«Si des gens considèrent que Freud n’est rien, pourquoi passent-ils
toute leur vie à travailler sur ce rien ? Il y a une espèce de passion
contre lui qui ne se justifie que si l’homme est grand. Moi, je dis
qu’il s’est fourvoyé mais cela ne m’empêche pas de le respecter énormément.»
Le cahier Livres de Libé
Livres 02/01/2010 à 00h00
Jean Laplanche, les mots pour le traduire
Portrait
A 85 ans, le psychanalyste dirige depuis vingt ans la traduction
scientifique des «Œuvres complètes» de Freud.
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Par FRÉDÉRIQUE ROUSSEL Envoyée spéciale à Pommard (Côte-d'Or)
Un château datant de 1802 dans le petit village de Pommard, en
Bourgogne, près d’un autre qu’il a vendu il y a six ans, renonçant du
même coup à la viticulture. A 85 ans, Jean Laplanche, continue à y
superviser la traduction des Œuvres complètes de Freud aux Presses
universitaires de France, initiées dans les années 60. Normalien devenu
médecin sur les conseils de Jacques Lacan avec lequel il a suivi une
psychanalyse une dizaine d’années avant de s’en démarquer, Laplanche fut
un universitaire brillant engagé dans l’enseignement de la psychanalyse.
Très tôt, il se lance avec J.-B. Pontalis, dans la traduction des textes
de Freud, puis dans le repérage des concepts psychanalytiques importants.
Vidéoconférences. Quarante ans plus tard, il n’en a pas fini avec Freud.
Deux après-midi par semaine, il confère en vidéoconférence avec Janine
Altounian. Quatre pages d’allemand relues par séance, à partir des
brouillons remis par l’équipe de traducteurs. Seize volumes ont été
publiés depuis 1988 sous sa direction et celle d’André Bourguignon et
Pierre Cotet, six sont à paraître, avec des index supervisés par
François Robert. Un travail de longue haleine pour arriver à offrir pour
la première fois en France l’intégralité du texte freudien dans une
traduction scientifique.
Dans le grand salon dont les fenêtres donnent à voir les vignes de
l’héritage familial, Jean Laplanche reprend par le menu l’aventure qu’il
mène encore. «Le processus a débuté par une longue discussion sur les
bases de la traduction. Cela a donné Traduire Freud.»Le corpus n’a pas
été pris de manière chronologique, mais «en fonction de nos goûts et de
la disponibilité des équipes de traduction», explique-t-il. Ainsi, le
comité de lecture relit actuellement les brouillons de traduction de
Psychopathologie de la vie quotidienne, paru en 1901, qui représente le
tome V des Œuvres complètes. Mais restent aussi à publier le Trait
d’esprit (tome VII, 1905) et l’Homme Moïse (tome XX, 1937-1939).
L’entreprise a patiné au démarrage quand, en Angleterre, la Standard
Edition de James Strachey faisait autorité. Au début des années 60, les
trois éditeurs français de Freud négocient pour la publication des
œuvres complètes et un comité scientifique est constitué en 1966. En
1967, Jean Laplanche et J.-B. Pontalis publient le Vocabulaire de la
psychanalyse, devenu une référence internationale. Finalement, ce sont
les PUF qui assumeront seules le grand œuvre. Paru en 1988, le premier
tome suscite immédiatement la controverse entre philologues et
scientifiques. Elle n’est pas près de s’éteindre, et promet même de
renaître avec les nouvelles traductions. Celle de Laplanche se veut
littérale. «Les œuvres complètes supposent qu’on prenne en considération
l’ensemble, y compris pour la terminologie. Il ne s’agit pas de traduire
un terme en 1900 et qu’en 1920, le terme apparaisse différemment.» La
discipline de cet ancien élève de Jean Hippolite, gagné pour toujours à
Hegel, est immuable. Déterminer une terminologie typiquement freudienne,
quand les vieilles traductions de Marie Bonaparte ou de Rudolph
Loewenstein l’avaient adaptée au mode de pensée français. «Freud a
toujours été pour les distinctions de mots en disant : si on cède sur
les mots, on finit par céder sur les choses. Donc il n’a jamais cédé sur
les mots, comme sur le mot d’inconscient», poursuit Jean Laplanche.
«Fourvoyé». Il juge l’œuvre freudienne à la fois géniale et «fourvoyée».
«Au tout début, Freud avait découvert ce qu’il appelait la théorie de la
séduction restreinte, c’est-à-dire la fonction de l’autre, adulte, dans
la naissance de l’inconscient de l’enfant et il l’a jetée par la fenêtre
à un certain moment.» Selon lui, Freud aurait dû généraliser l’idée de
séduction. «Moi, je pense que l’inconscient vient de l’autre.
L’inconscient chez le petit enfant vient de l’adulte, forcément traversé
par sa propre sexualité. C’est l’étranger en soi.» Cette théorie, il l’a
formulée en 1987 dans les Nouveaux fondements pour la psychanalyse. Ce
titre est d’ailleurs devenu le nom de sa fondation, qui a pour but de
traduire en anglais ses œuvres à lui. Du coup, quand il ne révise pas
les traductions de Freud, Laplanche supervise les siennes.
«Passion». Le passage de Freud dans le domaine public ne l’émeut pas
plus que ça. «Si vous additionnez tous les éditeurs, il était déjà dans
le domaine public et il n’y a donc aucune révélation à en attendre.» Il
écarte d’un revers de la main les arguments antifreudiens et
antipsychanalystes.*
«Si des gens considèrent que Freud n’est rien, pourquoi passent-ils
toute leur vie à travailler sur ce rien ? Il y a une espèce de passion
contre lui qui ne se justifie que si l’homme est grand. Moi, je dis
qu’il s’est fourvoyé mais cela ne m’empêche pas de le respecter énormément.»
Jean Laplanche organise en juillet en Bourgogne un petit congrès sur le
rêve dans la théorie de la séduction. Et un vendredi soir par mois, en
son château, il tient séminaire avec des psychiatres et des
psychanalystes. Ce beau monde reste pour autant conscient qu’il est à
Pommard.
--
برينو
λόγον γὰρ ζητοῦσιν ὧν οὐκ ἔστι λόγος·
السلام عليكم
> Je poste cet article car j'aime bien cette remarque:
> «Si des gens considèrent que Freud n’est rien, pourquoi passent-ils
> toute leur vie à travailler sur ce rien ? Il y a une espèce de passion
> contre lui qui ne se justifie que si l’homme est grand. Moi, je dis
> qu’il s’est fourvoyé mais cela ne m’empêche pas de le respecter
> énormément.»
On s'en fout, non, que Freud soit grand ou petit, et à quoi est-ce que
ça peut bien rimer de respecter un mort ? Il s'agit d'évaluer son oeuvre,
pas d'épouver des ressentis en prononçant son nom.
Freud a eu une influence considérable sur son temps, et il continue à en
avoir, quoique de moins en moins. Un peu comme Marx et Jésus. Ça suffit
à justifier qu'on s'y intéresse, qu'on l'admire ou non.
--
Johannes
> ???????? ????? ??????? :
>
> > Je poste cet article car j'aime bien cette remarque:
>
> > �Si des gens consid�rent que Freud n'est rien, pourquoi passent-ils
> > toute leur vie � travailler sur ce rien ? Il y a une esp�ce de passion
> > contre lui qui ne se justifie que si l'homme est grand. Moi, je dis
> > qu'il s'est fourvoy� mais cela ne m'emp�che pas de le respecter
> > �norm�ment.�
>
> On s'en fout, non, que Freud soit grand ou petit, et � quoi est-ce que
> �a peut bien rimer de respecter un mort ?
Un mort un vivant... quelle diff�rence, finalement � quoi sert l'homme
hein ?
FiLH
--
Le fondement du constat bourgeois, c'est le bon sens, c'est-�-dire
une v�rit� qui s'arr�te sur l'ordre arbitraire de celui qui la parle.
Roland Barthes.
http://www.filh.org
> pas d'épouver des ressentis en prononçant son nom.
Et qu'est-ce qui vous épouvante ?
C'est 50 €.