Changement de paradigme en 1983 avec l'adoption du standard MIDI (en
fait plutôt l'informatisation de la musique dont il n'est qu'une
manifestation concrète).
Avant le MIDI, les imprécisions de l'écriture musicale laissaient place,
dans ses "vides", à la notion d'interprétation.
La possibilité de disposer d'une version audio enregistrée de l'oeuvre
par son créateur avait déjà modifié la donne au début du siècle
précédent : les spéculations sur sa vie, son œuvre, ses intentions,
étaient devenues secondaires par rapport à sa volonté exprimée par
l'exemple.
Depuis 1983, la possibilité de capturer le *geste* de l'instrumentiste,
avec une définition largement supérieure à celle offerte par le système
neuromusculaire humain, puis de l'analyser et de le restituer a fait
basculer la représentation du modèle auteur-interprète-auditeur
(l'auditeur aussi dans la mesure où il peut maintenant intervenir de
différentes manières sur la création). (*)
Bien sûr on a parfaitement le droit et pour longtemps, d'utiliser la
symbolique de l'écriture musicale traditionnelle ou pas pour *laisser*
une place à l'interprétation. Et il reste certainement du travail pour
longtemps à proposer de nouvelles visions de ce répertoire et de celui
qui l'a précédé.
Mais cela n'a plus la valeur d'obligation et d'universalité que cela
avait auparavant. Le métier d'interprète est devenu plus relatif, si pas
optionnel.
(*) Dans l'exemple du DisKlavier cité précédemment, la capture se fait
sur l'instrument de référence (piano) sans aucune interaction avec sa
mécanique (détection optique) et la restitution pneumatique est cent
foit plus précise que ne le nécessiterait la morphologie humaine, donc
proche d'une certaine perfection. Il en va de même d'instruments à
architecture simple (percussions), ça se relativise ensuite pour les
instruments à expressivité propre et évolutive.
À mettre en face de la remarque pédagogique de Bach concernant
l'exécution de musique au clavier : « il suffit d'enfoncer la bonne
touche au bon moment » :-) (et de la relâcher !) à lire en fonction de
ce qu'étaient les claviers à son époque...
--
Gérald