"Lionel Tacchini" <
lionel....@arcor.de> a �crit dans le message de
news: 51595066$0$9525$9b4e...@newsspool1.arcor-online.net...
>
> Le trait� d'harmonie de 1911 vient 10 ans avant le dod�caphonisme, qui
> donnera lieu au s�rialisme par l'interm�diaire de Ren� Leibowitz �
> partir de 1947. C'est cette �nerie de notre philosophe moderne qui est
> en cause:
>
Bon... Alors, il faudrait bien "caler" le sujet dans le temps, en rappelant
qu'il y a eu deux *�pisodes* chez Sch�nberg:
- Episode *atonal* (1907) o� il suspend la tonalit� en d�cidant que les
douze sons de la gamme sont rigoureusement �gaux entre eux (plus de tonique,
dominante, sous-dominante....), ce qui autorise de nouvelles associations
harmoniques et ouvre un �norme espace de libert�.
C'est l� qu'il ouvre, en quelque sorte, une bo�te de Pandore qui n'est
toujours pas referm�e aujourd'hui.On peut dater le d�but de cet �pisode �
1907 (Quatuor � cordes op. 10).
Quand je parle de son enseignement, je fais allusion essentiellement � cette
premi�re �tape, au cours de laquelle il accueille Berg et Webern, qu'il
*forme* � l'atonalit�, publie son trait� d'harmonie, compose, entre autres,
Erwartung et le Pierrot Lunaire (ce qui n'est pas rien)...
- Episode s�riel (1922) o�, inquiet de voir que la libert� qu'il a provoqu�e
par l'atonalisme risque de conduire � l'anarchie, il se retire sur sa
montagne personnelle, r�fl�chit � un moyen d'�viter ladite anarchie et
aboutit � la s�rie, qu'il annonce en 1922, soit plus de dix ans apr�s sa
premi�re r�volution.
Qu'il n'ait pas cherch� � *enseigner* la s�rie n'a rien de surprenant. Apr�s
tout, il ne s'agit que d'une s�rie de postulats sur la mani�re d'assembler
et de combiner ces douze sons devenus �gaux entre eux.Un rep�re Euclidien de
la nouvelle musique, en somme, qui n'a pas besoin d'�tre enseign�.
Et c'est vrai qu'il y a eu, � sa suite, des enthousiasmes g�nants: Leibowitz
et son dogmatisme born�, Boulez et son id�e de s�rie multiple... Bref, des
gens qui arrachaient le s�rie des mains de Sch�nberg pour en faire autre
chose que ce qu'il avait envisag�.
Personnellemnt, je ressens l'atonalit� comme une ouverture et la s�rie comme
une tentative de contr�le.
Aujourd'hui, il ne reste que peu de compositeurs strictement s�riels - la
s�rie n'est qu'un outil parmi d'autres pour �tayer l' �criture - mais
quelles sont les compositions qui refusent la libert� que leur donne une
atonalit� que l'on peut utiliser � sa convenance?
Tiens!... Pour finir, j'ai envie de faire appara�tre un parall�le entre ce
qu'a fait Sch�nberg pour la musique et ce qu'a fait Einstein pour la
physique, m�me les dates conviennet. Voyez plut�t:
1905: Einstein publie la th�orie de la relativit� restreinte et, dix ans
plus tard, celle de la relativit� g�n�ralis�e. Ces bo�tes de Pandore mettent
� bas des fondements de la physique qu'on croyait intangibles.
1925: la r�v�lation d'Einstein provoque un foisonnement de recherces dans
toute l'Europe, notamment dans des sp�culations sur les particules et
l'infiniment petit. Entre B�hr, Schrodinger et Heisenberg, �a discute dur,
mais �a d�bouche sur la m�canique quantique. Dans celle-ci, on apprend qu'au
niveau de l'infiniment petit, un truc *nous* �chappe: on ne peut conna�tre
en m�me temps la position et le d�placement d'une particule. Pour Einstein,
c'est un choc, lui qui recherchait une repr�sentation unifi�e de l'univers
( l' �quivalent de la s�rie de Sch�nberg, en quelque sorte) voil� que ces
jeunes �nergum�nes lui foutent tout en l'air en montrant qu'on ne peut
repr�senter l'infiniment petit que par des formules probabilistes.
Et, au principe d'incertitude d'Heisenberg, Einstein, un peu d�sarm�, ne
peut r�pliquer que par "Dieu ne joue pas aux d�s". Nous sommes en 1927.
Int�ressant cette quasi-co�ncidence des dates, non?
L' histoire scientifique ult�rieure montrera qu' Heisenberg avait raison.
Heureusement, en musique, il n'est pas n�cessaire d'avoir raison pour
tailler sa route.
Enfin, bon...
Jazzmicalement,
Jean Toulet - VaisMeTaperUnPetitJaune,Tiens!...