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Jeux video: Modern Warfare 2

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Dave U. Random

unread,
Jan 7, 2010, 2:35:24 PM1/7/10
to
Tout est politique, et aussi voire surtout les objets "culturels" de
masse, qui sous couvert d'anodin entertainment en disent parfois bien
plus long sur l'�poque que de pesants essais et autres films d'auteurs.
La preuve avec Modern Warfare 2, suite directe du premier du nom vous
l'avez compris, et First Person Shooter de bourrin qui arrache tout, il
faut l'admettre.

En lui-m�me, MW2 ne pr�sente strictement aucune originalit� : identique
� ses dizaines de pr�d�cesseurs de registre similaire, le jeu consiste �
entrer dans la peau de plusieurs super-troufions des Forces Sp�ciales
delamorkitu arm�s jusqu'au slip d'improbables flingues de toutes tailles
et en gros...� buter tout ce qui gigote � l'�cran. On voit qu'on est ici
dans l'extr�me simplicit� m�me, une mission d�bute, on vous donne
vaguement un objectif � atteindre, et en route Simone pour le carnage en
roue libre. Les personnages ? Soyons s�rieux. La cr�dibilit� ? Vous
devez plaisanter. Quand au, hum, disons "sc�nario", c'est un
gloubiboulga assez confus qui vous prom�ne aux quatre coins des point
les plus riants de la plan�te - Afghanistan, Tchernobyl, favela
br�silienne...- pour, au cas o� vous n'auriez pas compris : buter tout
le monde. Et accessoirement, sauver le Monde Libre, et c'est pr�cis�ment
l� que �a devient go�tu.

(Et il n'est nullement anodin que le compositeur de la musique du jeu
soit le pachydermique Hans Zimmer, qui s'est illustr� dans les BO des
productions Bruckheimer qui � surprise, voient syst�matiquement la
gentille US Army...sauver le monde. MW2 est en effet un produit d'une
rare coh�rence id�ologique).

Parce qu'au del� de l'exp�rience ludique de la chose, dont il faut
admettre qu'elle est d'un jouissif rarement atteint, pass� la prouesse
technique qui vous met r�guli�rement claque sur claque dans la tronche -
mention sp�ciale au survol en h�licopt�re au dessus du M�morial de
Washington qui a laiss� bouche b�e plus d'un blas� -, ce qui saute au
yeux d�s qu'on analyse un peu le fond id�ologique de l'entreprise, c'est
que ce jeu poss�de une "vision" politique tr�s sp�cifique d'un
bellicisme r�actionnaire � faire sangloter Karl Rove et faire passer
Donald Rumsfeldpour un adepte de la d�croissance.
Car dans MW2, il n'existe qu'une seule r�alit�, une seule dimension, un
seul plan d'�vidence :
La guerre.

La guerre tout le temps, partout, sans cesse, une guerre proprement
mondiale puisque se passant dans les moindres recoins du globe et quasi
�ternelle puisque ne cessant jamais...m�me arriv� � la fin du jeu,
celle-ci ne se termine pas et les "h�ros" qui �chappent � leurs
poursuivants partent vers d'autres conflits, d'autres missions, d'autres
tueries � grand spectacles. La guerre devenu seul horizon, et qui ne
donne que le point de vue des militaires qui la font, parce que de
civils dans MW2 : point (� part dans une sc�ne sp�cifique dont il est
question plus bas). Des hommes en armes s'entretuent dans des villes
fant�mes vid�es de leurs habitants, dont � aucun moment on ne nous
explique ce qu'ils sont �ventuellement devenus, et franchement on s'en
fout : c'est la guerre, la guerre c'est une affaire de soldats, les
planqu�s n'ont rien � faire l�, et punto. C'�tait d�j� le pitch de
Modern Warfare premier du nom, et MW2 se contente de monter un cran
quand m�me nettement au dessus dans ce fantasme de g�n�ral n�o-con : la
guerre arrive jusqu'au coeur des �tats-Unis eux-m�mes - envahis par la
Russie n�o-communiste, tiens �a rappelle quelque chose...-, et mettons
nous � la place du joueur ricain lambda qui ne peut que fr�mir � la
vision de suburbs occup�es par des parachutistes ennemis, et pire que
tout, vision d'horreur supr�me : une Maison Blanche en ruines elle-m�me
prise en otage qu'il faudra reconqu�rir d'arrache-pied dans des combats
proprement dantesques...

La guerre dans MW2 est universelle et il n'y a aucune raison qu'elle se
termine. Cauchemar imp�rialiste d'une Am�rique litt�ralement en guerre
avec le monde entier, on a trop vite dit de MW2 qu'il repr�sentait une
vision post-bushiste de la g�opolitique ; mais dire �a est oublier un
peu vite que c'est un prix Nobel de la paix actuellement locataire de la
West wing qui continue d'envoyer des troupes en Afghanistan et pr�pare
avec l'aide de l'inqui�tant g�n�ral Mc Crystal rien moins qu'une guerre
civile qui va encore plus mettre � genoux ce malheureux pays. Et que le
pr�sident soit d�mocrate ou r�publicain ne change pas grand'chose pour
ceux qui se retrouvent sous les bombes...

On pouvait s'interroger dans un billet pr�c�dent sur la signification
des spectacles de violence et de leur audience croissante dans des
soci�t�s pacifi�es : avec le Free-fight et le porno, il faut d�sormais
int�grer le jeu vid�o qui s'engouffre dans le march� du voyeurisme de la
brutalit� avec peut-�tre encore plus d'enthousiasme : dans MW2, il faut
achever les bless�s pour marquer des points...et comme �a ne suffit
encore pas, il y a aussi cette fameuse mission o� le joueur prend
l'identit� d'un agent de la CIA infiltr� chez des terroristes russes qui
est "oblig�" de massacrer des innocents dans un a�roport...sc�ne
malsaine au possible, et seule pr�sence de civils dans le jeu : ils ne
sont l� que pour se faire hacher...non, vraiment, ils n'ont rien � faire
dans le monde de MW2. Un jeu qui d�cid�ment participe lui aussi � cette
assouvissement � distance des pulsions pas tr�s avouables et dont le
succ�s donne peut-�tre lui aussi d'inqui�tants indices sur comment
l'occidental moyen voit son prochain...

Sur ce vous voudrez bien m'excuser, mais c'est que j'ai une base de
sous-marins � nettoyer, moi.


de-CSP

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