Cauchemar électoral et rêve politique
À quatre-vingt-deux jours du Premier tour de l’élection présidentielle
française, la lecture des journaux, l’écoute des télés et des radios
est des plus étonnantes. Les « non-événements » à répétition de la
campagne électorale sont montés en épingles, amplifiés, déformés,
répétés à satiété et tout pronostic engendre systématiquement son
contraire… parfois du jour au lendemain sur la même antenne, par le
même journaliste que cela ne dérange nullement. Le remarque-t-il ?
Même pas.
À quatre-vingt-deux jours de cette échéance que l’on dit capitale, on
ne sait encore rien. Ni sur les candidats définitifs pour cause de
parrainages difficiles, ni sur les programmes, fussent-ils ceux des
deux médiatiquement proclamés finalistes – Ségolène Royal et Nicolas
Sarkozy –, des outsiders – Jean-Marie Le Pen et François Bayrou – des
figuratifs – d’Olivier Besancenot à Arlette Laguiller en passant par
Marie-Georges Buffet, Dominique Voynet et Philippe de Villiers –… pour
ne parler que de ceux régulièrement cités.
Rien, rien de rien, on ne sait rien… Alors, les journalistes s’en
donnent à « colonnes-joie » dans les informations telles que « Le cœur
des profs bat moins fort à gauche » (pour cause de RTT ou de grèves,
n’en doutons pas) et « Sarkozy fait des conquêtes chez les
ex-intellectuels de gauche » (devenus alors des néo-intellectuels de
droite, tout un programme, ça !) ou « François Bayrou estime que
“quelque chose est en train de bouger”… tout en affirmant qu'il faut
“rester prudent” » (c’est tout le centrisme, notez : pas trop vite le
matin, lentement l’après-midi et vivement qu’on se couche !) et que «
Ségolène Royal ajuste sa campagne pour y inclure “plus de politique”
», mais “elle va le faire progressivement” », assure son directeur de
campagne, François Rebsamen (car, selon un slogan en vogue
actuellement sur internet « La féminitude, le beautisme et le charmage
en plus de la culturation. C’est possible avec votre votage pour
Ségolène »).
À quatre-vingt-deux jours de l’échéance présidentielle, donc, les
journalistes sont donc à l’unisson de l’électorat : personne n’est
véritablement en mesure de prévoir ce qu’il va se passer en avril
prochain. Peut-être rien ou peut-être un cataclysme, mais lequel ?
Audimat oblige, ils le craignent tout en l’espérant en même temps. En
2002, la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour des
Présidentielles, avait donné un sacré grain à moudre aux
commentateurs. D’autant que dans les jours qui suivirent, la tension
était montée à son comble. La France avait vécu en état de guerre
civile avec une mobilisation anti-Le Pen quasi schizophrénique.
Cinq ans plus tard, le tombeur de Lionel Jospin est encore là, plus
puissant que jamais… si toutefois il obtient ses signatures… et on
évoque désormais, mais à mi-mots seulement, sa très possible présence
à nouveau en « deuxième tour électoral ». S’agirait-il encore d’un
cataclysme ? Pas vraiment, ce serait du réchauffé et on conçoit mal
une nouvelle « mobilisation citoyenne » pour lui faire barrage. Tout
lasse, surtout l’anti-lepénisme primaire qui fait désormais long-feu…
principalement dans les banlieues.
Non, si séisme il y a, on le trouvera sans doute du côté de l’UMPS, si
Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy – ces deux « candidats du vide »
selon l’expression bien trouvée d’Emmanuel Todd – voire l’un comme
l’autre – n’était pas au second tour de l’élection présidentielle.
Impossible ? Le bon sens populaire sait depuis longtemps que ce mot
n’est pas français !
Le Parti socialiste se relèverait-il d’être à nouveau absent de cette
échéance capitale après les déchirements internes lors du référendum
sur la constitution européenne, puis de la désignation de leur
candidate ? Poser la question, c’est un peu y répondre.
Quant à Nicolas Sarkozy, stratège de la « guerre éclair » dans la
conquête de son Parti comme pour celle de l’écharpe présidentielle, il
n’est pas Jacques Chirac. Ce dernier a su se relever de ses défaites,
en sortir même revigoré. C’était un coureur de fond. L’actuel Ministre
de l’Intérieur, trop anxieux, aurait-il les nerfs suffisants ? Là
encore, poser une telle question est déjà lourd de règlements de
comptes internes… D’autant qu’une défaite du Président de l’UMP serait
forcément due, à droite, à un succès de Jean-Marie Le Pen ou de
François Bayrou… Et l’UMP n’a-t-elle pas été fondée avant tout pour
unir la droite parlementaire… et faire reculer le Front national ?
Oui, l’élimination du couple infernal Ségo-Sarko serait pour beaucoup
un cauchemar électoral tout autant qu’un rêve politique.
© Les chroniques de Philippe Randa sont libres de reproduction à la
seule condition que soit indiquée son origine, c’est-à-dire le site
www.philipperanda.com.
On oublie simplement de parler de l'étonnante stratégie de Ségolène pour
gagner les élections. Celle-ci se trouve à la
fin de la page du blog politique :
http://00007.canalblog.com/archives/2006/12/04/3304184.html
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>R.Etienne wrote:
>> la lecture des journaux, l’écoute des télés et des radios
>> est des plus étonnantes. Les « non-événements » à répétition de la
>> campagne électorale sont montés en épingles, amplifiés, déformés, répétés à
>satiété.
>
>On oublie simplement de parler de l'étonnante stratégie de Ségolène pour
>gagner les élections. Celle-ci se trouve à la
>fin de la page du blog politique :
>
>http://00007.canalblog.com/archives/2006/12/04/3304184.html
Il ne faut pas trop alarmer l'adversaire qui croit faire une bonne
campagne. Sinon, il va se rendre compte que la vacuité de sa campagne
et la multiplication des coups bas commence à exaspérer le petit
peuple !
--
R.Etienne
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