>Le témoignage de Matthieu est très éclairant et rejoint ceux que j'entends très souvent lorsque nous discutons avec les collègues. Comment "tout tenir" : exigences sur les méthodes, apprentissage de raisonnements propres à la discipline, des contenus très lourds?
>Je me demande du coup s'il faut partir des contenus à enseigner et lister des "incontournables", ce qui risque fort de nous amener aux mêmes dérives d'accumulations de questions ou de thèmes, ou bien partir d'une "grammaire disciplinaire" pour reprendre une expression de Charles Heimberg en définissant des types d'exercices et d'attentes méthodologiques véritablement formateurs et se détendre sur tout ce qui n'auront pas vu.
>La vie politique en France sous la Vème est elle absolument incontournable ?
Peut-être moins la vie politique que l'histoire intérieure de ce pays,
replacée dans une histoire longue, dans le contexte européen,
et dans l'histoire du monde.
> lorsqu'on avait retiré la guerre de Crimée des programmes du lycée, c'était l'effondrement
>Tout est si important, que ces thèmes semblent se confondre avec notre identité professionnelle elle-même...
Encore d'accord avec Alice Cardoso.
Pas de souvenir de la Crimée,
mais il suffit de feuilleter le Nathan de 1ere en 1965
(546 pages sur la période 1848-1914).
Vers 1980, le Hachette (GREHG) proposait un équilibre plus raisonnable
entre texte d'auteurs et sélection de documents,
à cheval sur la 2de (cf l'analyse du nationalisme, 4 sources, 2
dangers)
et la 1ere (Hitler au pouvoir, quels responsables ?)
Les sujets de bac sont aussi éclairants :
vers 1985, un sujet pouvait porter sur les événements de la seule
année 41 en France.
(le Vichy milicien passait tjs à la trappe)
Sans forcément satisfaire le besoin d'érudition.
En géo, sur la Corée, on faisait comparer des chiffres à 2 ans
d'intervalle !!
> nos collègues du sup' n'ont pas fini de se plaindre
> que la culture historique des élèves est catastrophique...
Un mot sur la situation infernale mise en place par Darcos et Chatel :
On gonfle les programmes pour complaire à tous les lobbies,
et on feint de s'étonner que les élèves n'aient pas retenu
""l'essentiel"".
Du coup, on met en place des secondes de remise à niveau,
on fait des cours de rattrapage en début de 1er cycle d'université.
Ne faudrait-il pas être moins prétentieux,
enseigner moins mais mieux et plus efficacement,
mieux définir ce que l'on veut enseigner à des élèves
qui n'iront pas tous en classe prépa ou à Sciences Po ?
> Si le thème "les guerres du 20ème siècle" pose problème,
> envisage-t-on de ne plus faire que la 1ère ?
pas de réponse.
Mais dans un couple histoire-philo (à l'italienne),
la réflexion pourrait être plus riche qu'aujourd'hui,
et plus en prise sur des questions de fond d'une société humaine.
(cf . Liberty Valance, le rôle mis en scène du droit ou la force ?).
Un détail : le prof connaît les questions posées par les historiens
et l'histoire factuelle. Un élève ordinaire a beaucoup à apprendre.
>Pour ma part, en seconde,
c'est bien d'un tiers que de fait j'ai amputé le programme.
Le constat est hélas classique :
chaque pouvoir impose ses choix.
Mettre la Révolution en 3e et en 2de (naguère),
ce n'est pas la même chose que commencer à Verdun en 842.
Une expérience, à propos du programme de 1995-2000 en seconde
( hors classe d'examen et année sans inspection) :
j'ai traité d'abord la partie Révolution-XIXe,
en parallèle avec une collègue de Lettres intéressée par le
Romantisme.
Cela a permis ensuite de prendre l'autre partie, celle des fondements,
en faisant interroger la notion d'héritage, à partir de Rémy Brague
(ce dont on hérite, mais surtout ce que l'on revendique :
Athènes ou Sparte, La Méditerranée au XIIe ou la Chrétienté ...)
> rien vu de l'Empire, des nationalités, de 1948... ça ne me réjouit pas.
ou 1848 ?
DL