Le 1er aout prochain, l'assurance maladie qui couvre ma famille depuis
environ dix-sept ans expire. J'ai donc entam� les d�marches n�cessaires pour
garder la meme organisation de soins, Kaiser Permanente, mais cette fois en
tant que personne priv�e. Car jusqu'a pr�sent, j'avais la chance de
b�n�ficier d'un � group coverage �, c'est-a-dire d'une couverture collective
fournie par l'employeur de mon ex-mari. Tout �a est assez compliqu� mais je
vais tenter d'expliquer, le plus clairement possible et par la lorgnette de
ma propre exp�rience, comment fonctionne le systeme de sant� am�ricain et a
quel point et quelle vitesse il peut devenir effrayant.
Pendant des ann�es donc, j'ai �t� membre de Kaiser Permanente, compagnie
d'assurance/organisation de soins a but non lucratif, via l'entreprise pour
laquelle travaillait mon mari. Perdre un jour mon assurance m�dicale ne
faisait pas partie de mes pr�occupations. En effet, il est ill�gal pour une
compagnie d'assurance sant� de rejeter un individu dont la � candidature �
est soumise par un employeur, quels que soient son �tat de sant� et ses
ant�c�dents m�dicaux. La raison pour laquelle des millions d'Am�ricains
choisissent un job plut�t qu'un autre est d'ailleurs malheureusement souvent
li�e au type d'assurance maladie offerte par l'entreprise, pas a l'int�ret
intrinseque de l'emploi.
En cas de divorce ou de licenciement, on peut garder la meme assurance pour
une dur�e variant entre 18 et 36 mois, via un r�gime de sant� appel� Cobra,
a condition toutefois de prendre en charge la totalit� du cout mensuel,
g�n�ralement plut�t �lev�.
Bref, en aout 2006, je me suis retrouv�e dans la situation de souscrire a
Cobra. J'ai eu la chance d'avoir un rab de trois ans de s�curit�, enfin si
l'on veut, vu le montant de la facture (une femme avec trois enfants �gale
531 dollars/mois, soit 377 euros, auxquels il convient d'ajouter 15 dollars
par visite m�dicale, 100 dollars pour un passage aux urgences, 10 dollars
par m�dicament, etc). Mais au moins, j'�tais tranquille car tant que j'avais
Cobra, Kaiser ne pouvait pas se d�barasser de nous. Alors qu'a partir du 1er
aout, je serai livr�e a moi-meme. C'est la que les choses se compliquent.
Le cauchemar commence lorsqu'on essaie de souscrire a une assurance maladie
individuelle sans le soutien d'une entreprise ou d'un syndicat.
Pi�ger les candidats pour ne pas les assurer
�a fait dix-sept ans environ que je suis assur�e par Kaiser Permanente,
pourtant, j'ai du remplir un long questionnaire sur l'historique de mon �tat
de sant�, comme si Kaiser n'en connaissait pas d�ja tous les d�tails. Au
bout de quelques pages, je m'arrachais les cheveux et je fulminais. Les
memes questions revenaient sous diff�rentes formes.
L'astuce est connue : elles sont formul�es ainsi pour vous induire en erreur
et vous inciter a r�pondre une chose, puis son contraire avec les meilleures
intentions. Si vous etes un jour frapp� par une grave maladie bien couteuse,
votre compagnie d'assurance peut reprendre votre dossier, l'examiner a la
loupe et vous accuser d'avoir menti. Elle a alors la parfaite excuse pour
vous expulser.
Les cas de ce genre sont nombreux. Vous avez oubli� de d�clarer une
candidose ou une mauvaise grippe pendant votre adolescence ? A d�gager. Vous
buvez trop de vin, avez subi une intervention chirurgicale, avez un peu de
diabete ou de cholest�rol, oubliez. Si vous n'avez pas la chance d'avoir un
employeur, vous risquez fort de ne plus jamais pouvoir etre couvert. Je
connais un homme dont le fils de 19 ans a r�cemment �t� op�r� d'un truc
b�nin. Il vient d'etre inform� que son fils ne sera plus jamais assur�
individuellement.
Passons maintenant aux primes. Scandaleuses ! Il y a quelques ann�es, Kaiser
�tait l'une des dernieres HMO (Health Maintenance Organization) a offrir, en
gros, une seule option pour tous les individus. Moyennant une mensualit�
fluctuant selon le nombre de membres de votre famille, vous aviez droit a
une couverture sant� tres complete et satisfaisante. Ce n'est plus le cas.
Kaiser offre d�sormais une dizaine d'options entre lesquelles il est
extremement difficile de naviguer.
Apres m'etre d�cid�e pour l'option a 616 dollars par mois, a premiere vue la
plus int�ressante pour ma famille, je me suis finalement rendu compte que
pour ce tarif, j'avais une clause de franchise de 7000 dollars/an
(c'est-a-dire que je devrais d�bourser cette somme chaque ann�e avant de
commencer a etre couverte), et qu'apres �a, les hospitalisations me
couteraient 500 dollars par jour, que les m�dicaments ne seraient pas
couverts du tout et que je devrais payer 50 dollars par visite chez le
m�decin. Autant dire qu'a moins d'un �v�nement catastrophique, les 616
dollars mensuels ne serviraient strictement a rien. Je vous passe les
d�tails des autres plans. Il n'y en a pas un pour relever l'autre.
Aux Etats-Unis, les problemes de sant� ont contribu� a 62,1% des
banqueroutes individuelles
J'en suis arriv�e a la conclusion qu'il serait peut-etre plus �conomique de
ne pas souscrire a une assurance maladie, sauf qu'il est toujours possible
d'avoir un accident et de se retrouver completement sur la paille. Mais la
encore, etre assur� ne garantit rien. D'apres un article r�cent du American
Journal of Medecine, en 2007, les problemes de sant� ont contribu� a 62,1%
des banqueroutes individuelles. 77,9% de ces victimes �taient au d�part
assur�es ! Les assureurs ne couvrent en effet presque jamais la totalit� des
d�penses de soins. Et dans certains cas, devoir payer 10% du cout d'un
traitement peut vous pr�cipiter dans un ab�me financier.
De toutes les HMO que j'ai consid�r�s, Kaiser Permanente est, de loin, la
meilleure. Je n'ai jamais eu a m'en plaindre. C'est pour �a que je voulais
la garder.
Il y a deux systemes de sant� aux Etats-Unis : les HMO et les PPO (Preferred
Provider Organization). Avec les premieres, vous payez moins, mais vous ne
pouvez consulter que les professionnels de la sant� affili�s a votre HMO. Le
choix est donc r�duit. Avec les secondes, il est plus �tendu : vous
consultez qui vous voulez, mais votre facture mensuelle est bien plus sal�e.
C'est ce systeme effarant qu'Obama veut r�former. Afin que tout le monde,
sans exception, puisse b�n�ficier d'une assurance maladie. Actuellement,
pres de 48 millions d'Am�ricains en sont d�nu�s. Mais les R�publicains
crient au socialisme. Quelle horreur ! Si la r�forme du systeme pr�sent�e
par Obama �tait vot�e par le Congres, nous courrions le risque d'etre
couverts par l'Etat, ce qui serait �videmment pire que de ne pas etre
couverts du tout, comme chacun sait.
Les R�publicains argumentent �galement qu'avec un systeme de sant� publique,
les Am�ricains n'auraient plus la possibilit� de choisir leurs m�decins et
leurs soins, comme s'ils l'avaient d�ja ! De plus, la r�forme pr�voit la
cohabitation des deux systemes, public et priv�. Mais comme le premier sera
beaucoup moins couteux que le second, ce dernier craint de perdre sa
clientele. Qu'il est en train de perdre de toutes manieres. De moins en
moins d'Am�ricains peuvent se permettre d'acheter leur propre assurance
maladie. D'autres font le calcul que �a ne sert a rien.