Le 15/05/2012 13:57, jc_lavau a écrit :
> Le 15/05/2012 10:12, Isla Kul XII a écrit :
>> Le 14/05/2012 13:38, Christian Navis a écrit :
>>> Derek Bolton
>> >"la pensée magique est l'explication de phénomènes
>> >réels par des causes irrationnelles".
>> >Clair, net et précis.
>>
>> Sauf que ce qui semble réel ou rationnel dans une culture ou dans un
>> groupe ne l'est pas forcément dans un autre. De quel droit un groupe
>> pourrait-il prétendre que sa logique ou sa rationalité seraient
>> supérieures à toutes les autres ?
>> Je remarque par ailleurs que Derek bolton a étudié Wittgenstein.
>> Difficile de croire qu'il serait dans une simplification pareilles. Il
>> faudrait donc vérifier la référence et, si elle est authentique, son
>> contexte.
>>
>> Le reste de l'argumentation suppose que le cerveau utilise la pensée
>> magique dans certaines circonstances stressantes. Comme si les humains
>> adultes non perturbés étaient naturellement rationnels.
>>
>> Cette hypothèse ne tient pas la route.
>>
>> Piaget et ses successeurs ont bien observé que la pensée rationnelle ne
>> se développe que lentement, qu'elle apparaît assez tard dans le
>> développement de l'individu, et que tout le monde n'y parvient pas.
>>
>> D'ailleurs les exemples invoqués, loin de montrer le recours à des
>> processus protecteurs supplémentaires, prouvent simplement que nous ne
>> sommes pas capables de rester rationnels quand notre cerveau n'est pas
>> au mieux de sa forme.
>>
>> Par ailleurs, les études sur les capacités de déduction des gens
>> "normaux" montrent bien que nous ne réfléchissons pas selon la logique
>> d'Aristote, et que nous acceptons au contraire des "raisonnements"
>> clairement erronés, du genre "le schmilblick est vert , tous les sapins
>> sont verts, donc le schmilblick est un sapin."
>> A quoi on répondrait "mais non, tous les sapins ne sont pas verts!"
>> A l'époque (autour de 1975), on expliquait ces observations en disant
>> que nous ne cherchons pas à déduire des vérités absolues, mais seulement
>> à obtenir des conclusions suffisamment vraisemblables pour être utiles.
>> Je pense maintenant que beaucoup de gens observent le monde comme on
>> regarde un film (ou comme on lit un roman). Il supposent que le monde
>> nous raconte une histoire et que nous ne recevons que les informations
>> nécessaires pour en comprendre le sens. Alors ceux qui ne voient pas
>> l'histoire comme eux leurs semblent étranges, et ils considèrent ceux
>> qui ne voient pas d'histoire du tout comme des malades. Mais le monde ne
>> raconte pas d'histoire, et il n'obéit pas à notre volonté. La
>> rationalité comme les histoires sont des productions humaines. Et le
>> monde est forcément plus grand et plus complexes que les petits modèles
>> que nous construisons pour en comprendre quelques aspects.
>
> Si sur le plan de la génétique, "Le hasard et la nécessité" était
> obsolète l'année même de sa parution en librairies, son analyse de
> l'animisme n'a pas pris une ride.
>
> Nombreux sont ceux qui n'ont aucune conscience de leur animisme. Les
> revendeurs de création en "Intelligent Design" par exemple. Les écolos
> et leur "Gaïa" aussi. En physique théorique, les copenhaguistes sont
> animistes jusqu'au bout des ongles, et le plus caricatural fut Eugen
> Wigner.
>
> Nées de besoin politiques nouveaux, créés par la démographie du
> Néolithique, les religions sont demeurées animistes comme les chamans
> l'étaient avant eux. Bien plus tard, le rationalisme et la science sont
> nés des besoins des ingénieurs et des médecins, tandis que les princes
> avaient besoin des ingénieurs pour ne pas perdre les guerres, et des
> médecins pour ne plus perdre leurs armées ni leurs sujets. Voilà
> pourquoi des princes ont protégé Martin Luther, des savants et des
> ingénieurs contre le totalitarisme du prince de Rome. Toujours d'abord
> pour la guerre, ils ont protégé des médecins et des facultés de
> médecine. Actuellement, aucune société moderne ne pourrait survivre
> sans les conquêtes du rationalisme scientifique, tandis que la plupart
> des gens n'ont aucune conscience de l'énormité de leurs dettes à son
> égard.
>
> De toute évidence, le cerveau humain n'a pas été "conçu" (sélectionné)
> pour l'écrit, ni pour les mathématiques, ni pour le raisonnement écrit.
> Ni pour la musique non plus du reste, ni pour le dessin industriel non
> plus. Et pourtant ça marche plutôt bien, pour ceux qui s'en donnent la
> peine. C'est par un long apprentissage que l'on réaffecte des aires
> développées pour d'autres usages dans la vie sauvage, pour y loger les
> acquis de l'école. Le rationalisme aussi s'apprend et se conquiert.
> Controverse il y a quelques mois avec Fabrice : lui comme les autres
> usenautes ignore que l'heuristique, l'art de trouver et d'inventer des
> solutions, s'apprend et qu'on peut donc le transmettre. Fabrice voulait
> à toutes forces remplacer "trouveur" par "génie".
Ce qu'aucun des intervenants ici n'avait encore mis en évidence, est
que le rationalisme est à la base une insurrection et un irrespect
envers les mythes de la meute localement dominante. Il a donc des
prérequis qui ne sont pas anodins :
Il est nécessaire qu'un individu soit admis à exister, à penser, et à
communiquer SANS être inféodé au chef de meute ni à une puissante meute
protectrice. Il lui faut donc être de longue date dans une société qui
garantisse le respect aux minoritaires. Dans un état de droit,
démocratique et où la citoyenneté est mature. Aurions-nous pu connaître
Spinoza sans l'insurrection de la bourgeoisie néerlandaise contre le
totalitarisme espagnol, insurrection durable et victorieuse ?
Il faut de plus que le futur rationaliste ait pu développer un groupe
interne pluraliste et tolérant. Cela n'arrive pas dans toutes les
familles, loin s'en faut. Et même si sa famille d'origine a été
pluraliste et respectueuse un temps, rien ne garantit qu'elle le
demeurera dans le temps. Pour prendre l'exemple de mon fils, à moins de
trois ans, son indépendance d'esprit et sa curiosité faisaient notre
admiration : "Toi tu veux que je sois sage, mais moi j'aime pas être
sage", ou encore : "Toi tu as deux parents ; papa aussi a deux parents.
Mais alors le premier ?". Dix-huit ans plus tard, le désastre était
accompli : sa môman avait besoin d'un aide-bourreau, d'un faux-témoin
et d'un fraudeur pour abattre son père, et mon fils accepta cette
mission parricide, contre des avantages matériels, contre la corruption
dont il ne s'est jamais relevé.
Dans une très large mesure, le rationalisme dépend de l'écrit et des
raisonnements écrits, de la communication par écrit avec des gens non
présents, très éloignés sur la planète, et/ou décédés. Le rationalisme
profite, voire dépend de l'indépendance de l'écrit envers la prosodie
et les autres signaux non verbaux, notamment les signaux contextuels et
territoriaux. En raisonnement écrit, vous communiquez avec vous-même à
plusieurs semaines voire plusieurs années de distance. C'était
impossible au temps de la communication exclusivement orale.
Grâce à l'écrit et aux preuves écrites, vous pouvez mettre en évidence
les contradictions d'une clique dominante. C'est bien pourquoi les
irrationnels totalitaires font des autodafés : ils brûlent des livres
et des preuves écrites, sous les rois très-catholiques comme sous le
nazisme. Ce que la cheffe de gang qui domine mon fils fit aussi...
Ce que des ouebmestres paranoïaques font aussi, tous les jours sur le
Net.
>> Nous avons donc:
>> - une citation douteuse;
>> - une conception de la rationalité qui ignore ou méprise les différences;
>> - des exemples qui prouvent le contraire de ce qu'ils doivent démontrer;
>> - et une ignorance totale de la psychologie scientifique.
>>
>> Méfiez-vous donc. je ne vois pas ici le moindre "début d'explication
>> scientifique" de la "pensée magique", mais une embrouille ou un
>> traquenard intellectuel en bonne et due forme.
>>
>>
>> Bon travail
>> Isla
--
Syntaxe géométrique de la physique :
http://deonto-ethics.org/geom_syntax
"Un rond dans un rond et qui tournent pareil"