"Paul-Olivier Margail", évoquant Lorin Maazel, a affirmé, avec autorité, mais diplomatie :
> et qui veut bien vous parler d'autre chose que de musique
> dans un Français impeccable.
Avec une diction parfaite, agrémentée d'une délicieuse petite pointe d'accent. On pourra écouter sa voix dans les magnifiques et pédagogiques "Variations et fugue sur un thème de Purcell", de Benjamin Britten (The young person's guide to the orchestra), réédité chez Deutsche Grammophon, couplé avec l'inévitable Pierre et le loup et le non moins inévitable Carnaval des animaux. Et l'on ne manquera pas de noter avec indignation que les sites de téléchargements proposent la version numérique MP3 de ce Cd à 9,90 euros, Qobuz propose même une version losless à 12,49 euros, alors qu'Amazon vend le Cd neuf 6,99 euros, avec le boîtier, le petit livret à l'intérieur, le sourire de la factrice, livraison gratuite à partir de 15 euros d'achat. Et on se demandera de qui se fichent les plateformes de téléchargement et si c'est de cette manière qu'elles estiment proposer une offre économique censée endiguer le téléchargement illégal.
-- Paul & Mick Victor
s'interroge
Jeune ? Heu, de moins en moins. C'était notre prof de musique qui nous avait emmenés le voir au cinéma. Grosse impression.
Depuis, chaque année, mes propres élèves de 4e ont droit à quelques passages du film et ils apprécient. J'ai été inspecté sur le 1er air de Leporello l'an dernier et les élèves sont bien rentrés dans l'histoire.
Comme quoi, ce film tient encore très bien la route.
> En ce qui me concerne, c'est avec lui que j'ai découvert Don Giovanni, au > cinéma et avec la distribution que l'on sait.
> Comme dirait Brassens, c'est celle de la 1ère fois, alors.
C'est d'ailleurs intéressant - c'est vrai pour moi, tout au moins - de constater que la première version entendue d'une oeuvre, et particulièrement dans l'enfance ou dans l'adolescence, reste souvent tout au long d'une vie "la" version de référence. Pour ma part, j'ai découvert Don Giovanni avec la version Ferenc Fricsay, et bien que j'en ai découvert un paquet d'autres depuis, c'est encore celle-là aujourd'hui qui garde ma préférence.
Je vais hasarder une explication : c'est évident que les souvenirs se fixent mieux dans la jeunesse, et que des oreilles neuves ne sont pas encore blasées. Mais, pour les gens de ma génération, il y a sans peut-être une autre raison. À l'époque, il n'y avait pas pléthore de versions d'une oeuvre, et les disques coûtaient relativement chers, surtout pour des adolescents au pouvoir d'achat très limité. C'est pourquoi, on avait peu de disques, mais on les écoutait jusqu'à ce qu'ils soient usés, et on les connaissait par coeur. (Dire combien j'ai bavé d'envie devant les beaux disques Archiv, qui coûtaient si cher que je n'ai jamais pu m'en payer un !...). Depuis, l'offre s'est considérablement accrue, on a vu apparaître des opérations commerciales sensationnelles, le fameux coffret Mozart et ses 170 Cds pour moins de 100 euros, les labels Naxos, Brilliant, etc qui proposent des réalisations de grande qualité à des prix très abordables. On appellera ça la démocratisation, et on dira que la musique est beaucoup plus accessible aujourd'hui qu'il y a 40 ou 50 ans. C'est vrai, mais cela a un effet pervers : le "zapping" musical, le papillonage, la dispersion. On écoute beaucoup, sans doute, mais on écoute mal, ou du moins superficiellement. Il m'arrivait d'écouter une version d'un concerto de Beethoven des centaines de fois, parce que je n'avais que cette version. (Ah ! C'était Nikita Magaloff et Willem van Otterloo, qui ont émerveillé mes quinze ans). Aujourd'hui, je ne sais même plus combien de versions j'en ai, mais je passe de l'une à l'autre avec indifférence, et parfois, je coupe avant la fin. Abondance de biens ne nuit pas, dit-on. Je ne suis pas sûr que ce soit vrai en musique. Il vaut peut-être mieux n'avoir que la 40ème, la Jupiter, la Petite musique de nuit, plus quelques concertos, disons quatre ou cinq Cd qu'on écoutera vraiment, que les 170 du coffret Mozart qu'on mettra sur une étagère et qu'on n'écoutera jamais.
-- Paul & Mick Victor
sélectif
> En ce qui me concerne, c'est avec lui que j'ai découvert
> Don Giovanni, au cinéma et avec la distribution que l'on sait.
> Comme dirait Brassens, c'est celle de la 1ère fois, alors.
Justement, une anecdote que Maazel raconte volontiers : comment il a
découvert la musique. Alors qu'il était âgé de 5 ans, son père l'a
emmené à un concert au cours duquel une basse Russe ou Bulgare chantait,
une de ces immenses voix tranquilles qui semblent n'avoir aucun souci
pour "sortir". A la fin du spectacle, le gosse Maazel s'est précipité
sur la basse, a passé ses deux bras autour de sa taille et a collé son
oreille sur son ventre, "attendant que la basse veuille bien remettre
l'appareil en marche". Voilà, il était tombé dedans et n'a jamais plus
voulu en sortir.
> Le 08/08/2012 20:55, Paul & Mick Victor a crit :
>> C'est d'ailleurs int ressant - c'est vrai pour moi, tout au moins -
>> de constater que la premi re version entendue d'une oeuvre, et
>> particuli rement dans l'enfance ou dans l'adolescence, reste
>> souvent tout au long d'une vie "la" version de r f rence.
> Le choc de la d couverte, de la "r v lation", est parfois supplant
> par un choc plus intense encore d une version plus simple, plus
> d pouill , peut- tre plus "proche du texte" et parfois
> paradoxalement plus "libre". Si je te rejoins dans l'id e de
> d couverte, avec personnellement la version de Othello par Karajan
> (alors que celle de Seraffin... ), rebrousser le temps la
> d couverte des interpr tations des uvres de Chopin et tomber sur
> celles de Cortot !
>> [...] Abondance de biens ne nuit pas, dit-on. Je ne suis pas s r
>> que ce soit vrai en musique.
> Je ne le suis pas davantage en ce qui concerne la photographie. Qui
> feuillette encore ces albums o chaque clich , charg de cette
> myst rieuse puissance d' vocation, ouvre la porte une avalanche de
> souvenirs et d' motions ?
> "En noir et blanc, on voit pas comme a fait d'l'effet sur l'amateur,
> Mais qu'une main ouvre l'album Et tout se retrouve en couleurs"
> Il semblerait qu'aujourd'hui davantage de temps soit consacr la
> prise de vue qu'au visionnage des clich s et que la vie ne soit
> v cue que si elle est photographi e et "partag e"...
Internet c'est la beaufitude hi-tech 99%. Aujourd'hui Man Ray ou
Robert Doisneau n'attireraient qu'une poign e d'amis Facebook sur leur blog.
>> Il vaut peut- tre mieux n'avoir que [...] disons quatre ou cinq Cd
>> qu'on coutera vraiment, que les 170 du coffret Mozart qu'on
>> mettra sur une tag re et qu'on n' coutera jamais.
> C'est le pi ge de ces coffrets et int grales. S'ajoute cela le
> fait que l'on perd beaucoup avec ces pr sentations, du moins en ce
> qui me concerne, de cette relation affective sp ciale avec l'objet
> disque, sa pochette, ses notes, toutes choses qui font qu'il
> constitue un jalon de l'existence, associ qu'il est des v nements
> intimes.
> Le ph nom ne est peut- tre plus sensible encore avec les disques de
> "jazz"
Pourquoi les guillemets ? S'il s'agit de vrai jazz, chaque
enregistrement est un v nement unique. Si vous parlez de chansons ou de
musique swing...
> ou certaines productions de la "vari t internationale", en
> particuliers celles de l' poque des "concept-albums".
La g n ration qui a grandi avec le walkman (et aujourd'hui l'ipod) viss
sur les oreilles tout en lisant ou en crivant ne peut pas se concentrer
sur une uvre qui ne requiert qu'un seul sens.
> Le premier, la premi re jusqu'au jour du dernier, de la derni re...
-- "Et j' voque au retour dans l'ombre coutumi re
qui s'allonge d j au d clin des coteaux
[...] le front serein et beau
O s'attarde et fleurit l' ternelle lumi re"
Hector de Saint-Denys Garneau
>> En ce qui me concerne, c'est avec lui que j'ai découvert
>> Don Giovanni, au cinéma et avec la distribution que l'on sait.
>> Comme dirait Brassens, c'est celle de la 1ère fois, alors.
> Justement, une anecdote que Maazel raconte volontiers : comment il a
> découvert la musique. Alors qu'il était âgé de 5 ans, son père l'a
> emmené à un concert au cours duquel une basse Russe ou Bulgare chantait,
> une de ces immenses voix tranquilles qui semblent n'avoir aucun souci
> pour "sortir". A la fin du spectacle, le gosse Maazel s'est précipité
> sur la basse, a passé ses deux bras autour de sa taille et a collé son
> oreille sur son ventre, "attendant que la basse veuille bien remettre
> l'appareil en marche". Voilà, il était tombé dedans et n'a jamais plus
> voulu en sortir.
Et curieusement il a opté pour le violon...
-- "Et j'évoque au retour dans l'ombre coutumière
qui s'allonge déjà au déclin des coteaux
[...] le front serein et beau
Où s'attarde et fleurit l'éternelle lumière"
Hector de Saint-Denys Garneau
Le 09/08/2012 00:54, Paul-Olivier Margail a écrit :
> Frédéric PLATZER :
>> En ce qui me concerne, c'est avec lui que j'ai découvert Don
>> Giovanni, au cinéma et avec la distribution que l'on sait. Comme
>> dirait Brassens, c'est celle de la 1ère fois, alors.
> Justement, une anecdote que Maazel raconte volontiers : comment il a
> découvert la musique. Alors qu'il était âgé de 5 ans, son père l'a
> emmené à un concert au cours duquel une basse Russe ou Bulgare
> chantait, une de ces immenses voix tranquilles qui semblent n'avoir
> aucun souci pour "sortir".
C'est une technique assez facile quand on a pris le coup, à condition
d'avoir déjà un timbre de basse. Dès le réveil, il faut éviter de parler
et, en expirant, laisser vibrer les cordes vocales, en ralentissant sa
respiration pour faire baisser la note. Dans l'extrême grave ça chatouille.
C'est une des nombreuses techniques vocales d'origine asiatique comme la
voix de gorge en Mongolie. D'après des sources russes, ce seraient
justement des moines orthodoxes missionnaires en Mongolie qui auraient
appris cette technique de basse profonde (octavisme) auprès de lamas bouddhistes.
Allez à Noël dans une cathédrale russe juste pour écouter le diacre
entonner le "S nami Bog".
> A la fin du spectacle, le gosse Maazel s'est précipité sur la basse,
> a passé ses deux bras autour de sa taille et a collé son oreille sur
> son ventre, "attendant que la basse veuille bien remettre l'appareil
> en marche". Voilà, il était tombé dedans et n'a jamais plus voulu en
> sortir.
-- "Et j'évoque au retour dans l'ombre coutumière
qui s'allonge déjà au déclin des coteaux
[...] le front serein et beau
Où s'attarde et fleurit l'éternelle lumière"
Hector de Saint-Denys Garneau
"RVG" <not.h...@themoment.invalid.org> a crit dans le message de news: jvv1sl$n0...@blueduskconspiracy.eternal-september.org...
> Internet c'est la beaufitude hi-tech 99%. Aujourd'hui Man Ray ou
> Robert Doisneau n'attireraient qu'une poign e d'amis Facebook sur leur > blog.
Ce genre d' changes n'a toujours concern qu'une minorit .
La diff rence aujourd'hui, c'est que la majorit de beaufs a
la possibilit de s'exprimer, d'o l'impression d'une diminution
de qualit en pourcentage.
Le paradoxe amusant c'est que les gens duqu s sont les premiers
promouvoir cette "d mocratie". Et je ne suis pas en train de parler
contre a, pas de malentendu. C'est juste pour souligner qu'on ne
peut se plaindre de quelque chose que l'on a voulu.
Ceci dit, il y a vouloir et vouloir : ce que certains appellent de leurs
voeux par attention toute l'humanit , d'autres y voient une fa on
d' largir la cible de leur commerce.
Et inversement, ce qui veut dire que nous devons profiter de l'audience
de ces plateformes pour y proposer des sujets int ressants, plut t que
de nous lamenter.
> (...) > C'est une technique assez facile quand on a pris le coup,
> condition d'avoir d j un timbre de basse. (...)
part un Boris (r les de Pim ne et Varlaam, chant s par de vrais
Russes) vu il y a assez longtemps, je n'ai pas eu l'occasion de
rencontrer une de ces basses et de parler de cette particularit (dont
j'ignorais le principe). La barri re de la langue est r dhibitoire...
Le seul que j'aie approch a t Evgu nyi Nesterenko. Je ne sais pas
s'il a pratiqu l'octavisme. Sa voix tait impressionnante de beaut et
de force. Je garde le souvenir mu d'un "Pater" de Rimsky-Korsakov
entonn en toute simplicit . Tout a t chant dans une mezza-voce
stup fiante et il a balanc une note grave damner toutes les basses de
la terre (contre Sol, je pense).
Le 09/08/2012 20:52, Paul-Olivier Margail a crit :
> RVG :
>> (...) C'est une technique assez facile quand on a pris le coup,
>> condition d'avoir d j un timbre de basse. (...)
> part un Boris (r les de Pim ne et Varlaam, chant s par de vrais
> Russes) vu il y a assez longtemps, je n'ai pas eu l'occasion de
> rencontrer une de ces basses et de parler de cette particularit
> (dont j'ignorais le principe). La barri re de la langue est
> r dhibitoire...
Pas tant que a: le russe a la m me structure phon tique que le
portugais (alors que l'espagnol a celle du grec).
> Le seul que j'aie approch a t Evgu nyi Nesterenko. Je ne sais pas
> s'il a pratiqu l'octavisme. Sa voix tait impressionnante de
> beaut et de force. Je garde le souvenir mu d'un "Pater" de
> Rimsky-Korsakov entonn en toute simplicit . Tout a t chant dans
> une mezza-voce stup fiante et il a balanc une note grave damner
> toutes les basses de la terre (contre Sol, je pense).
Oui, je suis lecteur dans l' glise orthodoxe. Le Notre P re, l'Ep tre et
certains psaumes sont lus traditionnellement en d marrant dans l'extr me
grave.
En fait je me demande si ce n'est pas le froid qui explique ce choix de
registre, pour ne pas s'irriter la gorge en la for ant dans l'aigu.
Russes, Mongols, Tib tains cultivent les voix graves, alors qu'elles
sont absentes du monde m diterran en (un pr tre grec ou un muezzin
psalmodient dans le t nor).
-- "Et j' voque au retour dans l'ombre coutumi re
qui s'allonge d j au d clin des coteaux
[...] le front serein et beau
O s'attarde et fleurit l' ternelle lumi re"
Hector de Saint-Denys Garneau
> J'ai eu l'occasion de voir quelques fois Maazel en répétition, et je dois > dire que c'est, avec Boulez, le chef qui m'a le plus impressionné par la > maîtrise des ouvres qu'il interprète. Il en connaît parfaitement chaque note > de chaque pupitre, mesure par mesure, sans jamais avoir jamais la moindre > partition sous les yeux. Lorsqu'on entend un chef dire, simplement de mémoire : > "Les bassons, reprenez mesure 237, page 84, troisième temps", on a > l'impression qu'on atteint les limites du cerveau humain.
Je me souviens qu'il était admiré pour cela, entre autres, au début des années 1980. Mais une décennie plus tard, son étoile avait pâli. Dès que l'on évoquait Maazel, c'était pour citer des tics de direction et une certaine complaisance dans la guimauve. Je ne suis pas assez savant pour démêler tout cela, mais j'avais lu dans une revue de l'époque (Répertoire ?) une critique assez déplaisante d'un CD Tchaikovksi, où même les entrées instrumentales n'étaient pas synchrones, paraît-il.