eu cet esprit d’humilité chez le maître, il n’a jamais été question que le maître apprenne de l’élève. Il n’y a jamais eu de dialogue entre le maître et l’élève. Il ne peut pas donc avoir d’échanges entre le maître et l”élève puisqu’il est celui qui sait tout. Aujourd’hui, nous avons la possibilité de changer ce système de valeurs. Il nous faut d’abord cette PRISE DE CONSCIENCE. Je n’ai pas l’intention de faire la leçon à personne. Considérez ma réaction comme le cri du coeur d’un simple citoyen. Un citoyen qui a pris conscience de son état d’aliéné. Un citoyen qui résume ainsi l’une de ses principales activités quotidiennes: «Chaque jour, devant mon miroir je fais mon introspection, je m'adresse à mon ego. Conscient que je suis culturellement aliéné, j'essaie de me libérer des chaînes de l'aliénation culturelle. Bref, pour répeter Lionel Trouillot, « je cherche en moi un je qui n'est pas contre nous ». Je vous invite donc à faire cet exercice. Sinon, ce sera un nouveau bicentenaire de malheur pour notre beau pays. Je ne veux pas être un prophète de malheur, mais dans notre histoire, nous avons connu beaucoup de ces réunions, ententes, ou alliances ponctuelles, conjoncturelles, et circonstantielles qui ont engendré de projets semblables au vôtre. Je me souviens bien du groupe des 184 avec son fameux credo de nouveau contract social? Ou est-il passé? L’histoire se répète toujours pour ces genres d’initiatives. À bon entendeur salut!
Note : Le générique masculin a été employé dans le but d'alléger le texte.
Roselor Francois
“The greatest danger for most of us is not that our aim is too high and we miss it, but that it is too low and we reach it.” Michelangelo
Pfa
La Vie n'a Jamais de Problemes il y a que des Putains Solutions
Plan Stratégique pour le Sauvetage National: notes de lecture d’un simple citoyen
En cette période de temps difficiles ou le chaos règne en Haiti le mot d’ordre est: RECONSTRUIRE. En effet, tout est à reconstruire dans ce pays. Et chaque haitien doit péremptoirement apporter sa pierre dans la reconstruction de son alma mater. Aujourd’hui plus que jamais, Haiti a besoin de tous ses fils. Je dois donc, tout d’abord, féliciter et encourager tous ceux qui ont participé à la rédaction de ce document. Je dis bravo à vous tous pour cette noble initiative et j’encourage d’autres groupes d’haitiens à oeuvrer dans le même sens.
D’un autre côté, je me fais aussi le devoir de dire attention avec un grand A aux rédacteurs de ce document. Nous sommes dans une période de reconstruction nationale. Et dans un tel contexte nous devons en profiter pour promouvoir le changement en tout. Nous devons faire la promotion du changement même dans les plus petites choses. Dans cette optique, cette première partie de mon analyse (du PSSN) se portera sur quelques détails que certains pourraient possiblement qualifier d’insignifiants ou de petits riens. Pour le moment, je vais m’arrêter dans les toutes premières pages de ce PSSN. Plus précisément, j’aurai à réfléchir sur des éléments qui se trouvent dans les pages de remerciements et de l’introduction.
Chers compatriotes haitiens, C’est avec des yeux de tristesse que j’ai lu les premières pages du PSSN. Dès les premières lignes de ce document, j’ai noté un ton non rassembleur. Chez nous, ne dit-on pas que c’est le ton qui fait la chanson? Dans un tel document, le ton ou le vocabulaire pourrait être prophétique. Le vocabulaire pourrait déjà annoncer de grand changement. Le ton de ce document devrait dégager un tout nouvel esprit, signe avant coureur d’un nouveau souffle. Il devrait annoncer un nouvel élan, une nouvelle ère pour Haiti, bref un air de grand changement dans notre esprit. Dès les toutes premières lignes, le lecteur devrait être mis au contact d’une toute nouvelle approche. Une belle occasion vous était offerte de développer dès les premières pages de votre document une pédagogie basée sur l’échange et le dialogue. Hélas, telle n’a pas été ma toute première impression. Au contraire, j’ai été frappé par l’auto-suffisance et l’orgueil intellectuel démésuré qui se dégagent dès les premières lignes de ce document. D’abord, dans la première page du document, mon attention a été attire par l’expression suivante: “un nombre important des meilleurs cerveaux et compétences du pays” (p.1). Dans le contexte haitien, ces dix mots dissimulent le pouvoir d’expertise et de la science infuse ainsi que l’absolutisme. Ils cachent l’idée d’une relation verticale faite de monologue et du sens unique qui a si bien caractérisée le style de leadership de nos élites pendant nos 206 années d’échec. L’intention des redacteurs est assez claire et precise. Et, les quelques extraits qui suivent n’ont fait que renforcer mon impression. En effet, il est écrit dans le PSSN:
“Avec ce Plan Stratégique de Sauvetage National, le pays est enfin doté de l’instrument nécessaire à la réorientation globale de sa politique de coopération” (p.7). (Vous n’avez pas dit «doté » d’un instrument, mais plutôt «doté de l’instrument»; c’est à dire le seul, l’unique instrument, c’est déjà l’idée de l’absolu)
De plus, vous avez écrit que “Le présent document stratégique par son ampleur, sa consistance et ses innovations, prescrit un nouveau management public afin de divorcer d’avec l’immediateté et propose des solutions susceptible (sic) mettre la société sur les voies du progress démocratiques ...” pp. 7-8
J’ai aussi relevé cette courte phrase, mais ô combine piquante: “Il s’agit d’une construction intellectuelle réaliste de l’avenir d’Haiti”. (p.8)
Wow! On dirait les commentaires du Times Magazine sur un film holywoodien. Et, sur quoi se base-t-on pour émettre de tels jugements? En passant, les rédacteurs seraient-ils les mieux placés pour avancer de telles assertions? On pourrait penser entendre l’opinion d’un évaluateur externe de ce PSSN.
Mes chers compatriotes, dans un plan de reconstruction où il sera clairement noté “la faillite du pays dans ses diverses composantes. ..” (p.2), on ne devait pas avoir autant de largesses pour utiliser de pareils vocables et idées. Face à ce constat d’échec aussi cuisant, qui peut se considérer comme meilleur? Meilleurs en quoi? Meilleurs par rapport à qui? Nous avons tous failli à notre devoir. Il n’y a ni rang, ni grade au niveau de l’échec. Je comprends bien que dans un système éducatif où la note passage est 50 sur 100, l’élève qui obtient 49 a souvent tendance à se considèrer meilleur que celui qui a obtenu 40. Mais en réalité, ils ont tous deux échoués. Dans le système américain, par exemple, ils ont tous deux la même note qui est “F”.
Dans un tel document qui vise le changement d’Haiti, il ne devrait pas y avoir de la place pour de telle prétention. Je pense qu’il nous faut commencer par redéfinir le concept “meilleur”. Dans la nouvelle Haiti, le meilleur ne devrait plus être celui ou celle qui est passé maître dans l’art de bien manier les chiffres et les mots, (c-à-d mathématiques et français, d’ailleurs la théorie des intelligences multiples d’Howard Gadner a changé bien des choses); le meilleur ne devrait plus être celui ou celle qui réussit sa vie dans son petit coin avec sa petite famille. Dans une nouvelle Haiti, le meilleur devrait être plutôt celui ou celle qui peut créer, imaginer, ou innover pour transformer, celui ou celle qui associe sa réussite à celle de sa communauté. Dans la nouvelle Haiti, nous dirons tous avec Einstein: “l’imagination vaut mieux que la connaissance” et le meilleur sera dans son environnement immediat un leader transformationnel et un leader serviteur.
J’ai bien apprécié le fait qu’il y a eu au mois d’août en République Dominicaine une prise de conscience “de la faillite du pays dans ses diverses composantes. ..” Mais nous devons être assez honnêtes pour reconnaître que de “ses diverses composantes”, les élites dont vous êtes les représentants ont la plus grande part de responsabilité , voire toute la responsabilité . J’ai lu quelque part que “la classe moyenne est l’ami de la démocratie”. En Haiti, il nous est toujours revenu l’honneur et le privilège de construire cette démocratie. En d’autres termes, nous avons la pleine responsabilité dans cette situation chaotique qui prévaut en 2010 chez nous.
Ainsi, en lisant dans ce document que vous êtes également conscients “...de l’ultime impératif incombant aux élites à s’engager dans la voie irréversible de ce renouveau incontournable” (P.2), je me suis demandé s’il est sage que ces élites aillent s’engager sans une prise de conscience de leur responsabilité particulière dans l’échec d’Haiti? À quoi servirait cet engagement si vous n’arriviez pas à identifier d’abord les principales causes de votre échec?
Je pense que ç’aurait été mille fois mieux que ce “nombre important des meilleurs cerveaux et compétences du pays”, en particulier les rédacteurs de ce plan eussent pris conscience, puis noter en italiques les causes de leur échec dans la construction de cet état démocratique. Par exemple, dans une section du plan réservée au diagnostic ou à l’analyse du mal d’haiti, il serait mieux de pointer du doigt les causes de l’échec flagrant de nos egos à oeuvrer pour le bien-être du collectif (le nous) haitien.
En assumant le leadership de ce mouvement, vous vous êtes attribués le rôle de représentants des élites. Vous représentez ces intellectuels, penseurs, chercheurs, universitaires, professionnels, politiciens et autres qui ont eu pendant ces 206 longues années la destinée du pays dans leurs mains. Ç’aurait été un meilleur départ, si au nom de ces élites vous aviez eu le courage d’assumer et d’écrire en grandes lettres votre grande part de responsabilité dans cette faillite collective. Ainsi, nous aurions pu dégager clairement dès les premières lignes de ce PSSN cette prise de conscience accompagnée de cette volonté de ne plus reproduire cette même tranche histoire. Je ne sais pas si ce travail a été fait dans le “diagnostic du “Mal du Bicentenaire Haitien” à Saint-Domingue. Mais, je vous le dis en vérité, sans cette prise de conscience, nous ne serons pas en condition de déceler les causes de notre échec, or si nous ne connaissons pas ces causes nous ne serons pas capables d’adopter les mésures appropriées qui nous empêcheront de reproduire les mêmes erreurs du passé.
Cette prise de conscience nous aurait offert dans les premières pages du document un autre esprit: un esprit d’humilité. (L’humilité est la clé qui ouvre la porte du dialogue et de la reconstruction) . Cette prise de conscience vous aurait permis de questionner votre mentalité construite à partir de l’éducation recue. Elle vous aurait permis de découvrir la necéssité “d’éduquer continuellement cette éducation” pour la survie de votre initiative. Car, sans cette prise de conscience et cette constante ré-éducation, nous sommes condamnés à échouer perpétuellement. Notre système d’éducation de base nous a préparés et équipés pour être “meilleurs” dans la défense de nos intêrets personnels et de groupe. Si vous étiez conscients de votre échec vous n’auriez pas pu vous placer au-dessus des autres. Quand nous sommes conscients de nos échecs nous devenons humbles et nous sommes disposés à écouter ce que l’autre a à nous dire.
Mes amis, l’heure nationale n’est plus à l’impressionniste, ni à l”orgueil intellectuel, mais plutôt à l’humilité et à l’apprentissage. Haiti, la toute première nation noire du monde, considérée jadis comme la perle des Antilles se trouve aujourd’hui dans un état chaotique qui attire la pitié de tous. Après près de 206 années d’indépendance nationale, nous, les élites intellectuelles, n’avons rien construit de bon dans notre pays. Nous n’avons pas réussi à construire cet état de droit tant souhaité. En conséquence, notre pays est souvent pointé du doigt comme étant l’une des nations aux traditions dictatoriales. Aujourd’hui, la présence de la MINUSTAH dans nos rues pour une durée inconnue justifie cet état de choses. Qu’est ce qui explique l’échec de nos élites au timon des affaires publiques et privées en Haiti? Nous n’avons pas jusqu’ici d’explications scientifiques à cela. Mais si nous considérons l’idée selon laquelle “formal education is almost without exception the strongest factor explaining what citizens do in politics and how they think about politics…” (Nie, Junn, & Stehlik-Barry, 1996), (l’éducation formelle est presque sans exception le plus important facteur qui explique ce que les citoyens d’un pays font en politique, et aussi comment ils conçoivent la politique), nous pouvons dire qu’il y a lieu de questionner l’éducation des élites haitiennes. Nous sommes tous conscients que notre mal est d’abord mental, nous le disons chaque jour: notre mentalité est à refaire.
Un pédagogue colombien a écrit ce qui suit: “Colombia se contruye cada dia en la aula”, (ce qui veut dire littéralement: La Colombie se construit chaque jour dans la salle de classe). En appliquant l’idée de cet auteur dans le cas d’Haiti, je dirais ce qu’Haiti est aujourd’hui a été construit dans la salle de classe. Une salle de classe peut-être considerée comme une société en miniature. Ces dernières années, j’ai passé mon temps à évaluer mon comportement et celui de mes compatriotes en fonction des expériences vécues dans les classes des niveaux primaire et secondaire en Haiti, et j’ai bien vite compris que presque toutes nos actions sont le fruit d’une certaine façon dont nous avons appris (1) à connaître, (2) à faire, (3) à être, et (4) à vivre ensemble (les quatre pilliers de l’éducation, selon le rapport à l’UNESCO de la commission internationale sur l’éducation pour le XXI e siècle).
La pensée véhiculée à travers les premières lignes du plan traduit le caractère supérieur et hautain, l’esprit de l’auto suffisance et l’orgueil intellectuel de cette minorité d’haitiens (ou élites intellectuelles) qui se croient être le détenteur de la science. Vous et moi avions été à la même vieille école. Nous avions été instruits et éduqués au moyen de cette pédagogie traditionnelle. Dans nos salles de classe le maître a été toujours celui qui détenait le monopole du savoir et de la vérité absolue. Dans notre système scolaire, le maître est considéré comme l’actif et l’élève le passif. Et, c’est un tel esprit qui est reproduit dans les toutes premières pages du document. Je le répète une fois de plus. Cet esprit n’est pas le fruit d’un hasard. C’est la reproduction du comportement du maître qui ne laisse pas de place à l’élève pour le dialogue. Le magister dixit est enraciné profondément dans notre savoir, savoir-faire, et savoir-être. Nous offrons au monde ce que notre système scolaire nous a donné. C’est normal. L’élève tend souvent à reproduire l’enseignement et les systèmes de valeurs de l’école qu’il a fréquentée. Dans nos salles de classe, il n’y a jamais eu cet esprit d’humilité chez le maître, il n’a jamais été question que le maître apprenne de l’élève. Il n’y a jamais eu de dialogue entre le maître et l’élève. Il ne peut pas donc avoir d’échanges entre le maître et l”élève puisqu’il est celui qui sait tout. Aujourd’hui, nous avons la possibilité de changer ce système de valeurs. Il nous faut d’abord cette PRISE DE CONSCIENCE. Je n’ai pas l’intention de faire la leçon à personne. Considérez ma réaction comme le cri du coeur d’un simple citoyen. Un citoyen qui a pris conscience de son état d’aliéné. Un citoyen qui résume ainsi l’une de ses principales activités quotidiennes: «Chaque jour, devant mon miroir je fais mon introspection, je m'adresse à mon ego. Conscient que je suis culturellement aliéné, j'essaie de me libérer des chaînes de l'aliénation culturelle. Bref, pour répeter Lionel Trouillot, « je cherche en moi un je qui n'est pas contre nous ». Je vous invite donc à faire cet exercice. Sinon, ce sera un nouveau bicentenaire de malheur pour notre beau pays. Je ne veux pas être un prophète de malheur, mais dans notre histoire, nous avons connu beaucoup de ces réunions, ententes, ou alliances ponctuelles, conjoncturelles, et circonstantielles qui ont engendré de projets semblables au vôtre. Je me souviens bien du groupe des 184 avec son fameux credo de nouveau contract social? Ou est-il passé? L’histoire se répète toujours pour ces genres d’initiatives. À bon entendeur salut!
Note : Le générique masculin a été employé dans le but d'alléger le texte.
Roselor Francois
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http://www.liberation.fr/monde/0101620204-il-faut-rendre-a-haiti-sa-dette-d-independance
Par ETIENNE BALIBAR philosophe, EDGAR MORIN, JÉRÔME VIDAL, LUCIEN SEVE, ANTONIA BIRNBAUM, ERIC ALLIEZ
Nicolas Sarkozy, était en Haïti le 17 février. Première visite d’un chef d’Etat français sur le sol d’Haïti depuis son indépendance, c’est l’occasion de revenir sur le sujet de la restitution de la dette de l’indépendance crucial, tant pour Haïti (ancienne colonie française qui fut son grenier durant les 17e et18e siècles) et la France que pour l’Humanité entière.
Les médias occidentaux se plaisent à rappeler à la face du monde qu’Haïti, ancienne colonie française et premier Etat noir du monde, est le pays le plus pauvre de l’hémisphère, sans expliquer les causes profondes de cette pauvreté. Haïti est le deuxième pays indépendant d’Amérique après les Etats-Unis en 1776. Ironie du sort, le premier est aujourd’hui économiquement le plus puissant de la planète ; le second est le plus pauvre du continent. Cela n’est pas le résultat d’une fatalité ni d’une malédiction.
Après avoir subi les affres de l’esclavage et du colonialisme de 1492 à 1803, au cours de la première moitié du 19e siècle et jusqu’en 1946, la jeune nation haïtienne a été contrainte de payer un tribut à la France pour être reconnue par la communauté internationale esclavagiste et colonialiste à l’époque.
Ce tribut, fixé d’abord à 150 millions francs or, puis réduit à 90 millions, a été versé jusqu’au dernier centime par le premier Etat noir à la patrie des droits de l’homme. Que cela soit au point de vue économique, social, voire écologique, les conséquences de cette dette odieuse et colossale sur le développement du pays ne sont plus à démontrer. Par la suite des jeux de l’impérialisme et du racisme blanc, l’île jadis la plus riche et la plus prospère sombra dans la misère et dans l’incapacité de construire une économie florissante.
Aujourd’hui, plutôt que de miser sur les hypothétiques investissements de capitaux étrangers ou sur les prêts du FMI ou de la Banque mondiale et sur la raison mercantile capables de redynamiser l’économie haïtienne et de favoriser la reconstruction du pays, il nous semble nécessaire d’exiger de la France qu’elle rembourse la rançon équivalent à 21 milliards de dollars (estimation de 2004) qu’elle a reçue de 1825 à 1946. La restitution de ces fonds pourrait constituer un complément substantiel à la politique de reconstruction et de développement d’Haïti. La nation haïtienne pourra ériger des écoles, des hôpitaux, des logements sociaux respectant des normes parasismiques, des universités. Des infrastructures de communication, des routes, des ponts, des barrages, des canaux d’irrigation, des centrales électriques à énergie renouvelable pourraient être réalisés. On pourrait enfin envisager sérieusement la relance de l’économie nationale : recapitalisation de la paysannerie, de l’artisanat, de l’agro-industrie, et de l’industrie locale pour redynamiser le marché national, la nourriture deviendrait abondante et l’idéal de sécurité alimentaire serait atteint…
Parmi les signataires : Etienne Balibar, Stéphane Douailler, Edgar Morin, Antonia Birnbaum, Eric Alliez, Patrick Savidan, Chantal Jaquet, Jérôme Vidal, Lucien Sève.
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Willy Pompilus,
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