Cette révolte n’a pas été celle des «habitants» mais de petits groupes armés dont le
total, d’après Marek Edelmann lui-même, a été d’environ deux cent vingt personnes
(sur une population d’environ trente-six mille juifs officiellement enregistrés et
d’environ vingt mille clandestins).
Le ghetto de Varsovie en avril-mai 1943 : Insurrection ou opération de police ?
Chaque année, aux environs du 19 avril, les médias commémorent ce qu’ils appellent «
la révolte », « le soulèvement » ou « l’insurrection » du ghetto de Varsovie. Dans
les récits des journalistes, l’affaire tend à prendre des proportions de plus en plus
épiques et symboliques.
« Il n’y a jamais eu d’insurrection » [1]. Cette réplique, vieille de cinq ans, est
de Marek Edelman, qui fut l’un des principaux responsables des groupes armés juifs du
ghetto. M. Edelman ajoutait : « Nous n’avons pas même choisi le jour ; les Allemands
l’ont imposé en pénétrant dans le ghetto pour chercher les derniers juifs. » Il
précisait que le nombre des juifs qui combattirent les armes à la main ne dépassa
jamais le chiffre de deux cent vingt.
Il n’y eut pas d’insurrection de tout un peuple pour obtenir sa liberté ou se
défendre contre la déportation ; il n’y eut que la réaction d’une poignée de jeunes
juifs qui, voyant les troupes allemandes pénétrer dans leur sanctuaire, essayèrent
d’abord de s’y opposer, puis tentèrent de fuir le troisième jour et, enfin,
encerclés, se défendirent les armes à la main. En vingt jours d’escarmouches, les
Allemands et leurs auxiliaires allaient perdre quinze hommes [2]. Le tout s’apparenta
à une opération de police en pleine guerre plutôt qu’à une véritable insurrection
comme celle qu’allaient déclencher en août 1944, à Varsovie, les résistants polonais
de l’Armée de l’Intérieur sous la direction du général « Bor » Komorowski. Or, c’est
à peine si les médias commémorent cette héroïque insurrection polonaise, que les
Soviétiques laissèrent les Allemands écraser tout à loisir. Les résistants polonais
d’août 1944 se battirent avec un tel courage que les troupes allemandes leur
rendirent les honneurs militaires.
Il n’est pas sans intérêt de savoir pour quel motif, en avril 1943, les Allemands
avaient pris la décision de lancer une opération de police au sein du ghetto de Varsovie.
Les juifs regroupés dans ce « ghetto » ou ce «quartier juif» constituaient une
population d’environ trente-six mille personnes officiellement enregistrées
auxquelles s’ajoutaient, selon toute probabilité, plus de vingt mille clandestins. Le
ghetto était en quelque sorte une ville dans la ville, administrée par un Judenrat ou
Conseil juif et une police juive qui collaboraient avec les autorités d’occupation, y
compris contre les « terroristes » juifs. Des abris anti-aériens avaient été édifiés
sur instruction des Allemands à la suite d’un premier bombardement de Varsovie par
l’aviation soviétique en 1942 ; pour ce faire, les Allemands avaient fourni aux juifs
le ciment et les matériaux nécessaires. Ce sont ces abris anti-aériens que la légende
allait transformer en « blockhaus » et en « bunkers » comparables, pour un peu, aux
casemates de la Ligne Maginot.
Des ateliers et des usines fonctionnaient et des ouvriers juifs y travaillaient pour
le compte des Allemands dont ils étaient les fournisseurs. Un commerce intense
s’exerçait à l’intérieur du ghetto. De petits groupes armés, ne représentant pas plus
de deux cent vingt personnes, dont le programme comportait l’usage de « la terreur et
du sabotage », se livraient à des exactions contre la police juive, contre les
Conseils juifs et contre les gardes d’usines et d’ateliers [3]. Ces « terroristes »
tiraient profit de l’activité industrielle et commerciale du ghetto, rackettaient les
commerçants ou les habitants, exerçaient sur eux menaces et chantages, allant, par
exemple, jusqu’à les emprisonner dans leurs maisons pour en obtenir les sommes
d’argent exigées ; ils réussissaient même à acheter des armes aux soldats qui, à
Varsovie comme souvent à l’arrière du front, constituaient une troupe disparate, mal
entraînée, peu motivée ; il leur arrivait aussi de commettre des attentats contre des
militaires allemands ou des « collaborateurs » juifs.
L’insécurité grandissait. Pour cette raison, la population polonaise dans son
ensemble était de plus en plus hostile à l’existence de ce ghetto et les Allemands,
de leur côté, craignaient que celui-ci ne devînt une menace pour le nœud ferroviaire
que représentait la ville de Varsovie dans leur économie de guerre et dans le
transport des troupes en direction du front russe.
Himmler prit alors la décision de transférer la population juive ainsi que les
ateliers et usines vers la zone de Lublin (dans le sud de la Pologne) et de raser le
ghetto pour y construire un parc sur son emplacement. Dans un premier temps, les
Allemands cherchèrent à inciter les juifs à accepter ce transfert. Mais les
«terroristes» ne l’entendaient pas de cette oreille car un tel déplacement signifiait
pour eux la perte à la fois de leurs ressources financières et de leur liberté de
mouvement. Ils mirent donc toute leur énergie à s’y opposer, jusqu’au 19 avril 1943
où, sur l’ordre de Himmler, fut lancée une opération de police afin d’évacuer de
force les derniers juifs.
Ce jour-là, les troupes du colonel von Sammern-Frankenegg, responsable de
l’opération, pénétrèrent dans le ghetto, appuyées par un seul char – d’ailleurs
capturé pendant la campagne de France – et par deux voitures blindées. Les «
terroristes » ou francs-tireurs opposèrent une première résistance assez vive, qui
fit douze blessés (six Allemands et six supplétifs, dits « Askaris »). Himmler,
toujours soucieux d’éviter les pertes en hommes, s’en indigna et, le soir même,
releva Sammern-Frankenegg de son commandement pour le remplacer par le général Jürgen
Stroop. Ce dernier, chargé de mener à son tour l’opération de police avec lenteur
pour plus de sécurité, l’effectua de la manière suivante : chaque matin, les troupes
pénétraient dans le ghetto, vidaient les immeubles de leurs habitants et utilisaient
des fumigènes (et non des gaz toxiques !) pour extraire des abris anti-aériens les
juifs qui s’y cachaient ; on détruisait ensuite les immeubles au fur et à mesure de
leur évacuation. Chaque soir, les troupes se retiraient et bouclaient le ghetto pour
la nuit afin que personne ne s’en échappât.
Pour parvenir à une évacuation totale, l’opération dura vingt jours. Dès le troisième
jour, les groupes armés juifs avaient tenté de fuir mais avaient été enfermés dans la
nasse. Contrairement à ce qui a été dit, le commandement allemand ne fit pas appel à
l’aviation pour détruire le ghetto et l’opération ne comporta aucun bombardement aérien.
Le chiffre des morts juives n’est pas connu, le chiffre de 56.065 généralement
produit étant celui des juifs arrêtés pour être dirigés vers le camp de transit de
Treblinka et, de là, vers Lublin [4]. Le chiffre des morts allemandes – répétons-le –
fut de quinze. Un policier polonais fut tué le 19 mai, soit onze jours après la
dernière escarmouche.
On ne mettra en doute ni le courage des juifs résistants du ghetto ni le caractère
tragique de toute l’affaire, avec une population civile prise elle-même dans un
combat entre quelques formations disparates de l’armée allemande et de petits groupes
de francs-tireurs dispersés dans la population. Mais, contrairement à une certaine
propagande grandissante, toute cette affaire fut loin de constituer une révolte «
apocalyptique », comme on l’a qualifiée récemment [5], surtout si l’on songe aux
dizaines de milliers de morts, civils et militaires, qui survinrent pendant ces vingt
jours, sur tous les champs de bataille de la planète et dans les villes européennes
soumises aux bombardements de l’aviation anglo-américaine. [6]
Robert Faurisson
28 avril 1993
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Notes
[1] Libération, 18 avril 1988, p. 27.
[2] Document de Nuremberg PS-1061, « Rapport du 16 mai 1943 intitulé : “Il n’y a plus
de quartier juif à Varsovie” [Es gibt keinen jüdischen Wohnbezirk in Warschau mehr !]
», TMI, XXVI, p. 628-694, suivies d’un choix de dix-huit photographies sur
cinquante-quatre. En 1979, un ouvrage fut publié, aux États-Unis, qui se présentait
comme une reproduction en fac-similé du rapport et des communiqués du général Stroop
en allemand avec une traduction en anglais : The Jewish Quarter of Warsaw Is No More
! The Stroop Report, (non paginé). Le ghetto de Varsovie était « ouvert » malgré le
mur d’enceinte ; en ce sens, il méritait sans doute plus la dénomination de «
quartier juif » que de ghetto. Les escarmouches proprement dites durèrent du 19 avril
au 8 mai 1943, soit pendant vingt jours.
[3] Sur ces points comme sur bien d’autres on consultera notamment : Yisrael Gutman,
The Jews of Warsaw 1939-1943. Ghetto, Underground, Revolt, et Il y a 50 ans : le
soulèvement du ghetto de Varsovie. Dans ce dernier ouvrage figure la réédition d’un
article d’ Adam Rutkowski, publié en 1969 sous le titre : « Quelques documents sur la
révolte du ghetto de Varsovie» (p. 160-169). A la page 162 se trouvent les «
directives générales pour le combat de l’Organisation Juive de Combat ». Étaient
prévues des « actions de terreur contre la police juive, le Judenrat, le Werkschutz
[service de protection des usines et des ateliers] ». Il y était précisé : «
L’état-major élabore le plan central d’action – sabotage et terreur – dirigé contre
l’ennemi ».
Dans l’ouvrage d’Y. Gutman, on trouvera des précisions sur les méthodes employées par
cette organisation ; ces méthodes ne différaient guère de celles d’une mafia (p.
344-349). Les Allemands savaient qu’ils avaient affaire à forte partie. Ils
cherchaient à convaincre les juifs de se laisser transporter vers la zone de Lublin
avec les ateliers fonctionnant pour la machine de guerre allemande. En mars 1943, une
curieuse « bataille d’affiches » se produisait entre l’Organisation Juive de Combat
(OJC) et Walter C. Többens, chargé de l’évacuation des juifs. Des affiches de l’OJC
appelaient à refuser le transfert vers ce qu’ils appelaient des camps de la mort. Les
Allemands laissèrent ces affiches en place et se contentèrent d’apposer à leurs côtés
des affiches signées « Walter C. Többens » où les affirmations de l’OJC étaient
réfutées point par point. Y. Gutman écrit : « Többens disait la vérité au sujet des
transports ; ils n’étaient pas dirigés vers des camps de la mort et c’est un fait
qu’il existait [dans la région de Lublin] des bâtiments pour intégrer les usines.
Mais à l’époque la résistance et la suspicion des juifs étaient si fortes que même
les tactiques les plus ingénieuses ne pouvaient en venir à bout » (p. 334-335). C’est
après avoir constaté l’échec des méthodes de persuasion que les Allemands décidèrent
leur opération de police.
[4] « Quand on eut fait sortir les gens du ghetto, au nombre de cinquante ou soixante
mille, ils furent conduits à la gare. La Police de sûreté [Sicherheitspolizei] était
seule responsable d’eux et devait assurer leur transport vers Lublin » (Déclaration
sous serment de Jürgen Stroop lue le 12 avril 1946 par un procureur américain du
Tribunal de Nuremberg, TMI, XI, p. 365).
[5] « La terrible, exemplaire et apocalyptique révolte des habitants du ghetto de
Varsovie est à la fois un acte de désespoir et d’héroïsme » (D. Desthomas, La
Montagne, 17 avril 1993, p. 12).
[6] La presse du monde entier s’emploie à magnifier « l’insurrection du ghetto de
Varsovie». Au Brésil, une publication révisionniste s’est récemment livrée à une
comparaison entre, d’une part, les exagérations et les inventions de la presse
brésilienne sur le sujet et, d’autre part, la réalité des faits (S. E. Castan, «
Documento, A Verdadeira Historia do Levante do Gueto de Varsovia », Boletim-EP
(Esclarecimento ao Pais) primeiro informativa revisionista do Brasil, juin 1993, p.
7-14. Adresse : Revisao Editora Ltda, Caixa Postal 10466, Porto Alegre, RS, Brésil).
http://minilink.es/i7m