L’ouverture de ces archives, puis celles du pontificat de Pie XI sous
Jean-Paul II relatives à la période de la nonciature de Pacelli à
Munich, ont abouti à des travaux historiques de qualité comme ceux,
parmi d’autres, du regretté Père Blet [3] ou de Philippe Chenaux [4].
(...)
Au lendemain de la guerre, le grand rabbin de Rome Eugenio Zolli,
converti au catholicisme, confiait prophétiquement à sa fille : « Tu
verras, on fera de Pie XII le bouc-émissaire pour le silence du monde
entier devant les crimes nazis [14]. »
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Pie XII, de vénérable mémoire...
24 décembre 2009 | Jean Chaunu*
En proclamant vénérable le pape Pie XII, Benoît XVI a peut-être moins
surpris les historiens que les medias car l’héroïcité des vertus ne va
pas sans la cohérence de l’homme historique concret. Sans confondre les
domaines, il importe en effet de ne pas les séparer. Si l’éventuelle
béatification de Pie XII est à distinguer du domaine (et non du
jugement) historique, elle ne peut se concevoir sans l’historicité des
actes [1]. Pourrait-on d’ailleurs considérer les Justes de Yad Vashem
sans « l’historicité de leurs actes ? »
Un effort historiographique sans pareil
En dépit de la confusion médiatiquement entretenue, la décision n’est
pas séparable de l’effort historiographique entrepris depuis cinquante
ans grâce à la décision sans précédent de Paul VI de publier les Actes
et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale, ce
qu’aucun État à ce jour n’avait fait pour ses archives de guerre dans
des délais si courts [2]. L’ouverture de ces archives, puis celles du
pontificat de Pie XI sous Jean-Paul II relatives à la période de la
nonciature de Pacelli à Munich, ont abouti à des travaux historiques de
qualité comme ceux, parmi d’autres, du regretté Père Blet [3] ou de
Philippe Chenaux [4].
Au mythe d’un pape antisémite, le livre du rabbin David Dalin [5]
rappelle les liens d’amitié de Pacelli avec les juifs romains ou
allemands — le médecin Guido Mendes, le chef d’orchestre Bruno Walter
—, ses démarches au moment de la nonciature pour convaincre le ministre
allemand Walter Rathenau (assassiné en 1922) de protéger sa vie contre
les menaces d’attentat à caractère nationaliste et antisémite, ses
actions concrètes en faveur des universitaires juifs victimes des
mesures antisémites du régime mussolinien.
Au pape prétendument philonazi, l’historiographie nous rappelle la
publication de nombre de discours de Pacelli stigmatisant la doctrine
raciale du nazisme et les déclarations hostiles de Berlin à l’occasion
de son élection.
Se taire pour mieux agir
Pie XII a d’abord voulu éviter la guerre quitte à donner un coup de
pouce à la résistance contre Hitler en mettant en contact les
représentants de la résistance allemande et les diplomates
britanniques, ce qui constitue un acte sans précédent dans les annales
de l’histoire pontificale.
Il a eu, comme les Alliés, une connaissance à la fois progressive et
fragmentaire de l’entreprise d’extermination des Juifs, mais la
déportation des catholiques hollandais d’origine juive le 2 août 1942 —
suite aux protestations de l’épiscopat hollandais du 26 juillet 1942 et
les demandes des persécutés — l’ont convaincu du danger de déclarations
pontificales publiques face à la détermination criminelle du nazisme,
parce qu’elles risquaient d’aggraver le sort des civils et de réduire
un peu plus la marge d’action du Saint-Siège en faveur des victimes. La
déclaration du 24 décembre 42 faite à la demande des Alliés faisait
implicitement allusion aux Juifs, « aux centaines de milliers de
personnes qui, sans faute de leur part, pour le seul fait de leur
nationalité ou de leur origine ethnique, ont été voués à la mort ou à
une extermination progressive [6] ».
Cette question du silence était très clairement posée par Gerhart
Riegner, représentant du Congrès juif mondial à Genève et auteur d’un
rapport sur l’extermination des juifs. Il fixait à Carl Burckhardt,
vice-président du Comité international de la Croix Rouge la règle
suivie par Pie XII : « Je vous le dis, ne rien faire et ne pas
protester est inadmissible. Si vous ne protestez pas, vous devez agir.
Si vous ne pouvez pas agir, vous devez protester [7]. »
Il apparaît de fait qu’il a agi par les nonciatures maintenues en
Roumanie, Slovaquie, Hongrie, pour sauver les juifs des déportations
tant que n’était pas complète l’emprise croissante du nazisme sur ces
pays. Ces démarches ont permis de sauver des dizaines de milliers de
Juifs slovaques et hongrois. À l’heure de l’occupation allemande de la
Ville éternelle (septembre 1943), il a donné les consignes pour ouvrir
tous les monastères romains, le Vatican et Castel Gandolfo pour
protéger les juifs ce qui a permis de sauver la plus grande partie de
la communauté juive de Rome.
Par ailleurs, Pie XII s’est interdit non seulement toute déclaration en
faveur de la prétendue croisade antibolchevique des nazis mais le 31
octobre 1942, dans un radio-message d’invocation à Notre Dame de
Fatima, il adresse une prière en faveur de l’Église de Russie et
demande que s’arrête « le déluge envahissant du néopaganisme [8] ». Or
toute personne avertie sait à cette époque que l’expression «
néopaganisme » vise le nazisme. La formule implicite a pu échapper
momentanément à la censure. Il s’est expliqué à maintes reprises après
la guerre sur ce deuxième silence. Dès 1946, il explique que « nous
nous sommes gardés, malgré certaines pressions tendancieuses de laisser
échapper de Nos lèvres ou de notre plume, une seule parole, un seul
indice d’approbation ou d’encouragement en faveur de la guerre
entreprise contre la Russie en 1941 [9] ».
Ambivalence et anachronismes
La question des silences du pape se pose tout d’abord dès les origines
du conflit avant la publication de sa première encyclique Summi
pontificatus (20 octobre 1939) faisant mention du martyre de la
Pologne. Les prêtres aumôniers à Londres évoquent déjà la question du
silence à la radio (le cas du père Alby en 1941 [10]) mais apportent
des explications qu’un public qui connaît la terreur et l’oppression
peut comprendre. C’est dire que cette notion de silence est ambivalente
et qu’il faut bien discerner ce qu’elle recouvre.
Dire que Pie XII n’a pas dénoncé la shoah, formule toute faite que les
medias assènent en boucle avec le puissant ascendant grégaire qui
caractérise le système, relève de l’anachronisme sémantique. Le récent
livre de Marc-André Charguéraud qui fait suite aux travaux pionniers
d’Annette Wierviorka [11] montre la lenteur de l’histoire et du travail
de mémoire. « Le monde n’avait pas pris la mesure de la "catastrophe"
subie par la communauté juive d’Europe. La "destruction des juifs"
telle qu’elle est comprise aujourd’hui avec les termes de "génocide",
"holocauste", "shoah", n’est apparue que des années plus tard [12]. »
Les actes de Pie XII ont donné lieu à un concert d’hommages après la
guerre qu’il s’agisse des témoignages de reconnaissance de Golda Meir,
de Moshé Sharett, d’Isaac Herzog, de Pinchas Lapide ou d’Albert
Einstein.
Il était de bonne guerre — idéologique s’entend — que les premières
attaques contre Pie XII proviennent de l’Union soviétique (elle-même
signataire de l’alliance soviéto-nazie d’août 1939), faisant suite au
message du Pape du 2 juin 45. Après avoir évoqué le combat de l’Église
contre le nazisme, Pie XII mettait implicitement en garde contre un
nouveau totalitarisme menaçant l’Europe. Radio Moscou ripostait en
lançant le refrain médiatique de la calomnie en déclarant qu’« aucune
atrocité des hitlériens n’a provoqué le mépris et l’indignation du
Vatican [13] ».
Le théâtre d’agitation politique
Mais c’est en 1963 que commence la grande mise en scène médiatique du
procès contre Pie XII. La pièce Le Vicaire de Rolf Hochhuth — disciple
de Brecht, l’inventeur du "théâtre d’agitation politique"—, jouée pour
la première fois le 20 février 1963 à Berlin, mettant en cause le Pape,
mais aussi la hiérarchie et la société allemande en général, pour leur
complicité silencieuse, sert de coup d’envoi au procès posthume contre
le défunt pontife, amorcé en France par le milieu progressiste,
notamment par la revue Esprit opposant de manière simpliste le pape
politique et anachronique face au fascisme et au nazisme, au « bon pape
Jean », évidemment prophète.
Paul VI, qui a protesté dans The Tablet contre les accusations
tendancieuses de Hochhuth, décide d’ouvrir les archives, rendant ainsi
hommage à Pie XII qui avait déclaré le 13 juin 1943 que « l’Église ne
craint la lumière de la vérité ni pour le passé, ni pour le présent, ni
pour l’avenir ». Au terme du concile Vatican II, alors que des voix
s’élevaient pour canoniser Jean XXIII par acclamation, Paul VI bloqua
l’initiative en ouvrant simultanément une procédure de béatification
pour Pie XII et Jean XXIII (19 novembre 1965) afin de signifier la
continuité du magistère de Pierre. L’initiative de Benoît XVI
reconnaissant Jean-Paul II et Pie XII vénérables s’inscrit donc dans
cette même logique de cohérence.
On l’aura compris au terme de ce bref rappel, Pie XII a eu décidément
trop d’ennemis posthumes pour que l’historien ne s’interroge sur le
bien fondé de ces accusations et sur les arrière-pensées qui les
dictent. Au lendemain de la guerre, le grand rabbin de Rome Eugenio
Zolli, converti au catholicisme, confiait prophétiquement à sa fille :
« Tu verras, on fera de Pie XII le bouc-émissaire pour le silence du
monde entier devant les crimes nazis [14]. »
Mais, comme Clio, l’Épouse du Christ est patiente. Elle croit, avec
Clio, que l’histoire peut et doit tendre vers « une connaissance vraie
de la réalité passée [15] ». Elle sait que la Vérité l’emportera à
l’horloge de Dieu. La Vérité demande en attendant d’être aimée et que
l’on se batte pour elle.
*Jean Chaunu est docteur en histoire. Derniers ouvrages parus :
Christianisme et totalitarismes en France dans l'entre-deux-guerres
(1930-1940) — t. 1, Esquisse d'un jugement chrétien du nazisme ; t. 2,
Le Paradigme totalitaire, Ed. F.-X. de Guibert (janvier 2008, et
février 2009).
[1] C’est ce que laisse entendre clairement la note du père Federico
Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, déclarant que
l’Église « n’entend donc pas limiter au minimum la discussion autour
des choix concrets faits par Pie XII dans la situation dans laquelle il
se trouvait. Pour sa part, l’Église affirme qu’ils ont été pris dans la
seule intention d’accomplir au mieux le service de très haute et
importante responsabilité du Pape. Ainsi, l’attention et la
préoccupation de Pie XII pour le sort des Juifs, qui ont certainement
été prises en compte pour l’évaluation de ses vertus, ont été largement
témoignées et reconnues même par de nombreux juifs ».
[2] Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre
mondiale, édités par Pierre Blet, Robert A. Graham, Angelo Martini,
Burkhart Schneider, Libreria Editrice Vaticana, 1965-1981, 12 volumes.
[3] Pierre Blet, Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d’après les
archives du Vatican, Perrin, 1997.
[4] Philippe Chenaux, Pie XII, diplomate et pasteur, Cerf 2003.
[5] David Dalin, Pie XII et les Juifs, Le mythe du Pape d’Hitler,
Tempora, 2007, préface de Pierre Blet.
[6] Pierre Blet, op. cit., p.183.
[7] Cité par Marc-andré Charguéraud dans Histoire du Christianisme
magazine, décembre 2008, p. 56.
[8] Cette prière est commentée par le théologien jésuite Gaston Fessard
dans plusieurs de ses écrits: Au temps du prince esclave, Écrits
clandestins, 1940-1945, Critérion, 1989, p. 206-210. Libre Méditation
sur un message de Pie XII, Plon 1957, p. XII-XIII, Journal de la
Conscience française , Plon 2001.
[9] Discours du 25 février 1946, dans René Coste, Le Problème du droit
de guerre dans la pensée de Pie XII, Aubier 1962, p. 226. Cette
attitude de stricte impartialité est rappelée par le pape le 7 juillet
1952, jours de la fête des saints Cyrille et Méthode. Dans Philippe
Chenaux, L’Église catholique et le communisme en Europe (1917-1989),
Cerf 2009, p.219.
[10] Dans Elisabeth Bourgois, Un aumônier des Forces françaises libres
vous parle, l’abbé Trenteseaux , Loisirs et culture 1994, p.75.
[11] Annette Wieviorka, Déportation et génocide, Entre la mémoire et
l’oubli, Plon 1992.
[12] Marc-André Charguéraud, Le Martyre des survivants de la shoah
1945-1952, Labor et Fides-Cerf, 2009, p86.
[13] Cité par Philippe Chenaux, L’Église catholique et le communisme en
Europe (1917-1989) , op. cit., p. 151.
[14] Judith Cabaud, Eugenio Zolli, prophète d’un monde nouveau,
François-Xavier de Guibert, 2000, p. 107.
[15] Henri Irénée Marrou, De la connaissance historique , Seuil,
collection "Points", 1975, p. 298.
http://www.libertepolitique.com/culture-et-societe/5753-pie-xii-de-venerable-memoire
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On peut obscurcir la Vérité mais non pas la détruire.
> Le pape d'Hitler
C'est le grand gourou du nazismeᅵ?
PK
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Voici le gourou de Hitler :
> Voici le gourou de Hitler :
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>
qui nous dit que cette photo date rᅵellement du 1er siᅵcle ?
Iffic
C'est toujours comme ᅵa les grands hommes, ᅵ poser avec des gens peu
recommandables !:-)
http://a32.idata.over-blog.com/495x359/1/28/47/20/SARKOZY-PRO-JUIF.jpg
--
RE dit Le Chanoine / "L'annonce apostolique, c'est-ᅵ-dire la Tradition,
est nᅵcessaire pour entrer dans la comprᅵhension de l'ᅵcriture et y
saisir la voix du Christ." - Benoit XVI
Ils ont exterminᅵ combien de personnes ᅵ eux tous ? Autant que les 50
millions de al-Husseini et Hitler rᅵunis ?