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Militarisation des enseignants, et contes de fées hégémoniques.

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genevrier

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Mar 9, 2009, 6:36:10 AM3/9/09
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Militarisation des enseignants, et contes de fées hégémoniques.

400 ans après l'affaire Copernic et l'affaire Galilée, le conflit n'a
pas changé de nature, si les acteurs se sont renouvelés depuis.
En ce temps-là de Contre-Réforme, fin 16e siècle, début 17e, l'église
catholique romaine se considérait toujours comme le supérieur
hiérarchique de tous les enseignements autorisés. La plus grosse vague
de défaites rapides, qui ont permis aux scientifiques naissants de
rabattre les prétentions de ladite église romaine, a déferlé au long du
19e siècle.

De nos jours non plus, il ne fait pas bon dénoncer publiquement des
impostures et contes de fées hégémoniques. Quoique ne disposant plus de
bûchers ni de tribunaux d'église, ni de l'autorisation légale de
torturer ouvertement, mais parfois encore de fatwas et d'assassins, les
impostures localement hégémoniques entendent bien demeurer localement
hégémoniques, et aspirent toujours chacune à l'hégémonie universelle.

A peu d'exceptions près - les trois groupes d'exceptions connues sont le
fait de Muhammad, de Calvin et de Lénine, dictateurs l'un à Yathrib,
l'autre à Genève, le troisième à Pétrograd puis à Moscou, tous trois
prophètes armés - la répression au profit de l'imposture hégémonique est
le fait des héritiers. Les héritiers défendent leurs privilèges hérités,
leur pouvoir hérité, dont la légitimité repose sur des impostures.

De nos jours, un professeur de sciences n'est pas lui-même scientifique :
il n'a jamais créé de science lui-même, il ne sait pas comment ça se
fait, il n'a jamais agi en irrespect des contes de fées hégémoniques. Il
hérite des professeurs précédents, il hérite des manuels précédents,
qu'il recopie. Il hérite des erreurs de ses aînés, qu'il recopie. Il
hérite des rumeurs hégémoniques, des bouche-à-oreille qui circulaient
chez ses devanciers. Plus personne excepté les historiens, ne lit les
mémoires originaux.

Un des "clous" les plus célèbres de l'imposture de l'enseignement pour
l'enseignement, a été révélé par Richard Feynman. Parti enseigner un an
au Brésil, il conclut par une conférence, où il commença par un bel
éloge des sciences, puis vint la douche "mais je suis au regret de vous
apprendre qu'on n'enseigne pas les sciences au Brésil, on enseigne à
devenir professeur de sciences". Puis il détailla l'imposture d'un des
manuels en usage localement : sur tout le manuel, une seule expérience
est montrée aux élèves, un tableau des temps relevés à différentes
abscisses d'une chute de bille sur un plan incliné. Sauf que ce tableau
est bidonné, ne correspond pas à une mesure réelle, mais a été inventé à
partir d'un calcul erroné : tous les temps sont trop courts dans un
rapport 5/7, car l'auteur avait juste oublié l'inertie de la bille en
rotation.

Et pourquoi l'enseignement des sciences au Brésil devint-il ainsi fou à
lier, en plein déni de réalité ? Parce que l'industrie brésilienne
n'ouvrait pas de débouchés aux lauréats, que le seul débouché était de
devenir professeur de sciences à son tour, d'où la dérive scholastique,
où les mots s'empilaient sur les mots, dégagés de toute contrainte
expérimentale. Il n'existait plus d'épreuves de réalité dans cet
enseignement, il n'existait plus que la militarisation la plus standard,
où les bleus obéissent aux gradés. Point. Aussi bien l'enseignement
public que l'armée sont payés par l'impôt. Aucun client mécontent ne
peut voter avec son portefeuille en allant payer ailleurs. Une armée qui
vivait dans ses délires en circuit fermé, est brutalement ramenée à la
réalité par la guerre qu'elle perd, et qui la décompose. Ainsi s'est
décomposée l'armée française en 1940, au terme de son délire fermé "Le
front continu pourvoira à tout". Un enseignement qui vit dans ses
délires en circuit fermé, dure autant que les impôts : c'est la nation
entière qu'il entraîne dans sa chute.

Les impostures hégémoniques en sciences humaines, je renonce à les
compter, il y en a beaucoup trop. En sciences dures, j'en connais
personnellement trois ; on m'a déjà vu agir contre deux d'entre elles,
et en payer chèrement le prix. J'ai connaissance d'une quatrième
probable, que je ne suis pas en compétence de réfuter ni de vérifier
("Le red-shift mesure l'éloignement des galaxies").
Les répressions au profit de ces impostures hégémoniques, que ce soit en
sciences dures ou en sciences molles et leurs auras, je renonce à les
compter : elles sont la règle générale. Et toujours, cette répression
contre les scientifiques imprévus est le fait d'héritiers, qui n'ont
rien créé par eux-mêmes.

L'affaire Galilée est donc toujours d'actualité.

L'éthique scientifique de la connaissance, et l'éthique démocratique ont
partie liée, sur un point essentiel :
En droit démocratique, le droit n'est en dernier ressort à personne.
Alors qu'en terre de droit théocratique, le droit appartient en dernier
ressort aux dieux, c'est à dire en pratique aux grands prêtres
interprètes des dieux. En terre de droit coutumier, le droit appartient
en dernier ressort aux morts, c'est à dire en dernier ressort aux
interprètes des morts.
En sciences, le droit d'expérimenter, et de réfuter et prouver fausses
des thèses existantes, même hégémoniques, n'est la propriété réservée de
personne. En enseignement, fut-il des sciences, l'enseignant est
suffisamment conditionné et militarisé pour être contraint à recopier
ses devanciers. Le droit réellement pratiqué en administration de
l'enseignement, est un droit coutumier. Lui aussi, il a ses tribunaux à
huis clos, ses dossiers remplis de faux en écriture, ses documents
secrets interdits à tout examen contradictoire, ses faux témoins à
gages... Il faut le voir pour le croire, le niveau de corruption dans
cette administration. Il ne faut point s'ébahir du résultat.

Mario Bunge dans sa Philosophie de la physique (traduction au Seuil),
avait bien tenté de faire passer l'enseignement de la quantique du droit
coutumier vers le droit positif écrit, en demandant que les physiciens
acceptassent d'écrire leurs jeux d'axiomes, y compris les axiomes
sémantiques, les "ceci désigne..." Bunge a prêché dans le désert. Il n'y
a toujours aucun axiome sémantique écrit par aucun des grands prêtres
qui se recopient les uns les autres dans l'enseignement de la quantique.
Ils ont bien flairé là le danger pour leurs contes de fées hérités...

La pratique scientifique peut encore se piloter assez bien en exactitude :
il suffit toujours de quelques semaines pour prévenir tous mes collègues
d'une erreur que j'ai commise et que je rectifie. Au 19e siècle, je
n'avais à prévenir que quelques dizaines de collègues de la
rectification de mon erreur, maintenant ils se comptent par milliers,
mais les délais de communication par l'écrit sur papier sont
comparables.
Le monstre [sciences + enseignement des sciences] ne peut plus être
piloté en exactitude : quand la bourde est imprimée à des millions
d'exemplaires, et enseignée partout, elle dispose de la même
sacralisation, de la même inertie, et des mêmes moyens de répression que
n'importe quelle autre ineptie imprimée dans des Bibles ou n'importe
quel Coran.

--
La science diffère des autres modes de transmission des connaissances:
nous croyons que les experts sont faillibles, que les connaissances
transmises peuvent contenir des fables et erreurs, et qu’il faut prendre
la peine de vérifier, par des expériences.
http://quantic.deonto-ethics.org/

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