A l'occasion de la parution de son polar < Rennes-le-Château - Tome sang >,
Éric Maneval (< Eaux >, éditions de l'Agly 2000, < Retour a la nuit >,
éditions Écorce - Prix lycéen du polar d'Aubusson 2011) répond a quelques
questions.
- Auteur de romans noirs tu t'attaques aujourd'hui au < trésor de
Rennes-le-Château >. En quoi cette histoire évoque-t-elle un polar ?
A premiere vue, nous sommes, avec Rennes-le-Château, assez éloignés des
codes du polar. Nous serions plutôt dans le roman gothique, le fantastique
ou le thriller ésotérique. Difficile de percevoir ce qui est en jeu,
difficile d'établir des faits solides pouvant etre utilisés pour bâtir une
intrigue, un suspense, autre chose qu'une suite de spéculations autour de
sociétés secretes gardiennes de révélations telles que les exposent le < Da
Vinci code > et ses avatars. En revanche, une fois qu'on baigne dedans
(puisque j'ai habité la région pendant dix-sept ans) et qu'on est parvenu a
préserver un minimum de santé mentale et de capacités de jugement, on peut
aborder l'histoire sous un angle typiquement < polardeux >. On s'aperçoit
que la plupart des protagonistes de cette affaire se révelent etre de
parfaits personnages de roman noir : des faussaires, des mythomanes, des
assoiffés d'or, de purs escrocs, des femmes vénéneuses, des manipulateurs et
des naifs. Bref, les memes personnages que l'on peut trouver dans une bonne
série noire.
- Le trésor de Rennes-le-Château a inspiré Dan Brown pour son < Da Vinci
code >. A te lire, cette histoire a le chic pour rendre fou qui s'en
approche. Comment l'expliques-tu ?
Avant de l'expliquer, je l'ai constaté lorsque j'y résidais. Mais meme
encore, en habitant depuis bientôt dix ans a Marseille, je continue a
rencontrer, par mon activité de bouquiniste, des gens hantés par cette
histoire. Dans < Rennes-le-Château - Tome Sang >, je donne plusieurs
éléments explicatifs mais je n'ai pas de théories. Il semblerait que l'ensemble
des éléments qui constituent le mythe de Rennes-le-Château agissent comme un
tourbillon mental, un trou noir qui compresserait la raison du béotien.
Celui-ci commence a chercher. Il s'oriente soit vers l'hypothese d'un trésor
sonnant et trébuchant, soit vers celle d'une vérité transcendantale que
symboliserait ce trésor. Il se documente (plus de 780 livres ont déja été
écrits sur le sujet !). Ensuite, tout va dépendre de sa capacité a ne pas
aller trop loin. Il y a un point de non-retour, une étape qui, une fois
franchie, empeche le < chercheur > de pouvoir expliquer l'objet exact de sa
quete a ses proches, mais aussi a lui-meme. Il n'a plus alors qu'a fuir en
avant dans le labyrinthe et clamer que la sortie est proche.
- Tu sembles pour ta part aborder cette affaire sous l'angle du surréalisme.
Oui. Ma culture est plutôt littéraire. On peut aborder le < phénomene
Rennes-le-Château > de plusieurs manieres : historique, symbolique,
psychiatrique. Mais moi, ce qui m'a toujours marqué dans cette histoire, c'est
que c'est un formidable roman. Je reste encore fasciné par la puissance de
ce mythe, meme en connaissant les dessous prosaiques de l'histoire. Un
élément qui m'a permis de garder la raison est de savoir que l'écrivain
Gérard de Sede (qui fit découvrir Rennes-le-Château au grand public a
travers son ouvrage < L'or de Rennes > en 1963) avait fait partie d'un
groupe surréaliste a Toulouse, dans les années 40. Il publia meme un texte
intitulé < L'incendie habitable >. (De Sede sera également résistant et bien
d'autres choses.) Je connais assez bien l'histoire du surréalisme et reste
absolument passionné par ce surréaliste de province publiant ses poemes en
pleine occupation. Cela exige a mes yeux une forte détermination dans l'idée
de littérature, quelque chose que j'admire. A cet égard, je ne peux m'empecher
de considérer son ouvrage consacré a Rennes-le-Château comme forcément
empreint de cette furie surréaliste.
- Hormis les personnages historiques, les individus que tu mets en scene
sont-ils réels ou ne s'agit-il que de personnages de roman ?
Les personnages sont totalement inventés et les situations imaginaires. Seul
le narrateur (et son associé) sont réels puisque, le narrateur, c'est moi
(et mon associé, c'est lui). Pour le reste, les personnages sont des <
archétypes >, des caracteres composites, chacun empruntant un peu aux
innombrables passionnés de Rennes-le-Château. En utilisant une métaphore
cinématographique, lorsque que nous entrons dans une chambre d'hôtel
inconnue, nous savons qu'il y a des objets mais tant que nous n'avons pas
allumé la lumiere, nous ne les voyons pas, ils sont imaginaires. Nous
allumons, ils deviennent réels. Avec Rennes-le-Château, nous passons sans
cesse de l'obscurité de l'énigme a la lumiere de la révélation. Mais rien ne
bouge : ni l'église, ni les montagnes, ni le cimetiere. Tout cela pour dire
que mon histoire est une fiction, c'est-a-dire une combinaison romanesque de
situations et de personnages imaginaires, bien qu'elle s'appuie sur des
éléments bien réels, des objets qui restent les memes qu'ils soient dans la
lumiere ou l'obscurité. J'espere etre parvenu a ce que le lecteur, qu'il
soit initié ou béotien dans cette histoire, perçoive a travers cette fiction
< policiere > une représentation solide de la réalité.
- On apprend dans ton ouvrage que Noël Corbu, le restaurateur qui a bâti le
mythe du trésor de Rennes-le-Château, était lui-meme auteur de polar !
Peux-tu nous en dire plus ?
Oui ! De meme que feu Jean-Pierre Deloux, un des principaux critiques du
polar moderne, était un passionné de Rennes-le-Château, lui consacrant un
essai. Pour Noël Corbu, il faut imaginer un type qui, en 1943, dans
Perpignan occupé, publie un polar : < Le mort cambrioleur >. Un pur suspense
a la mode anglaise sans grande qualité. (Meme si, par ailleurs, c'est a ce
jour un des polars que j'ai vendu le plus cher dans mon activité de
bouquiniste.) Et la, il y a un parallele tres amusant. Deux des principaux
instigateurs de ce qui allait devenir < l'affaire de Rennes-le-Château >,
Gérard de Sede et Noël Corbu donc, ont fait ouvre littéraire malgré l'occupation.
Je me plais a penser que mon livre se situe sous ce double patronage. L'histoire
du polar devra aussi reconnaître que, sans ce petit restaurateur auteur d'un
unique livre qu'était Noël Corbu, Dan Brown n'aurait jamais pu écrire son Da
Vinci code.
< Rennes-le-Château - Tome Sang >
Éric Maneval
Collection Polars&Grimoires - < Enquete sur la LÉGENDE >, Éditions Terre de
Brume)
(ISBN : 9978-2-84362-483-4)
De toutes les légendes de trésor, celle de Rennes-le-Château est la plus
belle. Car elle est vraie ! C'est du moins ce que pensent les milliers de
visiteurs a affluer chaque année dans le village de l'abbé Sauniere. <
RLC > - pour les initiés - aura meme inspiré Dan Brown et son < Da Vinci
code >.
Mais quelle fabuleuse découverte aurait faite le curé, un siecle passé ? Le
butin des Wisigoths ou l'or des Templiers ? L'héritage des cathares ou la
filiation de Jésus ?
Quand Luc Schaeffer et Aurore Saintal - a peine débarqués de Bretagne -
décident de s'installer en terre audoise, ils ignorent tout du < grand
secret > planant sur la vallée. Lui, l'ancien baroudeur, elle, l'étudiante
en psycho dépressive, n'ont qu'un but : démarrer une nouvelle existence.
Deux ans plus tard, Aurore - enceinte - a disparu. Luc va apprendre que le
mystere de Rennes-le-Château est bien peu de chose en comparaison de la
malédiction frappant qui s'en approche. Seul sur le pic de Bugarach, il
songe a ceux qui veulent le faire taire et empecher l'humanité d'accéder a
la vérité. Face a eux, il ne lui reste que la foi en son amour perdu. Et la
dynamite !
Sous l'oil du narrateur, petit libraire et curieux homme. Qui a tout vu.
Tout entendu.
Extrait a :
http://www.polarsetgrimoires.fr/pdf/rlcextrait.pdf
Plus d'informations a :
http://www.polarsetgrimoires.fr/
Polars&Grimoires - < Enquete sur la LÉGENDE >, une collection de Renaud
Marhic
publiée par Terre de Brume. Diffusion-distribution : Hamonia Mundi livres.