Le 12/05/2013 01:11, lionmarron a �crit :
>
> Je n'ai pas trop envie de me lancer dans un d�veloppement sur ce sujet.
Ce n'est pas parce qu'on n'est plus vendredi qu'on doit tuer tous les
trolls en place.
> De mon point de vue un bon pr�texte pourrait �tre de donner � quelqu'un
> ayant les comp�tences requises l'id�e de faire une police avec
> soulignement.
En MEATAFONT, je pense que j'avais les comp�tences et j'ai eu l'id�e,
ne serait-ce qu'� titre d'exercice. Ce n'est donc absolument pas un
probl�me de comp�tence ou d'id�e, c'est un probl�me que je ne veux pas
passer du temps � proposer quelque chose de consid�r� comme sinon
horrible pas trop loin de l'horreur.
> Enfin ici, je suis pas s�r que ce serait l'endroit appropri�.
Si si. C'est tout � fait l'endroit appropri�, on est en plein dans la
charte de fctt. Aucun probl�me � ce niveau.
>> Le soulignement n'est pas franchement r�put� pour am�liorer
>> le confort de lecture (et je manie l'euph�misme � la truelle).
>
> Je pense le contraire. De mon point de vue il s'agit donc d'un pr�jug�
> typographique.
Il est possible que votre point de vue soit erron�. Non ?
M�me si je ne suis pas typographe de formation et m�me si je ne
pr�tend absolument pas � une expertise bien forte dans ce domaine, c'est
quand m�me un sujet qui me passionne depuis suffisamment de temps pour
que je m'octroie le droit d'en parler sur fctt. Maintenant si des
personnes m'apportent des arguments solides contre une th�se que
j'avance, je serais r�ellement ravi de les lire.
La typographie n'est pas une affaire de go�t personnel. Votre point
de vue p�se assez peu sur des connaissances accumul�es depuis 500 ans
(et m�me plus si on accepte de remonter au-del� de Gutenberg. Lorsque je
parle d'argument solide ce sont des �tudes (s�rieuses), une citation
d'un livre d'un typographe, ce genre de choses.
Je me force donc � appliquer � moi-m�me cette obligation :
- r�gles typographiques � l'IN : on n'en parle pas du tout. On parle
de l'italique (tr�s peu du gras, visiblement, ils n'aiment pas trop le
gras, jamais du soulignement)
- Le Ramat de la Typo : il en parle dans les symboles de correction
d'�preuve mais c'est obligatoirement � la main (don �videmmennt jamais
sur une �preuve finale ;-) ). Autrement il dit que cela existe dans
Word. Et c'est tout. En revanche un chapitre de 9 pages est consacr� �
l'italique.
- Tschichold est plus pr�cis puisqu'il parle de l'italique, du
romain, des petites capitales et du demi-gras pouvant entrer en ligne de
compte pour faire des distinctions de mots dans le texte. Il y a ensuite
une longue discussion sur les avantages et inconv�nients de l'italique
et des petites capitales qui se termine en disant que le demi-gras ne
devrait finalement �tre employ� que pour les lexiques, les titres � Leur
fonction est de capter le regard, non de les diff�rencier. �
- The Elements of Typographic Style de Bringhurst propose boldface
53-56, 103-105 et italic 53-60, 74, 103, 112, 125-125, 137, 265, 275,
327 dans son index (on voit d�j� le poids important de l'italique par
rapport au gras) et rien de rien de que pouic pour underline. Il dit ce
que disait aussi le Tschichold : le gras est une invention du XIXe
siecle et le gras italique est encore plus r�cent : avant on se passait
tr�s bien de ces variations. Il temp�re imm�diatement en disant que le
gras et le demi-gras ont quand m�me leur utilit� (item d'une liste,
titre, mots devant �tre compos� en clair sur un fond sombre). Il est
enfin plus coulant que Tschichold en permettant l'emploi du gras avec
parcimonie sur des mots particuli�rement importants. Rien de rien sur le
soulign�.
- Mise en page de Perrousseaux. Sur le chapitre des attributs du
caract�re typographique, on retrouve encore les m�me �l�ments.
L'italique et le gras avec parcimonie (pour les titres). � Dans le texte
courant le gras sert � mettre en valeur un mot ou un groupe de mots
*d'une fa�on forte*. Sa r�p�tition nuit � son efficacit�, il ne faut
donc pas en abuser �. Comme le Perrousseaux est un livre de typo plut�t
pour d�butants, il insiste un peu plus loin. Premier passage : � En
typographie, vous avez � votre disposition [pour mettre en �vidence un
mot ou un groupe de mots] : les guillemets, l'italique, le demi-gras ou
le gras. � Et un peu plus loin pour enfoncer le clou : � Dans un texte
de lecture continue [...] l'enrichissement typographique n'a jamais
utilis� les capitales et le soulign�. Ce sont (ou plut�t c'�tait) les
moyens rudimentaires dactylographiques �
- le langage de la Typographie de Hill parle (page 41, variations
typographiques) de la graisse, de l'italique et des petites capitales et
pr�cise que leur emploi doit �tre r�fl�chi. Toujours rien sur le
soulignement.
- Le Manuel Complet de Typographie de Felici chapitre 5 Emploi des
polices de caract�res : notions �l�mentaires. Encore et toujours pareil.
Si on parle de mettre en �vidence un mot dans un texte continue,
l'italique est tr�s largement pr�f�rable au gras. Le gras sert pour les
titres ou les mots ayant une valeur tr�s forte du type consigne de
s�curit�. Felici s'appuie sur des �tudes de lisibilit� pour affirmer
qu'un mot en gras dans un texte contrarie l'�il. En dehors de l'italique
et de la graisse, Felici parle de l'�troitisation, du changement de
fonte (typiquement pour des titres ou bien pour composer des travaux
sp�ciaux tels qu'une affiche publicitaire), de la couleur et de
l'inversion des couleurs de fond et de texte. Rh��� toujours pas de
soulignement :-)
Voil�, je viens de passer une bonne heure (fort agr�able) � relire
rapidement quelques livres de ma biblioth�que pour essayer d'�tayer un
peu le fait que le soulignement devait �tre �vit�. Pour l'instant, mon
argument est que strictement aucun livre de typographie de ma
biblioth�que ne parle de cette possibilit� (ou pour dire qu'elle n'a
jamais exist�). On peut ergoter mais il me semble que l'argument est un
tantinet plus s�rieux qu'un � de mon point de vue, le soulignement c'est
acceptable �.
> Par ailleurs, ce n'est pas tout � fait le sujet mais je me souviens
> d'innombrables textes imprim�s (pas forc�ment tr�s anciens) o� il
> n'�tait pas possible de distinguer le gras du non-gras (les variations
> al�atoires de la charge d'encre l'emportant sur le reste). Evidement je
> ne peux pas citer de r�f�rence de m�moire.
Donc c'est obligatoirement un livre datant au moins du XIXe :-)
Je peux vous citer (et c'est tr�s clairement dans ma m�moire) des
livres fait avec Word ce qui n'emp�che pas les �diteurs qui les ont
pondu d'oser les vendre. Je ne vais pas donner de nom mais un des tous
premiers �diteurs que j'avais contact� pour �diter le TeXbook en
fran�ais m'avais demand� de traduire la chose en Word. L'exercice avait
consist� � ne pas �clater de rire.
Le fait que des livres soient des torchons n'est pas un argument pour
justifier qu'il faut faire comme eux. D'autre part, comme mes multiples
citations l'ont montr�, le gras dans un texte au long est tr�s loin
d'�tre une panac�e. Enfin, si je ne me souviens pas de livre o� le gras
et le normal soit mal distinguable (mais je suis certain que �a existe),
je me souviens encore moins de livre qui utilisaient le soulignement.
> Je peux pas non plus d�velopper par des explications techniques
> pointues, mais autant que j'ai pu comprendre cela ne concerne pas les
> proc�d�s d'impression les plus modernes (c'�tait peut-�tre l'offset mais
> je suis pas s�r).
Le soulignement aurait pos� des probl�mes techniques tr�s importants
et sans doute non r�solubles... d�j� que les imprimeurs de l'�poque
n'aimaient pas les longs traits fins (car tr�s fragiles) mais en plus,
s'il avait fallu les placer sous des caract�res !
Maintenant, le gras n'existait pas non plus � l'�poque glorieuse de
la typographie au plomb (ou du moins durant sa quasi compl�te existence)
et on s'en sert maintenant de fa�on courante. L'argument n'est pas tr�s
fort si cela doit expliquer la non acceptation du soulign�.
En un mot comme en mille : le soulign� n'apporte rien d'un point de
vue s�mantique (dans un texte typographie) et perturbe la lecture.
Avantage z�ro, inconv�nient non nul. Sort r�gl�.
� ma connaissance, le seule transfert moderne d'une habitude
calligraphique en typographie est le � gars du tableau �. On en parlera
dans un autre troll :-)
Jean-C�me Charpentier