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problématique arendtienne dans Condition de l'Homme Moderne

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Tropnul

unread,
Nov 29, 2004, 3:50:17 PM11/29/04
to
(Hannah Arendt, Condition de l'Homme Moderne, Calmamm-Lévy, 1983)

Dans Condition de l'Homme Moderne, Hannah Arendt commence par développer
sa vision de la polis grècque en opposant la sphère privée à la sphère
publique. En postulant cette opposition comme correcte et effective chez
les Grecs, et en reprenant la catégorisation aristotélicienne des types
de citoyens, le menuisier et le poète appartiennent à la sphère privée.

Or, lors de son développement, Arendt en arrive à opposer non plus le
privé et le public, mais le travail et l'oeuvre. Dans cette opposition,
le menuisier et le poète sont classés dans la sphère de l'oeuvre.

Quelles hypothèses de travail pourrait-on formuler pour expliciter ce
qui a permis ce glissement à Arendt ?

--

tn : 2eme round...

FDA

unread,
Nov 29, 2004, 4:01:50 PM11/29/04
to
> Dans Condition de l'Homme Moderne, Hannah Arendt commence par développer
> sa vision de la polis grècque en opposant la sphère privée à la sphère
> publique. En postulant cette opposition comme correcte et effective chez
> les Grecs, et en reprenant la catégorisation aristotélicienne des types
> de citoyens, le menuisier et le poète appartiennent à la sphère privée.
>
> Or lors de son développement, Arendt en arrive à opposer non plus le
> privé et le public, mais le travail et l'oeuvre. Dans cette opposition,
> le menuisier et le poète sont classés dans la sphère de l'oeuvre.
>
> Quelles hypothèses de travail pourrait-on formuler pour expliciter ce
> qui a permis ce glissement à Arendt ?


'devait pas avoir grand chose à foutre de son temps, je ne vois que ça.

guy.javos

unread,
Nov 30, 2004, 5:47:50 PM11/30/04
to
Bonsoir,

je n'ai guère loisir de parcourir cet ouvrage.
Curieusement, en rangeant mes livres ce week-end,
je suis retombé sur lui, en me demandant combien de pages
j'avais pu en lire.

Bref,

De façon générale, le classement dans une catégorie
finit toujours par poser problème.

Déjà à l'époque, il devait bien exister des charpentiers
pour construire les temples et les bateaux,
et je vois mal que l'on pu considérer ces activités
comme relevant de la sphère privée.

S'agissant de la distinction entre travail et oeuvre,
j'y vois une différence de temps :
Le travail se rapporterait au temps légal,
scandé par l'horloge sociale,
tandis que l'oeuvre procéderait de son temps propre,
celui de l'horloge interne à sa morphogenèse.

S'agissant du prix, du coût et de la rémunération,
ils sont la cause économique nécessaire du travail,
tandis qu'ils s'estompent dans l'oeuvre,
la nécessité qui prévaudrait alors,
serait son accomplissement, son entéléchie.

Si bien qu'une oeuvre qui n'aboutit pas,
c'est bien pire qu'un travail raté.
L'artiste est comme uni, communie
avec la morphogenèse de l'oeuvre, c'est vital;
le travailleur n'éprouvera pas cet arrachement
au travail sous prétexte qu'il participe à la vie de la Cité.

Tandis que l'artiste (au sens d'antan) est maître d'oeuvre
de son ouvrage, le travailleur n'est qu'un maillon de l'activité
dans laquelle son travail s'inscrit.

Je ne vois pas de problème dans ce que vous montrer
comme glissement dans la progression de Hannah Arendt.
Partant des domaines d'activité et des différentes sortes d'acteurs,
elle est amenée à la distinction entre travail et oeuvre.
Après, que les sphères de référence initiales en crèvent,
ce n'est pas très grave.

cordial,
felX

FDA

unread,
Dec 1, 2004, 1:00:39 AM12/1/04
to
> De façon générale, le classement dans une catégorie
> finit toujours par poser problème.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Classification_automatique

Le problème ne réside pas dans "classement", mais bien dans "une". Ce
problème a été identifié vers la fin des années 60 (ça ne nous rajeunit
pas!) chez IBM :

"l'organisation hiérarchique des fichiers conduirait à des inefficacités
croissantes en terme de maintenance à mesure qu'on dépassait la dizaine
de milliers de fichiers".

http://fr.wikipedia.org/wiki/Technologie_FS

Il y a eu des réponses qui se sont toutes montrées fructeuses (AS/400,
bases de données relationnelles...) et que même Krosoft finit par
adopter maintenant que les brevets sont dans le domaine public :

http://fr.wikipedia.org/wiki/WinFS

> Le travail se rapporterait au temps légal,
> scandé par l'horloge sociale,
> tandis que l'oeuvre procéderait de son temps propre,
> celui de l'horloge interne à sa morphogenèse.

Le travail ne se référe-t-il pas implicitement à une fourniture de
moyens et l'oeuvre à une fourniture de résultat ?


> S'agissant du prix, du coût et de la rémunération,
> ils sont la cause économique nécessaire du travail,
> tandis qu'ils s'estompent dans l'oeuvre,


"En vérité, la littérature, telle qu'elle est, se rapproche
singulièrement de quelqu'un de ces petits métiers en chambre, comme il y
en a encore tant à Paris ; et elle en est un par bien des aspects. Le
poète fait songer à ces industriels ingénieux qui fabriquent, en vue de
la Noël ou du Jour de l'an, des jouets remarquables par l'invention, par
la surprise organisée, et qui sont faits avec des matériaux de fortune.
Le poète puise les siens dans le langage ordinaire.

Il a beau évoquer le ciel et la terre, soulever des tempêtes, ranimer
nos émotions, suggérer ce qu'il y a de plus délicieux ou de plus
tragique dans la profondeur des êtres, disposer de la nature, de
l'infini, de la mort, des dieux et des beautés, il n'en est pas moins,
aux yeux de l'observateur de ses faits et gestes, un citoyen, un
contribuable, qui s'enferme à telle heure devant un cahier blanc, et qui
le noircit, parfois silencieusement, parfois donnant de la voix, et
marchant de long en large entre porte et fenêtre.

Vers 1840, un Victor Hugo est un auteur très rangé, qui habite
bourgeoisement un appartement dans le Marais ; il paye son loyer, ses
impôts ; c'est un producteur modèle. Mais que fait-il ? Que produit-il ?
Et quel est le type de son industrie ? Le même observateur, froidement
exact, constatera que les produits de cette petite industrie ont une
valeur variable, aussi précaire que celle des produits du fabricant de
jouets, de l'article de Paris, qui travaille lui aussi en chambre, à
deux pas de là, dans la rue des Archives ou dans la rue Vieille-du-Temple.

Mais cette valeur, celle qui sortira des mains du poète, est complexe,
elle est double, et, dans les deux cas, elle est essentiellement
incertaine. Elle se compose d'une part qui est réelle, (c'est-à-dire qui
s'échange quelquefois contre de l'argent), et d'une part qui est fumée,
– fumée étrange en vérité, fumée qui se condensera un jour, peut-être,
en quelque œuvre monumentale de marbre ou de bronze, créant autour
d'elle un rayonnement puissant et durable, la gloire. Mais encore,
réelle ou idéale, cette valeur est incommensurable : elle ne peut pas
être mesurée par les unités de mesure dont dispose la société. Une œuvre
de l'art vaut un diamant pour les uns, un caillou pour les autres. On ne
peut pas l'évaluer en heures de travail ; elle ne peut donc figurer
comme monnaie universellement utilisable dans l'ensemble des échanges".


> Si bien qu'une oeuvre qui n'aboutit pas,
> c'est bien pire qu'un travail raté.

Merci de tes encouragements :-(


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Tropnul

unread,
Dec 2, 2004, 12:02:10 PM12/2/04
to
Mickaël Simon a écrit :

>> Quelles hypothèses de travail pourrait-on formuler pour expliciter ce
>> qui a permis ce glissement à Arendt ?
>
>

> Je ne vois pas très bien le glissement mais je suis fatigué ce soir : il me
> semble qu'elle examine l'opposition menuisier / poète à *l'intérieur* de la
> sphère privée, non ?

Il y a glissement dans la mesure où tout d'abord Arendt rend possible
une catégorisation des métiers dans une opposition entre la sphère
privée à la sphère publique dans le cadre d'un monde antique grec, puis
qu'elle rend possible une catégorisation des mêmes métiers dans une
opposition contemporaines entre le travail et l'oeuvre. Or, bien
qu'Arendt montre à travers son développement le remaniement de
l'opposition entre privé/public de l'antiquité à nos jours et, bien
qu'elle essaie de thématiser le lien possible entre la sphère privée et
la sphère du travail en s'appuyant sur une étymologie doloriste du
travail, elle ne fait pas clairement de lien entre le privé antique et
l'oeuvre contemporaine qui permettrait le passage de la catégorisation
susmentionnée de l'une à l'autre.

Aussi, puisqu'elle ne le dit pas clairement, je me demandais si l'on
pouvait interpréter le développement arendtien de manière à découvrir ce
lien.

En espérant avoir été plus clair.
cordialement

--

tn : 2eme round...

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