Hier, dans train, alors que je lisais le dernier album d'Asterix, je me suis
fait interpeller par plusieurs voyageurs qui m'ont demand� mon avis sur
l'oeuvre (impressionnant comme Asterix est populaire !), plusieurs m'ont dit
qu'ils avaient eu des retours n�gatifs sur la qualit� du sc�nario. Ayant 35
ans, j'ai un regard beaucoup plus critique sur la qualit� des derniers
albums sortis pour Ast�rix que quand j'�tais gamin ou j'�tais vraiment fan.
Je ne pense pas �tre devenu plus exigeant, mais il n'y a pour ainsi dire
aucun sc�nario dans le dernier et celui d'avant (Le ciel leur tombe sur la
t�te) a carr�ment d�natur� la s�rie en y int�grant des extraterrestres. On
peut lire sur le web qu'Uderzo est tr�s exigeant sur la qualit� de l'�quipe
qui l'entoure et qui lui succedera pour les prochains albums mais je vois
mal comment on pourrait faire pire. Je commence � me demander que si Ast�rix
est aussi populaire, c'est d'abord gr�ce au parc d'attraction, puis aux
films et enfin aux premiers albums de la s�rie, en tout cas, bien avant
2000... Mais certainement pas gr�ce aux derniers albums de la s�rie qui
n'ont grand chose � voir avec l'esprit initial.
Bonne journ�e,
Pierre
La r�ponse est simple: Goscinny. C'�tait un humoriste de g�nie, point.
Issu d'un milieu ashk�naze, il ma�trisait � fond les techniques du
fameux humour juif d�crites par l'autre g�nie juif de la bande dessin�e,
Will Eisner, dont le fameux Schlemiel qui, dans Ast�rix, est "jou�" par
Jules C�sar et dans Lucky Luke par Joe Dalton.
Dans Ast�rix, il a transpos� la figure am�ricaine du super-h�ros -
invent� et popularis� �galement par des auteurs ashk�nazes comme Jerry
Siegel, Joe Shuster, Bob Kane, Stanley Lieber (Stan Lee), Jacob
Kurtzberg (Jack Kirby), etc. - dans la Gaule antique et sur le mode
comique.
Le village d'Ast�rix, hommage � la France combattante sous l'occupation
nazie, doit sa force de r�sistance � la fameuse "potion magique" dont
nous ne connaissons pas la recette (il semble qu'il s'agisse d'une
simple soupe), mais dont nous pouvons penser qu'il s'agit de la force
qui a fait tenir le peuple juif durant toutes ses �preuves: la foi. Que
cette potion soit pr�par�e par la figure sacerdotale du vieux sage
Panoramix (celui dont le regard voit toute l'�tendue de la situation)
nous autorise � l'interpr�ter dans ce sens.
--
Jazz up your life!
Jazzez-vous la vie!
http://rvgmusic.bandcamp.com/
http://rvgjazznstuff.jamendo.net/
"La premi�re arme de la R�sistance c'est l'information." Lucie Aubrac
> Dernier Astérix, qui n'est pas déçu ?
Bonjour. Sur la question "qui n'est pas déçu" : pour être déçu, il
aurait fallu que j'en attende quelque chose et que je le lise. Or je
n'en attend plus rien et je ne le lirai pas. Pourquoi ? Tout
simplement parce qu'en bandes dessinées, il y a plein d'autres choses
beaucoup plus attirantes, et que la médiocrité des albums d'Astérix de
la dernière décennie (au moins) m'ont découragé.
> On peut lire sur le web qu'Uderzo est très exigeant sur la qualité de
> l'équipe qui l'entoure et qui lui succedera pour les prochains albums
> mais je vois mal comment on pourrait faire pire.
Je suppose (sans preuve) que "l'équipe qui l'entoure", ce doit être le
studio de dessinateurs et coloristes, mais que pour les scénarios
c'est bien Albert Uderzo qui s'y colle. Or ce n'est pas un très bon
scénariste. Il a pu faire illusion sur certains albums (Le Grand Fossé
par exemple) parce qu'à fréquenter Charlier puis Goscinny on en prend
forcément de la graine, parce qu'avec une bonne idée de départ il se
débrouille plutôt bien, mais souvent ça manque de grâce, de malice,
d'intelligence... Certains scénarios récents sont carrément
consternants.
> Je commence à me demander que si Astérix
> est aussi populaire, c'est d'abord grâce au parc d'attraction, puis aux
> films et enfin aux premiers albums de la série, en tout cas, bien avant
> 2000...
Bien sûr Astérix a été une excellente série. Devant un album comme "Le
Domaine des Dieux" par exemple, tout auteur de BD doit se sentir tout
petit... Mais c'était plus que ça, un phénomène de société. Le village
gaulois qui "résiste encore et toujours à l'envahisseur", cela avait
un écho très fort dans une France d'après-guerre qui glorifiait la
résistance et occultait la collaboration. Astérix abordait des thèmes
adultes, politiques, en permanence. La popularité d'Astérix à cette
époque, elle est à rechercher dans son intelligence. Sa popularité
aujourd'hui, c'est de la nostalgie ou du conformisme.
--
Mathias Rocher
bis repetita placent, comme on dit vulgairement.
> Issu d'un milieu ashk�naze, [...]
Par contre le reste de ton analyse est vaseuse.
Goscinny �tait au del� de ce genre de contingence
Cela me parait vaseux aussi. Et d'une façon générale, expliquer
l'oeuvre d'un artiste uniquement par ses origines culturelles,
nationales, religieuses, etc. cela me parait douteux. La première fois
que j'ai entendu avancer cette interprétation bizarre d'Astérix,
c'était par Joseph Sitruk, un rabbin... Je sais que dans la tradition
juive on peut mettre en doute ce que disent les rabbins, n'étant pas
juif je pense que je peux dire également que c'est tiré par les
cheveux. Qu'il y ait une part culturelle d'"humour juif" dans Astérix,
peut-être, c'est difficile à prouver et Goscinny à ma connaissance ne
le revendiquait pas (détrompez-moi si j'ai tort), en tout cas pas du
tout à la manière d'un Will Eisner dont les histoires, assez
réalistes, sont ancrées dans un New York qu'il connait bien et en
particulier dans la communauté juive New-Yorkaise (mais pas seulement
non plus). Quant aux super-héros, on en avait discuté déjà je crois.
Il faudrait fouiller dans les archives de frab.
--
Mathias Rocher
Au lieu de �a, j'ai vu Ob�lix en baggy faire des tags en latin donc
j'ai ferm� la BD.
Enfin, faut dire je m'attendais pas � grand chose, mais tout de m�me..
--
Kevin
[Cut]
Bonjour
Si le grand foss� � pu faire illusion, le reste doit �tre catastrophique...
Petit (vers 10 ans) je ne comprenais pas pourquoi le grand foss� me
plaisait moins que les autres. Je trouvais bizarre le personnage de
Hareng Saur et les Romains qui changeaient de tailles. C'est bien plus
tard que j'ai compris que ce cot� "fantastique" �tait du � l'absence de
Goscinny.
Uderzo voulait peut �tre dessiner un monde qui tend vers l'h�roique
fantaisy ("je savais bien qu'il y avait un dragon !") et varier son
style avec des mangas, mais �a se fait trop au d�pend du sc�nario.Le
seul �l�ment de magie �tait la potion dans Ast�rix, (avec quelques
effets secondaire dans le combat des chefs) et �a suffisait largement
pour �crire une histoire.
Lucky Luke � le m�me d�faut, avec l'ajout de fant�mes...
Du coup mes enfants d�couvrent la BD via les �pisodes avec Goscinny, je
n'ai pas les autres...
MC
> Bonjour,
>
> Hier, dans train, alors que je lisais le dernier album d'Asterix, je me
> suis fait interpeller par plusieurs voyageurs qui m'ont demand� mon avis
> sur l'oeuvre (impressionnant comme Asterix est populaire !), plusieurs
> m'ont dit qu'ils avaient eu des retours n�gatifs sur la qualit� du
> sc�nario. Ayant 35 ans, j'ai un regard beaucoup plus critique sur la
> qualit� des derniers albums sortis pour Ast�rix que quand j'�tais gamin
> ou j'�tais vraiment fan.
Comme Mathias, n'attendant rien de cet album cela m'�vite d'�tre d��u.
Goscinny est mort en 77, il y a 32 ans, et depuis cette �poque les
sc�narios sont de plus en plus minables.
La seule �chappatoire pour Uderzo (qui *�tait* bon dessinateur et
mauvais sc�nariste) est depuis longtemps d'aller de plus en plus loin
dans l'outrance, le viol des tabous institutionnelles de la s�rie, et le
recyclage de personnages secondaires de l'age d'or pour tenter de
renouer des liens affectifs avec un pass� bien r�volu.
Pour moi depuis de nombreuses ann�es la sortie de chaque nouvel Asterix
est une souffrance, une gifle cynique � la m�moire de Goscinny qui est
toujours instrumentalis� comme caution morale pour pr�senter des
produits qui lui feraient honte.
> On peut lire sur le web qu'Uderzo est tr�s exigeant sur
> la qualit� de l'�quipe qui l'entoure et qui lui succedera pour les
> prochains albums
Uderzo a clairement des exigences de qualit�, en ce qui concerne le
marketing. Pour le reste je suis sceptique. Est-il devenu gateux? Est-il
motiv� par l'appat du gain? Se croit-il sinc�rement brillant? Myst�re.
> La seule �chappatoire pour Uderzo (qui *�tait* bon dessinateur et
> mauvais sc�nariste)
Uderzo est toujours un bon dessinateur, il n'encre plus ses dessins mais ses
crayonn�s sont beaux.
Par contre il n'a jamais �volu� en tant que dessinateur, il a trouv� son
style et ne l'a pas fait bouger contrairement � Franquin qui �tait en
recherche perp�tuelle sur son trait.
C'est dommage parce qu'il �tait un des rares dessinateurs excellent aussi
bien en r�alisme qu'en humoristique, il suffit de voir ses planches de
Tanguy et Laverdure pour s'en convaincre.
--
Pascal
http://p.dufournet.free.fr/blog
Il est surtout plus probable que Goscinny, ayant vécu en Argentine,
ait connu certaines BDs locales pendant son enfance, notamment la
populaire "Patoruzú" (http://en.wikipedia.org/wiki/Patoruzu) qui
raconte les aventures d'un Indien doué d'une force extraordinaire (et
qui a existé avant la vague des super-héros).
---
Thomas
http://rocambolebijou.over-blog.com/
>> La seule �chappatoire pour Uderzo (qui *�tait* bon dessinateur et
>> mauvais sc�nariste)
>
> Uderzo est toujours un bon dessinateur, il n'encre plus ses dessins mais ses
> crayonn�s sont beaux.
En �crivant, j'ai un peu h�sit� avant de changer mon "est" initial en
"�tait".
Mais � la r�flexion je me suis dit que si les crayonn�s sont beaux
(c'est notoire) ils sont n�anmoins inaccessibles au commun des lecteurs
via les albums.
Aujourd'hui c'est le triomphe de photoshop: travail �conomique, esbroufe
facile, effets gerbants, et toujours toujours la m�me chose, sans la
moindre inventivit�.
Au point que dans le dernier album, je me suis d�couvert une r�elle
indulgence pour les planches color�es � la main, ind�pendamment du sc�nario.
Voir http://www.story-bd.com/images/tirages/Asterix_33TL.jpg
Pierre
> C'est dans celui-lᅵ qu'un des personnages est inspirᅵ de Chirac ?
> ᅵa doit faire presque 10 ans que je n'ai pas ouvert un Astᅵrix, mais
> souvenir sont assez vagues...
C'est l'enarque (ᅵcole nouvelle des affranchis si je me souviens bien)
qui ruine Cᅵsar en spᅵculant sur le menhir, dans Obelix et Cie.
--
Pascal
http://p.dufournet.free.fr/blog
Non, ça c'est dans _Obélix et Compagnie_, excellent aussi d'ailleurs.
Pour se raffraichir la mémoire sur _Le Domaine des Dieux_, un
excellent dossier sur le site du9:
http://www.du9.org/Domaine-des-Dieux-Le
--
Mathias Rocher
> Petit (vers 10 ans) je ne comprenais pas pourquoi le grand foss� me
> plaisait moins que les autres. Je trouvais bizarre le personnage de
> Hareng Saur et les Romains qui changeaient de tailles. C'est bien plus
> tard que j'ai compris que ce cot� "fantastique" �tait du � l'absence de
> Goscinny.
oui mais non, car Goscinny a �galement trait� de "fantastique" (�
commencer par la potion magique) mais sans que le proc�d� narratif du
fantastique soit une fin en soi et remplace l'intrigue, comme c'est le
cas effectivement dans le Grand Foss� o� ce passage qui traine en
longueur n'a d'autre but que de faire du remplissage sans int�r�t.
Par contre sur un th�me tr�s proche et qui passe tr�s bien, souvenons
nous du Combat des Chefs et de ce malheureux l�gionnaire qui en voit de
toutes les couleurs et qui s'�chappe du village par la voie des airs.
Voil�, c'est le probl�me de vouloir en faire "toujours plus". La potion
magique suffit comme postulat (avec aussi la potion pour r�duire les
marmite en poudre, et celle pour sortir les frites de l'huile
bouillante). Elle fait partie de l'histoire, comme chez Lucky Luke le
fait qu'il tire plus vite que son ombre (sinon se serait Blueberry ou
Durango, mais pas lucky luke).
Le probl�me d'Uderzo, c'est d'en rajouter, pour faire du remplissage ou
par manque d'id�e (le rajeunissement de spartacus, la statue de sel, le
dragon, E.T....)
Mais a priori tout le monde est d'accord dans le forum :-)
Bonne soir�e
MC
+1
Il suffit de voir tout ce qu'a fait Goscinny � c�t� d'Ast�rix (en tant
qu'auteur ou r�dacteur en chef de Pilote), et c'est souvent excellent, et
surtout tr�s cr�atif.
Les albums d'Asterix sc�naris�s par Goscinny �taient truff�s de d�tails �
plusieurs niveaux de lecture, ce qui les rendait tr�s riches.
Ce qui remarquable aussi c'est que la forme d'humour pratiqu�e par Goscinny
a non seulement tr�s bien vieilli mais sert encore de mod�le � pas mal
d'humoristes d'aujourd'hui.
--
pehache
http://pehache.free.fr/public.html
"Les messageries instantan�es c'est extr�mement pratique sur un plan
professionnel" (Cumbalero, MSN-user, dans fcold)
Goscinny avait fait ses classes au magazine Mad aux USA. Ca aide.
http://www.bdparadisio.com/intgosc.htm