S’il est bien un moment où se cristallisent les clichés les plus grossiers du monde du rugby, c’est bien à l’occasion de la fameuse collation d’après-match. Mais à l’épreuve des faits, la convivialité partagée de la troisième mi-temps en prend un sale coup.
Parmi les images d’Epinal complaisamment déversées sur l’univers du rugby, celle de la troisième mi-temps. Celle qui aurait lieu la plupart du temps dans le club-house de l’équipe qui vient de vous tartiner toute l’après-midi à grands coups de casque et de sourires narquois. Et puis là-dessus, après une bonne douche, on se retrouverait ensemble dans un tourbillon fraternel à boire des mousses et à manger du saucisson sec en chantant des ritournelles pour demeurés à la Patrick Sébastien. Rassurez-vous, les rugbymen ne sont pas toujours aussi beaufs. Croyez-vous qu’on oublie aussi facilement les coups de chausses dans les côtelettes, les tirages de maillots et les injures diverses échangées avec son vis-à-vis ? Croyez-vous que tous les joueurs sacrifient aux rites paillards ou autres coutumes frustes et crétines tellement en vogue en Ovalie ? Non, les joueurs ne se retrouvent pas tous au bout de vingt minutes bourrés comme des outres avec des slips sur la tête, à brailler comme des lofteurs. Bien souvent, le rugbyman est beaucoup plus simple que ça. Quand on joue à l’extérieur et que, en règle générale, on vient de se prendre une belle musette, on n’a pas trop envie de s’éterniser à la réception d’après-match, d’autant plus qu’il reste un bon bout de chemin à se coltiner en car. Quant à vos adversaires du jour, ils se regroupent comme une tribu autour d’un coin de table, attendent le feu vert pour commencer à dévorer tout ce qui traîne à portée de main et vous ignorent royalement. Malheur aux vaincus. La légende selon laquelle le rugby est un sport où l’on rudoie son adversaire sur le terrain avant de lui payer un coup après le match en lui donnant des grandes tapes dans le dos est bien loin de la réalité, même si parfois, cela arrive, quand même.
Exposition de potiches
La collation n’est donc pas une sinécure : plus vite elle est passée, plus vite on sera dans le car, plus vite on sera au dodo. Alors, si quelques uns, de guerre lasse, vont écumer quelques binouzes au bar en attendant, il faut prendre son mal en patience en grignotant les miettes que les voraces ont bien voulu laisser. De toutes façons, il faut reconnaître que l’on a rarement envie de faire ripaille avec de l’épaule bon marché, des baguettes qui ressemblent à des vieux zizis fripés sortant droit du congel’ et de la vinasse en bouteille plastique. Donc, si on a pas grand appétit, on peut aussi observer les mœurs des locaux, qui bien souvent ressemblent aux nôtres. Par exemple, l’exposition des femmes de joueurs dont la fonction est avant tout décorative. Les mieux roulées servent de faire-valoir à leur mâle et croisent sagement les jambes, assises dans un coin, en attendant qu’il daigne leurs apporter un Coca. Parfois, elles se regroupent en grappe, un peu à l’écart, papotent ou affichent des moues impatientes, car force est de constater : on se fait chier dans cette réception où on mange mal et où on entend parler rugby pendant des heures. "T’aurais dû croiser à ce moment là, j’tavais fait un appel énorme… leur 10 nous a fait mal… Dédé est passé à côté, il a pas plaqué des masses… il va falloir qu’on se règle sur la Perpignan…", que voulez-vous qu’elles y comprennent, les donzelles ? Et puis, elles se dispersent comme une volée de moineaux quand approchent les hommes avec leur sac de sport en bandoulière. Il est l’heure de partir et le machisme a de beaux jours devant lui.
On 7 sep, 15:14, Hamilcar Barca <qart_hada...@africa.org> wrote:
> thom wrote:
> "Les chroniques"
> Remarquable. Tant par le style que par le fond.
> Hamilcar Barca
> " L' existence est une sale histoire ... > D'ailleurs on n'en sort pas vivant"
C'est "à la manière de" Philippe Guillard ? J'ai lu un article de lui sur l'équipe magazine il y a quinze jours ça m'a donné l'envie de relire "petits bruits de couloir". J'aime bien son style et ça me rappelle trop le rugby de mon temps. Je ne me rappelle plus le titre de ses autres bouquins. Vous les connaissez ?
> S’il est bien un moment où se cristallisent les clichés les plus > grossiers du monde du rugby, c’est bien à l’occasion de la fameuse > collation d’après-match. Mais à l’épreuve des faits, la convivialité > partagée de la troisième mi-temps en prend un sale coup.
> Parmi les images d’Epinal complaisamment déversées sur l’univers du > rugby, celle de la troisième mi-temps. Celle qui aurait lieu la plupart > du temps dans le club-house de l’équipe qui vient de vous tartiner toute > l’après-midi à grands coups de casque et de sourires narquois. Et puis > là-dessus, après une bonne douche, on se retrouverait ensemble dans un > tourbillon fraternel à boire des mousses et à manger du saucisson sec en > chantant des ritournelles pour demeurés à la Patrick Sébastien. > Rassurez-vous, les rugbymen ne sont pas toujours aussi beaufs. > Croyez-vous qu’on oublie aussi facilement les coups de chausses dans les > côtelettes, les tirages de maillots et les injures diverses échangées > avec son vis-à-vis ? Croyez-vous que tous les joueurs sacrifient aux > rites paillards ou autres coutumes frustes et crétines tellement en > vogue en Ovalie ? Non, les joueurs ne se retrouvent pas tous au bout de > vingt minutes bourrés comme des outres avec des slips sur la tête, à > brailler comme des lofteurs. > Bien souvent, le rugbyman est beaucoup plus simple que ça. Quand on joue > à l’extérieur et que, en règle générale, on vient de se prendre une > belle musette, on n’a pas trop envie de s’éterniser à la réception > d’après-match, d’autant plus qu’il reste un bon bout de chemin à se > coltiner en car. Quant à vos adversaires du jour, ils se regroupent > comme une tribu autour d’un coin de table, attendent le feu vert pour > commencer à dévorer tout ce qui traîne à portée de main et vous ignorent > royalement. Malheur aux vaincus. La légende selon laquelle le rugby est > un sport où l’on rudoie son adversaire sur le terrain avant de lui payer > un coup après le match en lui donnant des grandes tapes dans le dos est > bien loin de la réalité, même si parfois, cela arrive, quand même.
> Exposition de potiches
> La collation n’est donc pas une sinécure : plus vite elle est passée, > plus vite on sera dans le car, plus vite on sera au dodo. Alors, si > quelques uns, de guerre lasse, vont écumer quelques binouzes au bar en > attendant, il faut prendre son mal en patience en grignotant les miettes > que les voraces ont bien voulu laisser. De toutes façons, il faut > reconnaître que l’on a rarement envie de faire ripaille avec de l’épaule > bon marché, des baguettes qui ressemblent à des vieux zizis fripés > sortant droit du congel’ et de la vinasse en bouteille plastique. > Donc, si on a pas grand appétit, on peut aussi observer les mœurs des > locaux, qui bien souvent ressemblent aux nôtres. Par exemple, > l’exposition des femmes de joueurs dont la fonction est avant tout > décorative. Les mieux roulées servent de faire-valoir à leur mâle et > croisent sagement les jambes, assises dans un coin, en attendant qu’il > daigne leurs apporter un Coca. Parfois, elles se regroupent en grappe, > un peu à l’écart, papotent ou affichent des moues impatientes, car force > est de constater : on se fait chier dans cette réception où on mange mal > et où on entend parler rugby pendant des heures. "T’aurais dû croiser à > ce moment là, j’tavais fait un appel énorme… leur 10 nous a fait mal… > Dédé est passé à côté, il a pas plaqué des masses… il va falloir qu’on > se règle sur la Perpignan…", que voulez-vous qu’elles y comprennent, les > donzelles ? Et puis, elles se dispersent comme une volée de moineaux > quand approchent les hommes avec leur sac de sport en bandoulière. Il > est l’heure de partir et le machisme a de beaux jours devant lui.
Forcément, ça rappelle des souvenirs ... Excellent.
> S’il est bien un moment où se cristallisent les clichés les plus grossiers > du monde du rugby, c’est bien à l’occasion de la fameuse collation d’après-match. > Mais à l’épreuve des faits, la convivialité partagée de la troisième > mi-temps en prend un sale coup.
> Parmi les images d’Epinal complaisamment déversées sur l’univers du rugby, > celle de la troisième mi-temps. Celle qui aurait lieu la plupart du temps > dans le club-house de l’équipe qui vient de vous tartiner toute l’après-midi > à grands coups de casque et de sourires narquois. Et puis là-dessus, après > une bonne douche, on se retrouverait ensemble dans un tourbillon fraternel > à boire des mousses et à manger du saucisson sec en chantant des > ritournelles pour demeurés à la Patrick Sébastien. > Rassurez-vous, les rugbymen ne sont pas toujours aussi beaufs. Croyez-vous > qu’on oublie aussi facilement les coups de chausses dans les côtelettes, > les tirages de maillots et les injures diverses échangées avec son > vis-à-vis ? Croyez-vous que tous les joueurs sacrifient aux rites > paillards ou autres coutumes frustes et crétines tellement en vogue en > Ovalie ? Non, les joueurs ne se retrouvent pas tous au bout de vingt > minutes bourrés comme des outres avec des slips sur la tête, à brailler > comme des lofteurs. > Bien souvent, le rugbyman est beaucoup plus simple que ça. Quand on joue à > l’extérieur et que, en règle générale, on vient de se prendre une belle > musette, on n’a pas trop envie de s’éterniser à la réception d’après-match, > d’autant plus qu’il reste un bon bout de chemin à se coltiner en car. > Quant à vos adversaires du jour, ils se regroupent comme une tribu autour > d’un coin de table, attendent le feu vert pour commencer à dévorer tout ce > qui traîne à portée de main et vous ignorent royalement. Malheur aux > vaincus. La légende selon laquelle le rugby est un sport où l’on rudoie > son adversaire sur le terrain avant de lui payer un coup après le match en > lui donnant des grandes tapes dans le dos est bien loin de la réalité, > même si parfois, cela arrive, quand même.
> Exposition de potiches
> La collation n’est donc pas une sinécure : plus vite elle est passée, plus > vite on sera dans le car, plus vite on sera au dodo. Alors, si quelques > uns, de guerre lasse, vont écumer quelques binouzes au bar en attendant, > il faut prendre son mal en patience en grignotant les miettes que les > voraces ont bien voulu laisser. De toutes façons, il faut reconnaître que > l’on a rarement envie de faire ripaille avec de l’épaule bon marché, des > baguettes qui ressemblent à des vieux zizis fripés sortant droit du congel’ > et de la vinasse en bouteille plastique. > Donc, si on a pas grand appétit, on peut aussi observer les mœurs des > locaux, qui bien souvent ressemblent aux nôtres. Par exemple, l’exposition > des femmes de joueurs dont la fonction est avant tout décorative. Les > mieux roulées servent de faire-valoir à leur mâle et croisent sagement les > jambes, assises dans un coin, en attendant qu’il daigne leurs apporter un > Coca. Parfois, elles se regroupent en grappe, un peu à l’écart, papotent > ou affichent des moues impatientes, car force est de constater : on se > fait chier dans cette réception où on mange mal et où on entend parler > rugby pendant des heures. "T’aurais dû croiser à ce moment là, j’tavais > fait un appel énorme… leur 10 nous a fait mal… Dédé est passé à côté, il a > pas plaqué des masses… il va falloir qu’on se règle sur la Perpignan…", > que voulez-vous qu’elles y comprennent, les donzelles ? Et puis, elles se > dispersent comme une volée de moineaux quand approchent les hommes avec > leur sac de sport en bandoulière. Il est l’heure de partir et le machisme > a de beaux jours devant lui.
Merci, je me suis régalé. ça m'a rappelé le temps où le 'Senateur' prenait son petit papier dans le bus et donnait l'équipe qu'il modifiait au gré des protestations....
On 7 sep, 15:42, Shrek2 <vincent.cail...@gmail.com> wrote:
> C'est "à la manière de" Philippe Guillard ? > J'ai lu un article de lui sur l'équipe magazine il y a quinze jours ça > m'a donné l'envie de relire "petits bruits de couloir". > J'aime bien son style et ça me rappelle trop le rugby de mon temps. > Je ne me rappelle plus le titre de ses autres bouquins. Vous les > connaissez ?
" Pourquoi c'est comment l'amour " C'est en gros l'histoire du Racing époque Show-biz avec Jean-Ba Lafond en débile léger surdoué...;-) Un livre très très sympa
> Je ne me rappelle plus le titre de ses autres bouquins. Vous les > connaissez ?
" Pourquoi c'est comment l'amour " C'est en gros l'histoire du Racing époque Show-biz avec Jean-Ba Lafond en débile léger surdoué...;-) Un livre très très sympa
Fluet
A lire aussi un gros bouquin très sympa :" Rugby papillon" qui vient de sortir et qui évoque la vie des 5 du 'show-biz'. Avec plein de photos et beaucoup d'humour (commentaires de Guillard et Mesnel).